chapitre m. a
l'Univers , comme le plan intellectuel , dans Ja tête de l'architecte , n est autre chose que la raison même de l'architecte qui médite d'effectuer le modèle qu'il a conçu dans son esprit. Nous avons vu déjà , dans les deux passages de Tertullien et de Lactance et dans celui de saint Jean même, que cette raison ordinal ri ce du monde , qui en a créé l'ordre et la distribution, est ce que les Chrétiens révèrent sous le nom de logos ou du Verbe de Dieu [io4] , qui brille dans le monde qu'if a arrangé, et qui demeure cependant en Dieu comme dans son premier principe et dans sa source. Nous verrons bientôt les mêmes idées dans Macrobe qui nomme ce second Dieu l'intelligence émanée de Dieu, laquelle contient les types originaux de toutes choses. Il y avait une secte de Chrétiens que saint ifhanase dit judaïser, qui avaient sur le logos les véritables idées qu'on doit avoir, et qui, aa liea de çemnniOer cette abstraction métaphysique, n'en faisaient qu'un avec Dieu , comme la raison humaine ne fait qu'un avec l'homme (a).
11 nous suffit de ce que nous avons dit pour prouver que ce que les païens pensent du nous , logos , mens divina, doit s'entendre du Verbe des Chrétiens, qui est absolument la même partie intelligente ou la sagesse de Dieu, comme l'appellent les Chrétiens eux-mêmes. La différence du mot Verhum , au lieu de ratio et de mens , qui sont les véritables noms , et que les païens ont bien conservés , n'en fait pas dans l'opinion théologique sur le second des trois principes [io5]. Jïous allons entendre parler les anciens.
Macrobe , dans son Commentaire sur le Songe de Sci-
(a) Athanas. contr, Sabcl., t. i, p. 65i.
pion , ouvrage de Cicéron , qu'il explique par les grands principes de la philosophie des pythagoriciens et des platoniciens , nous a donné de la manière la plus claire la triade qu'ont adoptée les Chrétiens , la triple distinction du Dieu père , de son logos et du spiritus > avec une filiation semblable à celle qui existe dans la théologie des Chrétiens , et une idée de leur unité inséparable de celle de la monade première. Il semble, en le lisant, entendre un docteur chrétfen qui nous montre comment le spiritus procède, et le fils est engendré du père , et comment l'un et l'autre restent éternellement attachés à l'unité paternelle , malgré leur action sur le monde intellectuel et sur le monde visible. Voici en substance ce que dit Macrobe (a).
Ce savant théologien distingue d'abord , comme Platon , le'Dieu suprême, le premier Dieu qui s'appelle chez les philosophes grecs t'agathon , le bien par excellence , la première cause. Il place ensuite son logos , son intelligence, qu'il appelle mens en latin , et nous en grec , qui contient les idées oiiginelles des choses ou les idéts; intelligence née et sortie du Dieu suprême. Il ajoute qu'ils sont an-dessus de la raison humaine qui ne peut les comprendre que dans des images et des similitudes. Quant à l'ame du monde , il semble la placer plus près du monde auquel elle donne la vie et le mouvement , et il la regarde comme la source de nos ames. En effet, dit-il , c'est ou du Dieu suprême qu'il s'agit , ou de l'intelligence née de lui et qui contient les formes des choses, ou de l'ame du monde, qui est la source de toutes les autres ames. Il place ensuite le ciel et les corps célestes ,
(a) Macrob. Som. Scip., I. i, c. a, G.
«t enOn les êtres terrestres. Ainsi au-dessus de l'être corporel , soit terrestre , soit céleste , il établit la divinité dont il distingue trois degrés : Dieu , l'intelligence et lame universelle : Deus , mens et spiritus. Ici on remarque -qu'il y a une espèce de gradation , en ce que le spiritus semble tenir de plus près à la matière , tandis que le logos tient plus immédiatement au règne intellectuel et à la monade première qui est toute intellectuelle.
Dieu, dit-il (a), qui est et que Ton appelle première cause, chef et seule source de tout ce qui est, de tout ce qui pourrait être , c'est-à-dire , en style platonicien , du monde invisible etdu monde visible ; ou , comme disent les Chrétiens, visibiliwn et invisibilium omnium , etc. , a engendré de lui-même par la fécondité surabondante de sa majesté, mentem [io6], son intelligence à laquelle on donne le nom de nous chez les Grecs. En tant que le noiis regarde son père , il garde une entière ressemblance avec lui : mais il produit à son tour l'ame qui a un rapport avec les êtres suivans et avec ceux qui s'éloignent du premier principe , et peu à peu cette ame semble dégénérer par le voisinage des corps qu'elle regarde , et auxquels elle communique. Elle a cependant une portion de la pure intelligence dont elle émane, et qu'on appelle logicon, portion raisonnable -, mais elle tient aussi de sa nature la faculté de donner les sens et l'accroissement aux corps. C'est ce que faille principe de vie. La première portion , celle qui est raison et intelligence pure , et qu'elle emprunte de l'intelligence son principe , est absolument diyine et ne convient qu'aux seuls êtres divins. On voit comment ils ont analysé le spiritus et lui ont donné les
(a) Macrobe, c. 14.
deux natures intelligente et sensitivc. L'une est dans Dieu 5 l'autre anime la Nature. C'est lame qui crée , qui organise les corps ; elle emploie la partie la plus pure de sa substance qu'elle tire des sources pures de l'intelligence dont elle émane pour animer les corps sacrés et divins qui brillent aux deux , le soleil , le ciel et les astres , et en faire des intelligences divines. En s'abaissent ensuite vers les corps inférieurs et terrestres , elle remarque qu'ils ne peuvent contenir cette intelligence pure et sans mélange ; à peine l'homme est-il susceptible d'en recevoir une légère portion.
Plus loin (a) , Macrobe suit encore la chaîne graduée des êtres, à commencer par la première cause. Il faut savoir , dit-il , que du Dieu suprême est née mens ou l'intelligence, et de l'intelligence l'ame j que c'est Tamequi crée et qui remplit des principes de vie tout ce qui se trouve placé après elle ; que son éclat' lumineux brille partout , et qu'il est réfléchi par tous les êtres , de même qu'un seul visage semble se multiplier mille fois dans une foule de miioirs qui sont rangés exprès pour en réfléchir l'image. Or , comme tout se suit par une chaîne non interrompue d êtres qui vont en se dégradant jusqu'au dernier chaînon , on verra qu'à partir de l'être intellectuel ou du Dieu suprême , jusqu'au limon le plus bas et le plus grossier , tout se tient , tout s'enchaine par des liens mutuels et indissolubles , et que c'est là cette fameuse chaîne d'Homère , dont le sommet est attaché au plus haut des cîeux , et qui pend jusqu'aux endroits les plus bas de la terre [107].
On voit, par ce que dit Macrobe, que les trois pre-
(a) Macrobe, c. i4-