‹ Origine de tous les cultesChapitre 122 sur 180 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

choses 5 que tout est de lui et tout est en lui [112]. Son Verbe , parfait à tous égards , sortant de son sein avec la fécondité et avec la force demiourgique , descendu dans la matière génératrice , dans le fluide capable d'être fécondé , a fécondé les eaux. Cette dernière idée est bien égyptienne : elle est relative surtout à la fécondité du Nil. Hermès , après ce discours , finit par une prière à Dieu : « Je te conjure , puissant créateur du ciel , je te conjure , voix du père , parole première qu'il a proférée, son Verbe unique , de m'être favorable. » Cédrénus ajoute que saint Cyrille lui-même avoue que dans les écrits des Trismégistes la tri ni té est clairement exprimée.

Ce que nous avons rapporté plus haut du Pimander et du dialogue intitulé Asclepius, confirme bien l'assertion de Cédrénus et de saint Cyrille. Néanmoins on révoquera toujours en doute l'authenticité de ces livres cités par les premiers pères de l'Eglise [n3]. Nous répondrons à cela que la raison seule qui les fait rejeter, c'est qu'ils contiennent une doctrine si conforme aux principes du christianisme , qu'on a cru qu'ils avaient été supposés par des Chrétiens. Mais la conformité i des idées avec celles des Chrétiens n'est pas- une raison suffisante pour les rejeter, si on n'a pas d'autres preuves de falsification. Ceux qui les rejettent supposent que la doctrine des Chrétiens étant révélée , il est difficile de croire que les païens l'eussent déjà et d'une manière aussi claire. Mais nous , qui excluons toute doctrine révélée , et qui cherchons l'origine de celle des Chrétiens , il est tout simple que nous la cherchions dans celle des Juifs et dans celle des peuples voisins de la Judée, chez ceux dont le législateur des Juifs avait été le disciple. Il est possible que cet oracle ait été supposé ; que ces passages et les livres

même de Trismégiste le soient en entier ; maïs aussi il est très-possible qu'ils ne le soient pas , puisque la doctrine qu'ils contiennent est absolument la métaphysique ancienne qu'on retrouve dans Platon , dans tous les platoniciens ("1 14], et qu'il est certain que Platon avait été étudier long-temps en Égypte. Il y a beaucoup d'apparence que la doctrine qu'il en a apportée était celle de ses maîtres , d'autant plus qu'elle offre la plus grande conformité avec celle qu'Orphée et Pythagoreen avaient apportée avant lui , et qui faisait la base des mystères et des initiations , comme nous le voyons dans les Orphiques et dans le beau morceau de philosophie pythagoricienne du sixième livre de l'Enéide. Enfin nous convenons que, si ces dernières autorités étaient isolées , elles ne seraient pas du plus grand poids, A cause de la prévention qu'on a contre ces livres , vu leur trop grande conformité avec nos idées; mais elles ne sont pas isolées. Elles viennent à la suite de celles de Platon, de Plotio , de ' Jamblique , de Macrobe , de Proclus , de Numérius , d'Amélius, de Philon, etc., qui tous contiennent la même doctrine sur le bonum ou premier Dieu, sur son logos et sur l'ame universelle , et qui renferment un système suivi d'abstractions dans lesquelles le logos ou la lumière intellectuelle, ainsi que l'aine ou le spirilus universel jouent le plus grand rôle. On y donne le nom de père au premier Dieu , de fils à son intellect ou au logos , lumière du père, etc. , et l'ordre et la filiation des principes y sont les mêmes que ceux qu'expriment les vers de l'Oracle et le passage de Trismégistc. Ainsi réunis , ces ouvrages mêlent leur lumière à celle des autres écrits philosophiques , et leur accord , loin de surprendre , devient nécessaire.

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