CHAPITRE III
Le P. Kirker (a) a fait un grand chapitre sur les trois principes de la théologie égyptienne, que le» pythagoriciens et les platoniciens avaient adoptés et consacrés dans leurs écrits.
Il examine le système hermétique sur la monade première , principe et origine de toutes choses. Hermès Tappelle la monade paternelle. Elle engendre la dyade, qui , unie à la monade première , donne la triade , laquelle brille partout dans la Nature. C'est ainsi que chez les Chinois , leurs docteurs disent que un a produit deux , et que deux unis à un ont produit trois , et que de ce nombre tout résulte.
Il appelle la monade le père ou le premier principe. Le second principe est nous , l'intelligence du père née d'elle-même. Il appelle le troisième principe la seconde intelligence. Il lui donne ce nom par comparaison à celle qu'il appelle engendrée d'elle-même. Elle est le terme du fond paternel, de manière cependant a rester
dans sa source. Il Tappelle l'intelligence artiste du monde ignée., intelligence d'intelligence. Il lui donne le nom de Dieu maître , source , vie , force , esprit ou souille qui anime tout. Il établit sa trinité dans les termes rapportés ci-dessus dans le passage de Cédrénus.
On voit ensuite ces mots : « De l'intelligence première sort le Verbe lumineux , fils de Dieu , le même avec son père. Car ils ne se sont point séparés l'un de l'autre : leur union est la vie. C'est donc l'esprit de vie.» Nous avons déjà rapporté plus haut une partie de cette théologie du Pimandcr.
(«) Kirk. OEdip.,t.3,p. 5?5.
Voilà, dit Kirker, les plus anciens dogmes théologiques enseignés par Zôroastre et par Hermès. Proclus appelle cette doctrine nn don et un présent de la divinité. Tous les pères de l'Eglise l'ont crue si authentique et si semblable à la nôtre, qu'ils l'ont regardée comme l'ouvrage de l'inspiration. On la retrouve dans Orphée, dans Platon, dans Aristote, etc., sous d'autres noms et sous d'autres formes. C'est de cette source qu'est sortie la doctrine des trois principes fameuse chez tous les platoniciens, tels que Jamhlique , Porphyre , Plotin , Proclus , Syrianus , Damascius , qui , quoique divisés entre eux sur la nature et sur les noms de ces trois principes, semblent néanmoins s'accorder à y reconnaître les trois substances créatrices de toutes choses.
Tous les anciens philosophes instruits par les Égyptiens ont regardé cette triade comme une puissance intelligente, incompréhensible, éternelle, existant partout , infinie , remplissant tout , etc.
Un auteur chrétien (a) que quelques savans croient être Origène (&), rapporte que , suivant les brachmanes , Dieu est une lumière, mais différente de celle que nous voyons ; qu'il est une parole , non une parole articulée , mais une parole de science j qu'elle s'enveloppe d'un corps , comme un homme se couvre de la peau d'une brebis. On peut voir le Mémoire de l'abbé Mignot (c) sur l'opinion qu'avaient les Indiens de Dieu Verbe èt lumière.
Les cabalistes avaient sur la nature divine la même
(a) Reausobre, t. i, p. 467. — (b) Origen. Philosoph., p. 15g. — (c) Acad. Ioscrip., t. 3i, p. mo.