CHAPITRE 111. 3l
appela cette fête Festum Demetni , comme on peut le voir dans Plutarque (a). Ce prince tenait sa cour à Pella, près du golfe de Thessalonique : on en a fait tout bonnement un martyr de Thessalonique en 3o3.
On donnait aussi à Dionysios son nom oriental de Bacchos ou Bacchus; on en a fait un martyr d'Orient , sous le nom de saint Bacchus , martyrisé eu 'Orient Tan 3oa , précisément au même temps que saint Dénié tri us en Macédoine. Les fêtes d'automne de Bacchus , d'après ce que nous avons dit , devaient donc être annoncées dans le* calendrier païen de cette manière : Festum Dyonisiiy Eleutherii ^ Busticum. Nos bons aïeux ont tout bonnement traduit : Fête de saint Denis , de saint Eleuthère et saint Rustique , ses compagnons. Ils ont lu au jour précédent fes tum Demetriï: ils ont mis la veille dans leur calendrier, fête de saint Démétrius , martyr de Thessalonique , et la surveille , fête de saint Bacchus ; en sorte que si on lit le bref on le calendrier dont se servent encore nos prêtres , on y verra le 7 octobre festum sancti Bacchi , le S festum sancti Demelriiy et le 9 festum sancti Dyonisii, Eleutheriiet Rusticu
Nous avons vu , dans notre chapitre sur Bacchus et dans l'explication du poème de Nonnus , que les conquêtes et les voyages de ce héros se terminaient par ses amours avec Aura , ou avec le vent doux personnifié dans le poëme. Eh bien ! deux jours avant la fête du martyr de Bacchus on fetc sainte Aure et* sainte Placide. Cette fête tombe la surveille de celle de saint Bacchus, et le lendemain de celle de saint Denis l'Aréopagiste, c'est-à-dire, le 5 d'octobre.
(a) Plot. Vita Deraetrii Cornai, t. 1, p. 3g; t 3, p. 3*3
5l8 RELIGION CHRÉTIENNE.
Cet accord entre nos fêtes et celles dn calendrier athénien , au même temps de l'année, serait bien étonnant si ce n'était pas la même chose. Rien n'est incroyable clans une société d'hommes qui font profession de tout croire sans examen, et où une seule réflexion critique est un sacrilège.
C'est ainsi que, de la formule de vœux formés par les anciens pour le bonheur des autres et pour le sien « et dans laquelle on souhaitait perpétuant felicitatem , les Chrétiens ont imaginé dans leurs litanies une invocation à sainte Perpétue et à sainte Félicité, qu'ils ne séparent pas plus l'une de l'autre que ne les sépare la formule perpétuant felicitatem. C'est à peu près de même , mais moins par ignorance que par une suite du génie allégorique qui personnifiait tout, que les anciens Romains personnifièrent les vœux de bonne année , dont les souhaits renfermaient ces mots : Quod faustum felixque 5iV, formule usitée partout chez les Romains. Ils en firent Faustus et Félix , frères de Janus ou du génie qui ouvrait l'année , comme on peut le voir dans Plutarque (a).
Ainsi des mots rogare et donare, les Chrétiens, ont fait saint Rogatien et saint Donatien , qu'ils unissent toujours dans leur invocation des litanies.
On pourrait faire là-dessus une foule de recherches curieuses en comparant les calendriers anciens avec les nouveaux , et il ne serait pas difficile de prendre souvent nos prêtres en défaut, et de leur prouver qu'ils ont conservé une foule d'anciens génies ou êtres physiques et moraux personnifiés» dont ils ont fait des saints. On leur prouverait que leur saint George , dont on fête l'ap-
(a) Plat. Parolle)., p. 307.