CHAPITRE III
mière intellectuelle et invisible est l'image de la raison divine. C'est cette panaugeia dont le soleil et tous les astres empruntent leur lumière. Ou donnait à cette' lumière le nom de lumière vraie. C'est pour cela que Jean dit : Il était la lumière vraie qui éclaire.
Ceux qui voudront suivre plus loin ces détails peuvent lire Philon lui-même, et ils verront que la métaphysique des Hébreux a absolument le même caractère que celle de Platon. ^Eusèbe , frappé de ces rapports , s'est étudié à faire voir la ressemblance des idées théologiques de Moïse avec celles du philosophe grec. U prétend prouver (a) que leurs idées sur la création se ressemblent ; qu'ils pensaient de même sur l'altération du monde, sur la résurrection , sur la fin du monde , sur les morts res» suscités , sur la patrie céleste , sur le jugement qui suit la mort ; enfin que l'on trouve chez les Hébreux , chez les Chrétiens et chez Platon , disciple des Égyptiens , à peu près les mêmes principes théologiques ; ce qui doit être si les Chrétiens, ont pris la plupart des idées des Hébreux, et si le législateur des Hébreux a eu les mêmes maîtres que Platon. Car il est naturel de croire que la ressemblance de doctrine, dans les disciples , est fondée sur la ressemblance des principes puisés dans les mêmes écoles. Or, on nous dit que le législateur des Juifs était savant dans la science des Egyptiens ; et il est certain que Platon a été puiser sa doctrine en Égypte. îl nous reste donc â faire voir , parle peu qui nous a été laissé de la doctrine des Egyptiens , que les idées sur le père , sur le logos et le spirilus ne leur étaient pas étrangères. Voici un oracle rapporté dans Cédrénus (b) , qui contient une ré- * ,
^ Ku^èbc, c. 39, 32 ,33, 34, 35, 3;, 38. — {h) Ccdren., p. J*.
'J&O HELIGION CHRÉTIENNE.
ponse faite à un roi d'Egypte , lequel voulait savoir si jamais puissance avait été égale à la sienne ? L'oracle lui répond : *
Que la souveraine puissance est en Dieu , ensuite dans son logos, et que le spiritus la partage avec eux ; qu'ils ont une commune nature et une puissance éternelle. Cet oracle contient de la manière la plus précise lés trois premiers principes de la théologie des Chrétiens , ceux que Philon et Eusèbe retrouvent dans, la métaphysique des Juifs , ceux que nous avons retrouvés dans Plalou, et qu'on trouvera partout , parce qu'ils sont dans la Nature ou dans le grand être , principe de l'intelligence et de la vie de tous les êtres.
Le même Cédrénus rapporte un échantillon de la doctrine attribuée a Trismégiste. Ce philosophe égyptien, dit-il (a), distingue dans la divinité trois attributs, lesquels composent une seule nature. Dans un dialogue adressé à un certain Esculape , il dit qu'au-dessus de la lumière intelligente est encore une lumière intelligente \ qu'au-dessus de l'intelligence est sa cause même, laquelle n'est autre chose que l'unité même de l'intelligence ; ce qui s'accorde avec ce que nous avons dit plus haut , que le premier Dieu placé au-dessus de l'intelligence était l'imité même de l'être. Il ajoute que cette intelligence , existant toujours en elle-même , contient tout éternellement par son intelligence , sa lumière et son souffle -, que hors d'elle point de Dieu, point d'ange , de génie, enfin aucune autre substance } c'est-à-dire , que tout existe en lui , qu'il est le Seigneur , le Dieu , le père de toutes
(a) Cedrco., p. a*.