CHAPITRE III. SlI
beaucoup plus compliquées et plus difficiles à entendre que la trinité chrétienne qui parait inintelligible a ceux qui ne se sont pas bien pénétrés du génie d'abstractions qui a présidé au système théologique des platoniciens.
Nous avons vu cette théologie développée surtout dans Platon et dans son commentateur, qui appellent le premier Dieu le bien, en style platonicien, ou le père. Audessous ils placent l'intellect ou l'intelligence première, à qui ils donnent le nom de fils , et enfin la première a me ou le spiritus , principe de mouvement et de vie , comme l'intelligence est le principe de Tordre et des formes du monde matériel ainsi que du monde archétype ; et la tendance de l'un et de l'autre vers le bien ou vers F unité première qui est leur centre. C'est ce qu'on appelle , dans la théologie ancienne , le système des trois principes rappelés à l'unité , et ce dont les Chrétiens ont fait leur trinité. Nous avons remarqué que partout le second principe , le logos ou l'intelligence du père y est désignée par le nom de lumière , comme elle Tétait par la lumière dans le système des matérialistes ou dans le grand Dieu nature universelle , et comme le logos ou le Verbe Test également dans l'évangile de Jean dont la théologie appartient aux spiritualistes, lesquels ont conservé les mêmes divisions, le même nom et les mêmes graduations admises entre les trois principes du matérialisme. Nous avons vu également qu'ils plaçaient au-dessus de tout l'unité souveraine ou la monade paternelle , et que toute leur théologie se rapportait , suivant Plotin , aux trois principes.
Nous avons ensuite fait voir cette universalité du système des tr^is principes dans Platon, Porphyre r Amélius, Numénins , Philon, Proclus, Macrobc , chez les
pythagoriciens, chez les platoniciens, et surtout chez les Egyptiens leurs maîtres : doctrine expliquée d'une manière claire et précise dans les vers d'un ancien oracle égyptien et dans le Pimander de Trismégiste. Nous ayons surtout remarqué que cette universalité du dogme des trois principes et sa conformité avec les nôtres n'avaient point échappé aux docteurs chrétiens, qui eux-mêmes non-seulement en ont rassemblé les preuves , mais qui en ont avoué la parfaite ressemblance avec leur trinité, et qui ont reconnu les trois personnes ou les trois attributs personnifiés de l'être unique Dieu , dans les trois principes bon, intellect et spiritus ou père, fils et ame universelle de la théologie des païens. Nous avons fait observer que la connaissance d'une prétendue révélation à laquelle ils avarient recours pour expliquer cette singulière conformité , était une idée non-seulement absurde , mais inadmissible par cela même que cette supposition était inutile , puisqu'on avait d'une manière claire et précise la génération de cette idée dans la métaphysique des anciens. Nous avons conclu qu'elle était aussi humaine chez les Chrétiens que chez les païens, et que les païens en étaient les véritables créateurs , puisqu'eux seuls en avaient conservé la véritable filia don , et noiv> donnaient non-seulement la clef de cette idée métaphysique don: les Chrétiens se trouvaient dépositaires sans l'entendre , mais encore plusieurs échantillons de différentes triades et de combinaisons encore plus compliquées d'abstractions de ce genre ; d'où nous avons enfin conclu en dernière analyse que la théologie des Chrétiens ne leur appartient pas plus en propre que leur mysticité sur le Dieu-soleil mort et ressuscité pour réparer le mal de la Nature. Donc , Christ considéré ou