‹ Origine de tous les cultesChapitre 107 sur 180 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ut tibi pecfectA numéros ratione probetur. Nonne à principio gemtnura tu das tetracbordou ?

Il éuit le monogenes , ou le fils unique de sou père , et sa première émanation lumineuse. Sa tète sacrée brillait de l'éclat de douze rayons qui la couronnaient ; nombre égal à celui des mois et des heures qu'il engendre dans sa course. Sou char était attelé de quatre coursiers, représentant les quatre élémens qui sont soumis à son action, et qu'il modifie et dirige par sa puissance.

Sole m te Latium vocitat , quod soins honore

Host Patrem sis lucii apex , radiisque sacratutn

Bis senis perhtbent caput aurea Lumina ferre ,

l^uod toi idem me n ses , lot idem quod conficîs boraa.

Quatuor alipodes dicunt te flectere babenis ,

Quod solus domites , quam dant elementa , quadrigurn.

Christ paraît également escorté de ses douze apôtres , et il a ses quatre évangélistes , dont les quatre animaux symboliques empruntés de quatre constellations , répondent chacun à un des quatre élémens distribués dans les douze signes, ainsi qu'aux quatre étoiles royales qui forment les quatre points cardinaux de la sphère. Janus qui présidait à l'ouverture de l'année chez les Romains, avait aussi ses douze autels et ses quatre faces pour représenter les douze mois et les quatre saisons. La vierge des constellations, qui ouvrit également l'année, et qui tient le petit Dieu-soleil entre ses bras , est pareillement représentée dans l'Apocalypse avec une couronne de douze étoiles sur la tete. Les Romains, les Grecs, les Egyptiens, etc., avaient les douze grandes intelligences qui présidaient aux douze mois et aux douze signes. On aperçoit aisément le but allégorique de cette division duodécimale dans le cortège de Christ , quand Christ , commv on l'a prouvé , est le soleil.

Son emploi est de dissiper les ténèbres, de lever îc Toile obscur qui couvre la Nature et de l'embellir par sa lumière pure ; ce qui lui mérite Fépithète de Phfcebus ou de lumineux , qui dévoile l'avenir en écartant les ombres qui le couvrent ; celle de Lyaeus qui chasse les soints inquiets de la nuit. Il est Sérapis sur les rives du Nil, Osiris à Memphis,Mithra en Perse, Pluton ailleurs, A lys en Phrygic , Ammon ou le Dieu- bélier en Libye , Adonis à Biblos; enfin, il est le Dieu commun de tous les peuples qui l'honorent sous une foule de noms dilTérens i

Nam tenebras prohibent retegis quod cœruîa lucét \ Hinc Phœbum perhibent prodcntem occulta futuri; Vcl ,• quia diMolvis nocturna admissa , Lyœum. Te Serapim Nilus, Mempbis reneratur Osirim, Dissooa sacra Mithrara, ditemque ferumque TyphonenK Atys pulcber item , curvi et puer almus aratri : Ammon arentis Liby» , ac Biblus Adonis.

Sic rario cunctus te nonûnc convocat orbis.

On voit par ce passage que le soleil a été la grande divinité de tous les peuples , malgré la différence des noms, des attributs et des légendes. Il est cet Apollon fameux qui triomphe du serpent ennemi de la lumière , comme Christ triomphe du prince des ténèbres qui emprunte la figure du serpent pour perdre les enfans de la lumière, ses élus. Il est ce Bacchus- Lyaeus, qui naît, meurt , descend aux enfers et ressuscite après avoir été mis en pièces par les monstres serpentipèdes. Il est le Dieu- Sérapis entortillé du serpent; ce Sérapis, dans le temple duquel on trouva en Égypte la croix, signe symbolique de la vie fu~ ture, suivant l'interprétation des Égyptiens eux-mêmes, comme on peut le voir dans Sozomène et Rufiin*, ce Sérapis ou soleil Sérapis , que l'empereur Adrien assure être le Dieu des Chrétiens. Il est cet Osiiis qui naît.

CHAPITBE III. 24j

qui meurt et ressuscite comme Christ (c'est ce qu'on a vu à l'article d'Osiris ) ; il est le fameux Mithra dont on fêtait la naissance le jour de noël , Mitlira né dans un antre , comme Christ dans son étable ; Mithra mort et ressuscité, et qui par sa mort sauve ceux qui croient en lui , comme on Ta vu dans la fin de noire chapitre a \ Mithra, dont la religion est si semblable à la nôtre, qui a ses mystères , son baptême , son eucharistie , etc. \ Mithra enfin qui s'unit au taureau , comme Christ à l'agneau, pour régénérer la Nature au printemps. Il est le Dieu Ammon peint *sous la forme de l'agneau ou du bélier , et qui a son siège dans le signe équinoxial du printemps où le soleil rapporte son plus beau triomphe. Enfin , il est le fameux Adonis , qui meurt , descend aux enfers et ressuscite , et dont les fêtes sont établies dans les mêmes pays où est née la religion du Christ. Il est le jeune Atys qui , après ayoir été pleuré pendant trois jours , retourne a l'empire des Dieux, et dont les fêtes expriment le triomphe du jour sur la nuit * et étaient accompagnées de l'immolàtion de l'agneau ou du bélier, comme on Ta vu à l'article d'Atys. Enfin il est le Dieu commun de tous les peuples comme il est leur flambeau commun, et son culte r répandu dans tout l'Univers f y existe sous une foule de formes et de noms ditierens.... Sic vario , etc.... Il est donc aussi Christ-, car Christ a tous les traits, merveilleux de Mithra , d'Adonis , d'Osiris , etc., morts, descendus aux enfers et ressuscites comme lui. Christ est, comme le soleil , le fils unique du père invisible, celui qui seul peut voir son père placé au-delà de l'Univers visible , et qui seul nous en retrace l'image.

Salve tera Dcûra faciès, Tultcuque paterne.

*48 11ELIGION CHRÉTIENNE.

On lui donne le surnom mystique de Bacchus lés que les Chrétiens grecs ont allongé en Iésous , en ajoutant la terminaison de leur langue. Ce nom mystique composé de trois lettres , dont la valeur numérique exprime le nombre six cent huit ; upsilon valant quatre cent , signm valant deux cent et éta valant huit. C'est ce qui est exprimé dans le vers qui suit immédiatement ceux que nous venons de citer :

Octo et sexcentis numeris, cui littera trina Coo forme t sacrum nomen , cognomeo et omeo.

Le poêle finit par prier ce Dieu de lui permettre de s'élever jusqu'aux voûtes éthérées , demeures naturelles de l'intelligence, et de pouvoir y connaître les astres qui brillent sur le corps sacré du ciel.

Da pater aethereos mentis consoendete cœtus Astrigerumque sacro sub Domine ooscere Cœlum.

Le poëte termine ici son hymne sur le principe-lumière , source de l'intelligence des hommes et des génies -, et il le place à la suite du tableau le plus brillant de la lumière éthérée [100], dont la substance remplit les sept corps lumineux qui composent le système planétaire; de la même manière que Jean représente le fils de l'homme , tout rayonnant de lumière , ayant en main sept étoiles , et placé au milieu des sept chandeliers d'or. Eblouie de cet éclat lumineux, la philologie transportée dans la sphère du soleil adresse cet hymne superbe au père de la lumière , au soleil, source féconde d'où partent les rayons de lumière éthérée qui se répandent dans les autres astres.

On a dû voir dans cet hymne une foule de traits caractéristiques du soleil, qui sont les mêmes que ceux du

CHAPITBE III. 249

Verbe ou du logos. On parle de son père que lui seul peut voir. Il est la lumière et la source de nos intelligences , comme Christ est lux hominum : il est le médiateur de l'Univers. Douze rayons lumineux forment sa couronne , comme les douze apôtres , que Christ appelle filios lucis , composent son cortège. Il e3t la figure de son père , sa véritable image. Christ ne parle pas autrement de lui-même , et les docteurs chrétiens n'en ont pas d'autre idée. Enfin, comme Christ, on le voit sous la figure de l'agneau ou d'aries; ou s'il preud d'autres attributs et d'autres noms , c'est pour mourir et ressusciter comme Christ. On voit que la première partie de cet hymne , toute théologique , et la seconde , toute mythologique , s'accordent également avec la théologie des Chrétiens sur le logos , et avec leur légende sur l'bomme- Dieu mort et ressuscité pour le salut des hommes et pour les affranchir de l'empire du prince des ténèbres.

Outre le spiritus incorporel et la lumière pareillement incorporelle qui composait l'essence divine, les spiritualistes admettaient l'unité même de l'être à qui appartenait ce spiritus et cette intelligence qui étaient en lui et qui ne pouvaient être sans lui , comme il ne pouvait être sans eux. Ils l'appelaient la première cause , le bien suprême , l'unité première et paternelle»qui dansson sein fécond renfermait l'intelligence et le spiritus , ou l'intelligence et la vie éternelle de Dieu [101]. Voilà ce qu'ils appelaient le père, comme ils appelaient son « intellect ou son logos le fils du bon, la lumière du premier principe.

Tout ceci va être prouvé par l'extrait abrégé de diflerens passages qui nous feront connaître la nature , l'antiquité et l'universalité de cette théologie mystérieuse.

35o RELIGION CHRÉTIENNE.

Avant de rassembler les dogmes des anciens philo* sopbes sur les trois principes supérieurs au monde et à la matière , il est bon de remarquer que nous devons toujours entendre le Verbe des Chrétiens par le nous ou le logos des païens. En effet ce mot Verbum ou Verbe n'est qu'une des acceptions du mot logos en grec , mot par lequel les Chrétiens grecs expriment toujours le fils de Dieu. L'évangile de Jean , écrit originairement eu grec , le nomme logos , mot qui signifie raison , intelligence et parole, parce que la parole elle-même n'est que l'image de la raison (a) , ou que la raison reqdue sensible et presque revêtue d'un corps. Ainsi la raison divine , unie au corps et devenue sensible , parut assez, bien rendue par le mot verbe ou par le mot qui exprime la raison humaine rendue sensible» Mais dans l'idée abstraite et première , le logos des Chrétiens grecs a signifié raison, intelligence, sagesse divine. Aussi disent-ils*souvent que le Verbe est la sagesse du père , sa raison éternelle. Athénagore (b) appelle le fils de Dieu la raison et l'intelligence du père , et il se sert des mêmes mots dont se servent les philosophes païens , pour désigner l'intellect de Dieu ou cette sagesse éternelle qui contient les types originaux de tous les êtres (c).

Lactance , un des plus grands défenseurs du Christianisme (d) , a fort bien remarqué que c'était plutôt par rationem que par verbum qu'on devait exprimer le logos de Dieu \ que les Grecs avaient une expression bien plus exacte dans le mot logos que les Latins dans celui de

(a) Voyez Euthyra Zygab. , panop. 8 et 10. — (b) Athcnag. Leg. pro Christ, p. 37. — («) Athanas. cootr. Arium. , t. i, oint, a, p. 3a5. — (d) Lactance, I. 4, c. 6.

Page 1