CHAPITRE III
grand ennemi de l'humanité. C'est ce monstre qu'à enfanté l'ignorance , et que la crédulité a consacré sur nos autels , qu'il faut détruire. Il faut faire asseoir k sa place , sur les débris des monumens de la superstition , le culte du chef de la Nature , religion née à l'ombre des mystères et dont le corps sacré a été toujours voilé au peuple, comme la divinité l'est à l'homme. Celle-là est grande , majestueuse , le plus bel ouvrage de l'homme et la seule digne de nos respects.
Considéré sous ce point de vue comme une branche de la religion universelle , le christianisme se rédoit en dernière analyse , d'après les explications ou plutôt la démonstration que nous venons d'en donner, « au culte de l'être invisible qui comprend en soi tontes choses ; principe de la vie et de l'intelligence de tous les êtres, qui a placé le siège de sa gloire visible et de son énergie sur la terre dans ce soleil , image de sa beauté et de sa puissance, sa première production, auquel est confié le soin de faire le bonheur de l'homme et de réparer tous les ans les maux qui résultent de son absence , en ' versant dans la matière terrestre le bien qu'elle n'a pas d'elle-même et qu'elle ne peut recevoir que de lui. » Voilà à peu près le précis de la religion chrétienne , dépouillée de toutes les fictions allégoriques et des abstractions sous lesquelles on l'a voilée , et qui , n'étant plus entendues, en ont fait un monstre effroyable. Détruisons donc, non pas nos temples , non pas notre culte, mais notre ignorance-, entendons nos mystères. Ce sont ceux de la Nature.
La religion chrétienne ne peut qu'y gagner, aussi bien que la raison et l'humanité. Fêtons , si nous voulons , le moment où le soleil va nous rapporter le don tome v. ai
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précieux de la lumière, et ensuite la chaleur et la fécondité que la Nature entière tient de la cause invisible et universelle dont cet astre n'est que l'instrument. Louons l'Eternel : remercions-le de ses bienfaits : unissons-nous
pour célébrer sa gloire : mais point d'images, point de légendes , point de prêtres surtout qui trafiquent de notre crédulité : que chacun soit à soi-même son prêtre , et qu'il porte dans son cœur vertueux l'autel pur sur lequel il offrira des hommages à la divinité [iao] ; ou si nous élevons des temples, gravons-y la fameuse inscription de Sais , qui est le résultat de la philosophie de tous les siècles y et qu'on y lise : a Ici on adore l'être qui est la cause de tous les autres , qui les comprend tous , et dont nul mortel n'a jamais percé le voile » [121]; et plus bas gravons l'histoire des malheurs qu'ont éprouvés les hommes pour avoir osé en dire davantage.
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