CHAPITRE HI. 3l
et qu'il avait été tné par Typhon son frère. 11 est arrivé à Tacite à peu près ce qui arriverait à un historien français qui , par occasion , aurait à parler d'une secte indienne, laquelle depuis plus de cent ans se serait établie en France d'abord très -obscurément, et qui cent ans après commencerait à être plus connue et persécutée, s'il nous disait qu'ils s'appellent Bramines, du nom d'un certain Brama, qui a, dit-on, vécu dans l'Inde. Nous garantirait-il pour cela l'existence de Brama? Il faudrait que Tacite eût fait des recherches les plus exactes sur la vérité de l'existence de Christ, sur sa mort sous Ponce- Pilate; ce que n'a jamais eri intention de faire Tacite. La question était trop peu importante pour lui. Il a dit ce qu'on disait à Home , d'après les témoignages des Chrétiens, et rien de plus. Il n'a jamais prétendu s'en i-endre garant. Si cette existence eût été si indubitable on n'aurait pas vu dans le même temps des savans qui examinaient de près la question , puisqu'ils attaquaient le culte des Chrétiens , leur dire que ce prétendu Christ qu'ils adoraient, était le soleil, comme nous l'avons vu dans Tertullien, et comme nous avons prouvé qu'effectivement ils adoraient le soleil sous ce nom, et qu'euxmêmes alors ignoraient la nature du culte qu'on avait apporté de Judée à Rome, sous le nom de culte de Christ.
Nous pourrions suivre encore plus loin le système des rapprochemens et des ressemblances , et faire voir que les Chrétiens n'ont rien qui soit à eux exclusivement, non- seulement dans leurs mystères ni dans leur théologie , mais même dans leurs pratiques religieuses , dans leurs cérémonies , et jusque dans leurs fêtes. C'est un ouvrage particulier à faire sur cet objet, et que je laisserai faire à d'autres , à moins qu'une sura-
3l6 RELIGION CHRÉTIENNE.
bondance de loisir ne me permette de inoccuper de cette seconde manière de démontrer la nature de leur religion, et sa conformité avec les religions les plus anciennes; démonstration dont la question présente sur l'origine de leur religion n'a plus besoin. Je me bornerai à un seul échantillon des erreurs grossières où ils sont sur la nature des fêles qu'ils célèbrent , qui sont encore toutes païennes, et qui appartiennent à l'ancien culte du soleil et à celui des génies qui forment son cortège.
Les anciens honoraient Bacchus sous le nom de Dionjsios : c'était son vrai nom chez les Grecs. On avait imaginé différentes aventures tragiques par lesquelles ce Dieu finissait sa vie. Tantôt on l'avait coupé en morceaux pour le faire cuire : tantôt il avait été mis à la broche. En Egypte on célébrait sa mort sous le nom d'Osiris , et une tète de papyrus abandonnée aux flots du Nil allait en porter la triste nouvelle à Biblos , comme nous l'avons vu dans Lucien. Il était regardé comme le premier instituteur de la religion et des mystères, ainsi qu'Eleuthère qui les établit, suivant Hygin (a). On lui donne à lui-même cette épithète qui en latin est traduite par Liber, nom le plus ordinaire de Bacchus chez les Latins. On célébrait en son honneur deux fêtes principales, les unes au printemps, les autres au commencement de l'automne [118]. Les premières se célébraient à la ville et s'appelaient urbana : celles d'automne hors la ville et à la campagne : on les appelait rustica (A). On y ajouta ensuite un jour de fête par flatterie en honneur de Démélrius, roi de Macédoine : on
(a) Hygin, fab. «5. — (b) Conini, Fast. Allie. , t. 3, p. 336; t. i, 1> 96.