‹ Origine de tous les cultesChapitre 105 sur 180 · CHAPITRE III. 2^t · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 2^t

des Dieux dont nous avons analysé les aventures miraculeuses pour les comparer avec celles de Christ et en conclure non -seulement la ressemblance, mais encore l'identité. Le poète commence ainsi en apostrophant le soleil : Force sublime du père invisible , son premier-né.... 4

Ignoti vis celsa patria, ye\ prima propago.

Cette idée du poète de faire du soleil le fils premierné de Dieu ou de l'appeler le fils de Dieu, n'est point une simple fiction poétique : elle est conforme à la théologie la plus ancienne. Platon appelle le soleil également le fils de Dieu qu'il a engendré semblable à lui pour habiter parmi nous , et pour tenir dans le monde visible le même rang que Dieu dent dans Tordre invisible à la tète duquel est le Dieu père&tk principe souverainement bon [97]. Platon, dit Macrobe (a), voulant parler du premier principe invisible à l'oeil , incompréhensible à la raison , ne trouve point d'image plus parfaite du premier être que le soleil qui éclaire le monde visible , et il nous représente Dieu et son logos ou son intelligence souveraine placée au-dessus de la Nature. Platon , dans sa Politique , dit Proclus (&), admet deux demiourgos , l'un invisible , l'autre visible qui est le soleil, architecte du monde visible , et il l'appelle le fils du bien ou du père , du Dieu invisible et de la première cause.

Il n'est donc point étonnant que les Chrétiens aient conservé à Christ cette dénomination de fils de Dieu , qui a été engendré de toute éternité, puisque Christ était le soleil , et que la philosophie et la poésie avaient

(a) Macrob. Som. Scip., 1. 1, c. a, p. 6. — (b) Prod. inTinn.,p. 119. TOME V. lt>

consacré cette épithète au soleil fils de Dieu et image de son père. C*est ce même Dieu-soleil qui est désigné sous le nom de Phanès et de Protogone dans la théologie d'Orphée , ce rayon primitif de la lumière éternelle qui éclaire le chaos , et qui , parti du seiu du Dieu inaccessible et • invisible, devient le principe de la vie, de la lumière et de la sagesse de tous les êtres. Aussi le poète conserve-til au soleil toutes ces propriétés que la théologie orphique attribue à la lumière qui brille dans le corps du soleil. Tu es , dit le poëte , le feu sacré qui entretient l'activité de nos sens : tu es le principe de notre intelligence , comme tu es la source de la lumière.

.tomes sensificus, mentis fous, Lucù origo.

C'est à peu près ce que âjl Orphée :

Vita , consilium et Lux.

Le poëte regarde le soleil comme l'intelligence première et universelle dont nos ames sont émanées, ou comme la source visible de l'intelligence du grand tout. Ce qui est exactement conforme à notre théorie et à ce que disent Cicéron et Macrobe , que le soleil est mens mundi(a), l'intelligence universelle ou celle du monde. Le même Macrobe (Rappelle Bacchus, qu'il di t et que nous avons prouvé être le soleil, l'intelligence de Jupiter, la raison de Dieu, son logos, parce que, dit ce savant, les physiciens ont appelé le soleil la grande intelligence du monde. Macrobe s'explique et dit qu'il est le principe intelligent d'où sont émanées toutes nos ames intelligentes ; conséquemment il est le même que le logos dont parle saint Justin , ou que le Verbe des Chrétiens , que cette raison

(«) Macrob. Somn. Scip., t. i, c. 17. — (5) Id. Satura., I. 1.

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