CHAPITRE ni. 25l
verbum , puisque le fils est proprement la SApÇGSSe sou veraine de Dieu 5 que les philosophes anciens avaient connu ce second principe ou logos , qu'ils regardaient comme la raison univers? Ile qui avait arrangé le monde ; principe absolument semblable aux idées que saint Jean nous donne du Verbe , lorsqu'il dit que c est par lui que Tordre du monde a été disposé, qu'il en a distribué l'économie, et que rien n'a été fait sans son assistance. Omnia per ipsumfacta sunt, et sine ipso factum est nihil , quod factum est. Cette raison universelle était dans Tordre du monde , et le monde avait été fait par elle. In mundo erat , et mundus per ipsum foetus est ; mais elle était originairement en Dieu comme dans sa source et son principe : ferbum erat in principio apud Deum.
Le passage de saint Justin que nous avons déjà cité , où ce père nous dit que Christ , le premier-né du père , n est autre chose que cette raison universelle dont chacun de nous a une portion , prouve bien qu'il entend , par le logos ou par le Verbe, la raison, l'intelligence souveraine delà divinité dont nos intelligences découlent.
Tertullien , dans son Apologétique (a) , regarde également le Verbe , ou plutôt le logos , comme la raison de Dieu et l'intelligence ordonnatrice de l'Univers. Il se sert du mot logos ou ratio, qui exprime , dit-il , cette raison, cette sagesse qui a tout arrangé, tout ordonné, d'après le sentiment même des philosophes anciens [102J , qui ont non-seulement admis l'idée , mais jusqu'à l'expression du logos. C'est-là ce Dieu, ame ou intelligence de Jupiter. 11 le compare au rayon du soleil , qui , sans se séparer de l'unité de l'être qui le produit , n'est qu'une exten-
(a) TertuU. ApologeL, p. aij Advers. Prax., p. 63;.
:>.5j RELIGION CHRÉTIENNE.
sion de sa substance. Il distingue dans ) œuvre créatrice la raison qui produit Tordre et l'arrangement , de la force vive qui couronne l'ouvrage. Tertullien ajoute que Christ par ses miracles sest montré être la parole primordiale de Dieu , accompagnée de la raison et appuyée du spiritus.
Philon suppose que Moïse (a) avait sur le monde intellectuel et archétype les mêmes idées que Platon et que tous les platoniciens. Il dit qu'il avait conçu que rien de sensible et de bien ordonné ne peut exister sans un modèle intellectuel , dont il retrace Tordre et les proportions ; que Dieu , ayant résolu de former ce monde visible , avait déjà conçu le plan intellectuel du monde , qui renfermait d'une manière intellectuelle tous les êtres , tous les genres et les divisions qui devaient exister corporellement dans le monde visible. Il assimile la conduite de Dieu à celle d'un architecte qui avant de construire une grande ville, en a déjà conçu le plan dans son esprit. Il existe dans sa tête une ville toute intellec- . tuelle avant même qu'il ait posé la première pierre de celle qu'il va bâtir. Il en fut de même de Dieu architecte de TUnivers. 11 avait TUnivers dans sa raison éternelle , que Philon. appelle la raison divine qui a tout ordonné [io3]. Tel est le logos dans saint Jean.
11 semble effectivement que Moïse fasse faire à Dieu la comparaison de son ouvrage avec son pian éternel , lorsqu'il dit qu'il trouva que la chose était bien. Si nous voulons nous exprimer d'une manière plus précise , ajoute Philon, nous dirons que ce monde intelligible n'est autre chose que la raison même de Dieu qui organise
(a) Phii. deOjùf., p. a, e*c.