CHAPITRE III
fois par ne plus s'entendre lui-même. On aurait tort de prendre pour des idées révélées des subtilités inintelligibles, et l'abus du raisonnement ponr une nouvelle lumière sur-ajoutée à la raison. Au reste , les païens ne nous ont jamais donné leurs raffinemens métaphysiques pour des inspirations. Ils parlaient à des hommes trop éclairés pour oser se dire inspirés lorsqu'ils n'étaient que subtils. Il n'appartenait qu'aux Chrétiens ignorans de prendre pour des idées au-dessus de la portée de l'homme, et de regarder comme inexplicable ce qu'ils ne pouvaient point expliquer ; de confondre le mot de mystère , qui signifie chose cachée au peuple , et qu'on ne lui explique point parce qu'il n'est pas assez instruit pour l'entendre; de le confondre, dis— je, avec chose inintelligible à l'homme, révélée par Dien, pour qu'il n'y compih jamais rien , et cependant afin qu'il l'apprit et qu'il y crût fermement sous peine d'être éternellement maJhcnreux.Ces dogmes, supérieurs à la raison du peuple, ne l'étaient point à celle des métaphysiciens qui les portèrent dans l'initiation de Christ; mais tous les initiés étant restés ignorans, ils devinrent nécessairement supérieurs à la raison de tout le monde , sans devenir pour cela contraires à la raison , si ce n'est lorsqu'on forçait de les recevoir dans un sens différent de celui dans le- t quel ils avaient été conçus , et dans lequel on les devait prendre. Malheureusement on ne les voulut que contraires à la raison, et chercher à les expliquer afin de les rendre intelligibles à l'homme , fut toujours regardé comme un crime.
C'est ce ridicule préjugé qui empêcha les pères de l'Eglise de profiter des lumières que les philosophes païens leur fournissaient dans la doctrine des trois principes
pour entendre les mystères de la trinité, dont les rapports avec celle des païens étaient des plus frappans. Ils n'ont pu s'empêcher d'en voir la ressemblance : ils la démontrent partout dans leurs écrits. Ce sont eux qui nous ont fourni la plupart des preuves que nous avons apportées ici de cette conformité. Us se retranchaient sur la connaissance que ces anciens philosophes avaient eue de leur révélation. Nous pensons que non-seulement cette révélation est une chose absurde, mais qu'elle est même absolument inutile, puisque nous avons vu la filiation de cette idée et sa génération dans la tête des métaphysiciens. La révélation s'évanouit donc. Que reste-t-il? La ressemblance. Elle est avouée : elle est prouvée. Où est donc la source? Dans les écrits de ceux qui nous en donnent la génération et toute la filiation $ chez ceux qui l'entendent ; chez ceux qui nous ont appris à entendre celle des Chrétiens , qui en sont restés dépositaires sans y rien comprendre. C'est donc chez ^es platoniciens ou chez les maîtres de Platon, soit les Égyptiens , soit les Assyriens , que nous trouverons le berceau de toute cette métaphysique ; non-seulement de la triade des Chrétiens, mais encore de toutes les triades de Zoroastre, d'Hermès , etc. Les auteurs sont ceux qui entendent 5 les copistes ceux qui reçoivent et gardent sans rien comprendre. La science est où le mot mystère signifie chose cachée 5 l'ignorance, où il signifie chose intelligible. Les Chrétiens sont donc des copistes des Orientaux , et rien de plus.
On voit, par tout ce que nous avons dit, que leur théologie ne leur appartient pas plus en propre que leur cosmogonie j et que dans leui théologie , comme dans ' leurs mystères et leur légende , il n'y a rien qui ne se