CHAPITRE I
dans toutes les théologies , et surtout en Orient , où la cosmogonie des Hébreux a été connue , et où les fictions sacrées des différentes sectes chrétiennes ont pris naissance. Ceux qui voudront acquérir une connaissance plus étendue du caractère de la théologie orientale et des cosmogonies de ces pays et de ces siècles-là, pourront lire le savant ouvrage de M. Hyde sur la religion des Perses (a) et l'excellent Traité de Beau sobre sur le manichéisme , ainsi que les ouvrages d'Epipliane sur les diverses hérésies des premiers siècles du christianisme. Nous ajou tenions seulement une observation importante pour la matière que nous traitons , c'est que ces idées théologiques n'étaient pas rendues dans le style ordinaire de la dissertation , mais qu'elles se produisaient sous la forme de romans souvent les plus bizarres et les plus monstrueux. Tout y prenait , comme dans les poèmes anciens que nous avons expliqués , un corps , du mouvement , de la vie , un langage et un caractère véritablement dramatique, comme dans la Genèse. Nous avons déjà indiqué cette clef dans le cinquième chapitre de notre second livre , et nous avons apporté pour preuve une longue suite de passages tirés des livres zends ou de la cosmogonie des Perses. On en trouvera aussi des exemples dans Hcausobre (b) , dans les Actes de la dispute de Cascar (c) et dans Epiphane (d). La Genèse est un roman cosmogoniqne de ce genre , dans lequel on représente les entreprises du chef des ténèbres contre le chef de la lumière , dont il vient gâter l'ouvrage , comme Ahrimane Jaloux vient corrompre les productions d'Ormusd dans
{a) Hyde, de Vet. pert. Rel., c. ai, aa. — (b) Besiiuobre, t. 3, p. ,y8. — (e) Act. Aich , p. 10. — (d) Epiph. À«W. H»r., c. 66.
la cosmogonie des Perses. Ce sont ces fictions théologîques qui ont enfanté le fameux œuf de Zoroastre , dont nous avons donné ailleurs l'explication (ci) , et qui fait partie de la doctrine secrète des mages sur l'action des deux principes et sur leurs combats dans le monde (£). Nous renvoyous le lecteur à cet endroit de notre ouvrage , parce qu'il pourra comparer le dogme cosmogoziique caché sous ce symbole , avec le système cosmogoniqnc des Hébreux et des Toscans dont nous parlerons bient6t. Nous ajouterons seulement à ce que nous avons dit , que le premier tableau qui nous est présenté dans ce symbole religieux , c'est le contraste de la lumière et des ténèbres , tel qu'il existe dans le monde figuré par cet œuf, où ils partagent entre eux la durée du temps. Ce partage est tel que la somme de la lumière est toujours égale à celle des ténèbres \ en sorte que dans quelque climat que Ton additionne la durée des jours de toute Tannée , elle fera toujours une somme égale à celle des nuits , c'est-à-dire , qu'on trouvera toujours six mois de lumière et six mois de ténèbres. Au pôle , ces six. mois de jour ou de lumière s'écoulent sans interruption et comme en masse. Sous l'équateur, leur marche est divisée en intervalles égaux et alternatifs dont la somme est toujours réciproquement égale. Dans la sphère oblique , la distribution est inégale , mais les inégalités se compensent tellement , que pendant six mois la lumière ou le jour l'emporte sur les ténèbres } et que pendant les six autres mois les ténèbres l'emportent sur le jour, jusqu'à ce que , la révolution finie , le principe lumière reprenne son empire. Voilà le phénomène que les mages ont voulu
(a) Li-dcssus, I. a, c. 5. — (6) Plut, de laide, p. 3Cg.