CHAPITRE III. 2Î
tuait l'essence dë l'ame du monde, dont le mouvement et la vie étaient l'ouvrage du feu , comme l'intelligence Tétait de la lumière. Cette forme mystérieuse , qui était autrefois regardée comme la substance même du spiritus , n'a pas échappé aux Chrétiens qui nous peignent Je Saint-Esprit descendant sur la terre en forme de langues de feu, à la pentecôte , comme on peut le voir dans les Actes des apôtres.
H en fut de même du logos; il conserva le nom et l'image de la lumière [94], dont il n'était que l'idée abstraite dans le système des spiritualistes : et lux erat Verbum^ etc. Ego lux mundi, etc. Toutes les comparaisons que les philosophes païens, ainsi que les docteurs chrétiens , emploient pour nous peindre le logos ou cet intellect, sont empruntées de la lumière, et les noms qui le désignent sont ceux de la lumière. On voit aisément la raison de cette image symbolique qu'ils avaient empruntée des matérialistes, chez qui elle était l'expression propre de la chose. Tout était encore feu, mais feu intelligent : tout était encore lumière , mais lumière intelligente [95]. Nous aurons occasion de justifier notre assertion lorsque nous ferons le rapprochement des différens passages des philosophes païens sur les trois principes ou abstractions métaphysiques , que la théologie chrétienne a empruntés d'eux et a personnifiés dans la distribution des facultés principales de l'unité divine. Il nous suffit de remarquer ici que le logos va avoir deux natures, l'une abstraite et invisible, l'autre corporelle • et visible -, l'une étemelle , l'autre assujettie au temps ; l'une inséparable de sa source, et l'autre hors d'elle; l'une Dieu , l'autre mortelle ; enfin , qu'on pourra le considérer ou comme incorporel , ou comme uni au corps.
Tel est Christ dans la théologie chrétienne : incorporel et corporel tout ensemble *, toujours résidant en Dieu , et cependant , sous un autre rapport , sorti hors de Dieu et rendu sensible à l'homme. ,
C'est ici que va se développer le fameux mystère des deux natures de Christ et son incorporation ou incarnation. Saint Justin, en voulant nous expliquer par une similitude ce grand mystère, va nous en donner la clef; et ce qui ne lui a paru qu'une similitude parfaite , devient ici la réalité même.
Ce zélé défenseur des opinions théologiques des Chrétiens , dans son exposition de la foi (a) , considère la lumière sous deux points de vue. Il l'envisage d'abord dans le sens le plus général et le plus abstrait , indépendamment des corps auxquels elle s'unit dans le monde -, . c'est ce qu'il appelle la lumière première, et ce que nous pourrions appeler la lumière intellectuelle , existante dans le sens le plus métaphysique et le plus général , ou la lumière en général, qui n'existe cependant, relativement à nous, que dans les corps qui nous la rendent sensible. Il la considère ensuite comme rassemblée en masse et unie à un corps matériel qui la rend sensible. Telle est celle du soleil , par exemple , laquelle est unie au corps de cet astre, et devient en quelque sorte matérielle par cette union, «d'incorporelle qu'elle était par sa nature et dans le sein de l'être invisible où elle existe toujours incorporelle , tant qu'elle y reste concentrée hors de l'atteinte des sens , et qui ne devient corporelle qu'en entrant dans le monde visible où elle subit les lois des corps auxquels elle s'attache [96]. Sous ce point de