SUR LES CATASTROPHES QUI LES TERMINAIENT
C'est une erreur qui a été commune à bien des peuples et à bien des siècles , que la croyance de la fin du monde et de sa régénération par l'eau et par le feu, après de longues périodes , connues sous le nom de grandes années , qui , en s'achevant , terminaient un ordre de choses dans l'Univers pour en reproduire un autre plus ou moins parfait, suivant une marche progressive que la Nature ne donne point, et que l'esprit de l'homme seul pouvait imaginer. Celte opinion sur les grandes apocatastascs, née en Orient , avec toutes les autres fables dont cette région semble avoir toujours été le berceau , a passé jusqu'en Occident , et la frayeur que les hiérophantes de l'Asie ont cherché à imprimer aux timides mortels s'est propagée partout où la crédulité a étendu son immense empire. C'est à la philosophie , qui s'instruit encore plus à observer l'origine et les progrès des erreurs de l'homme qu'à suivre celle de ses connaissances qui sont toujours resserrées dans un cercle très-étroit , à remonter vers la source de ces fictions et à faire sortir la vérité de dessous le voile dont la fable l'a couverte. On nous pardonnera
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de réveiller encore ici le nom d'une science qui a gouverné si long- temps l'Univers , et qui , h juste titre , est enfin proscrite parmi nous , celui de l'astrologie.
Le peuple, c'est-à-dire le très -grand nombre , plus avide d'être trompé que l'imposteur le plus hardi n'est de séduire , fournit dans tous les siècles contre lui une arme puissante aux tyrans de salaison, laquelle, toujours malade , se laisse aisément prendre aux promesses intéressées de ces dépositaires prétendus des secrets de la Nature et de la divinité. On consulta l'astrologie sur le destin de l'Univers, comme on la consultait sur ceux de l'homme , sur ceux des rois et des empires. Une vérité physique fut la source de Terreur la plus étendue.
Les anciens étaient persuadés qu'il n'y a point un seul effet dans la Nature qui ne soit le résultat du système général du monde ; que tout y est lié et dépend d'une combinaison de mouvemens , d'actions et de réactions entre toutes les parties ; et qu'il y a une chaîne immense de causes et d'effets, qui s'étend depuis les sommets de TOlympe jusqu'aux abîmes les plus profonds de la terre , et qui unit entre eux tous les membres du vaste corps que plusieurs appelaient la divinité, et d'autres son fils et son ouvrage. Les formes des corps ne se composant et ne se décomposant qu'en vertu du mouvement imprimé à la matière terrestre, inerte de sa nature , la cause qui l'imprimait était la matière active et intelligente qui constituait l'essence des corps célestes toujours en mouvement, et seuls principes des autres mouvemens qu'on aperçoit dans l'Univers. Eux seuls, par leurs allées et leurs venues , leurs levers et leurs couchers , leur éloignement et leur retour , leurs distances respectives ou leurs réunions i modifiaient les quatre élémens , les atténuaient
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ou les condensaient , et enfin leur donnaient le mouvement propre à produire cet arrangement de molécule» , d'où dépend l'organisation de chaque corps particulier.
Le ciel gouvernait donc impérieusement la terre ; et par les formes variées qu'il prenait , il variait aussi à chaque instant celles de la terre , de façon qu'il y avait une correspondance nécessaire entre le monde qui con- * tenait les effets ou le monde sublunaire , et le monde qui renfermait les causes ou le ciel. De-là cet axiome si connu chez les astrologues : a Les formes d'ici-bas sont soumises aux aspects du monde supérieur ou des cieux. » Ce principe une fois établi, il s'ensuivait que, si les combinaisons différentes des aspects, malgré leur variété prodigieuse, ne s'étendaient point à l'infini, mais pouvaient être renfermées dans un cercle limité , quoique immense, le cercle des variations de la cause étant parcouru , celui des effets l'était aussi, et les premiers aspects, venant à se reproduire , ramenaient aussi sur la terre les premières formes ; et la Nature céleste et terrestre recommençait sa marche. Cette supposition des retours était fausse j mais elle était nécessaire pour l'astrologie, et on en fit le principe fondamental de la science génethliaque. C'est de cette supposition qu'est parti Virgile lorsqu'il nous dit , dans sa quatrième églogue(a), que le règne de Saturne et les beaux jours du siècle d'Astrée vont renaître ; que l'âge de fer va faire place à l'âge d'or et ramener sur la terre une génération plus vertueuse.
De toutes les égloguesde Virgile, il n'en est point sur 1 ami cl le les commentateurs aient dIus exercé leur critique que sur cette quatrième églogue.
(<) Virgil.Eclog.4,T, 6 et;.
Les uns y ont vu Déloge du siècle heureux d'Auguste» figuré par l'âge d'or; ceux-ci un chant génethliaque , composé à l'occasion de la naissance d'un enfant illustre, Marcellus , suivant quelques-uns ; Drusus , suivant d'autres ; le fils de Pollion , suivant Servi us. D'autres enfin, plus religieux qu'éclairés, y ont cru voir une prédiction de la naissance de Christ et de la régénération spirituelle des hommes , annoncée par l'ancienne sibylle. Nous ne nous arrêterons pas à examiner jusqu'à quel point chacun de ces divers sentimens est fondé , parce que le but que nous nous proposons dans cet ouvrage n'est point de décider celte question trop peu importante pour la science et pour la philosophie. C'est à la théorie même de cette églogue et aux idées cosmogoniques qu'elle contient que nous nous attachons , et on en trouvera les principes et les conséquences dans cet ouvrage.
Le poëte quitte le ton simple de la pastorale , et , s'élevant à la hauteur du style épique, il embouche, pour ainsi dire , la trompette qui , dans les fictions cosmogoniques , annonçait la fin des générations , et il entonne des chants qu'on n'était point accoutumé d'entendre au milieu des buissons et sur l'humble bruyère (a).
A sa voix, l'Univers entier parait s'ébranler; le ciel, la terre, la mer , agités de secousses violentes , semblent pressentir le moment qui va finir la révolution des siècles ; mais la Nature bientôt est rassurée par l'espoir d'être régénérée et de voir renaître avec elle ces âges heureux qui furent les premiers de son enfance (b).
Aussi cette églogue , dans deux manuscrits que consulta Pierius , portait-elle pour titre : De inlerpretatione
(«) Virgil. Eclog. 4, t. i. — (/>)Ecl©g. 4, y. 5e.
novi sœculi , et novi sœculi interpretalio \ titre que justifient pleinement les quatrième et cinquième vers de l'églogue (a).
C'est de cette fiction sacrée , consignée dans les livres sibyllins , que le chantre de Mantoue sut profiter pour flatter Auguste dont l'empire pacifique semblait devoir ramener les jours heureux de Saturne et d'Astrée , et ces âges d'innocence où la terre n'est plus habitée que par une génération vertueuse qui, à sa mort, passe an rang des demi-Dieux et des héros (b).
Non -seulement la succession des quatre âges se reproduisait, mais les mêmes événemens â peu près, et les mêmes altérations dans la félicité et dans les mœurs des hommes avaient encore lieu pendant la nouvelle révolution'.
Aussi Virgile (c), après avoir fait dans les vers suivans une charmante description du bonheur du nouvel âge qui va recommencer, ajoute que bientôt les mômes besoins et les mêmes passions , venant à renaître, ramèneront aussi les mêmes travaux et les mêmes maux («/), et que les mûmes événemens se reproduisant sur la scène du monde , on chantera encore l'expédition des Argonautes et les sangians combats livrés sons les murs de Troie.
Telle était effectivement la doctrine ancienne sur la Nature et sur les effets des grandes apocatastases ou restitutions périodiques des sphères et des phénomènes produits sur la terre par le système des influences célestes. Servius, dans son Commentaire sur cette églogue,
(a) Eclog. 4 , t. 4. — (b) Hesiod. Opéra et DUt , t. ixj. — (•) Virf . ibid-, 18, etc. — (d) Ibiâ., y. 3i.
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a bien aperçu l'idée astrologique qui faisait la base de cette théorie [laaj.
O ri gène a combattu cette opinion qu'il attribue aux
I égyptiens , aux pythagoriciens et aux platoniciens (a) , qui admettaient d'un côté l'indestructibilité du monde , et d'an autre de grandes périodes qui roulaient dans l'éternité , en ramenant continuellement les mêmes aspects des astres et les mêmes événemens.
Synésius (0), malgré toute sa philosophie, n'a pu se défendre de la crédulité aux dogmes de l'astrologie et à l'existence de ces périodes, les unes simples, les autres composées , qui produisaient le même ordre de choses dans le monde , conformément à la doctrine des philosophes de la Grèce et de l'Egypte , à laquelle il était initié. Il en parlé avec ce ton de mystère qu'aflectait l'astrologie, plus propre à piquer la curiosité qu'à la satisfaire.
Sénèque lui-même (c), traitant la grande question des catastrophes qui étaient censées terminer chacune de ces périodes, suppose, comme Virgile, que l'ancien ordre se rétablit ; que les animaux sont de nouveau reproduits , ainsi que l'homme , qui reprend sa première innocence et son ancienne félicité ; mais qu'il ne conserve pas long-temps. Bientôt le vice reparait sur la terre , et vient souiller la pureté primitive des mœurs des mortels.
Partout cette régénération et cette dégradation successive de la Nature sont une suite nécessaire de la fatalité. C'est le mouvement des astres , dit Berose cité
(d) Orig. contr. CcU. , 1. 4 , p. *5i. — (b) Synes., I. a. d« Provid. " iub Gn. — (c) Sciwc. Qu«»t. Nat., 1. 3, c. 3o.
par Sénèque (a) , qui opère ces grandes révolutions périodiques.
C'est donc dans l'astrologie que nous devons chercher l'origine de ces périodes et leur mesure. Le ciel doit nous fournir les divisions du temps fictif, comme il nous fournit 'celles des périodes réelles des astres. Aussi les trouvait- on dans les livres astrologiques des Chaldéens , des Égyptiens et de leurs Mercures cités dans le Syncelle sous le titre de Livres géniques (b).
Parmi le grand nombre de périodes fia3], connues chez les anciens sous le nom de périodes de restitution ou de grandes années , il n'en est aucune qui puisse mériter proprement le nom de grande année dans le sens que nous l'avons pris jusqu'ici , si elle n'embrasse le cercle immense de tous les aspects possibles , et si elle ne rétablit absolument et à tous égards les cieux dans la position que l'on suppose primitive , afin que l'ordre primitif des elFets terrestres puisse aussi se reproduire.
Or , comme la précession des équinoxes d'un côté , les mouvemens dilîérens de chacune des planètes de l'autre , varient à chaque instant la position du ciel relativement à la terre , il ne peut donc y avoir de grande période de restitution que celle qui accordera ces huit, mouvemens , et qui fera une ou plusieurs fois coïncider en même temps la fin de ces huit révolutions avec le point qui est supposé être celui de leur départ. Mais les anciens [i^4] ayant fait de trente -six mille ans la grande révolution des fixes > à raison d'un degré pour le mouvement séculaire, il s'ensuit que toute grande année, plus petite que trente-six mille aps , ou plus grande , mais
(«) Scpec. Quawl. Nat., |. 3, c. 39. — (A) Syncel., p. 35.
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qui n'en serait pas un multiple , c'est-à-dire , qui ne la contiendrait pas exactement un certain nombre de fois , ne saurait être la période, demandée.
Car la restitution des aspects doit être parfaite , et le défaut de coïncidence d'une seule des huit révolutions dérangerait tout. Aussi Platon , dans son Timée (a), exiget-il, pour que la grande année soit complète, que les révolutions des huit sphères soient exactement renfermées un certain nombre de fois dans l'immense période qu'il appelle parfaite , et qui rétablit tout le ciel dans sa position primitive.
C'esl aussi le sentiment de Cicéron {&) et de Macrobe (c) son commentateur. Cicéron veut que non -seulement les planètes , mais encore les signes , lesquels ne peuvent varier que par le mouvement de précession , soient revenus chacun à leur première place et tous ensemble. Cette période , dit l'orateur philosophe , renferme bien des milliers d'années $ mais pourtant , ajoutet-il ailleurs , elle est d'une durée fixe et déterminée (*f).
Les conditions requises par Platon et Cicéron sont une suite nécessaire de l'hypothèse de la restitution parfaite des. mêmes aspects et des mêmes effets. D'après ce principe, nous rejetterons toutes les périodes différentes qui ont été données par les anciens , et nous n'en garderons qu'une qui est la période chaldaïque de quatre cent trente-deux mille ans, que nous a fournie Berose , parce , qu'elle seule est un multiple de la période de trente-six mille ans , qui doit être nécessairement renfermée dans la grande année de restitution. Elle la contient douze
(a) Plat. Tîm.t t. 3, p. 39. — (b) Cirer. Soran. Scip., c. 9. — («) Macrob. Som., I. a, o. u. — • (d) Ciccr. de nat. Dcor., 1. a, e. »o.
fois *, et en quelque sorte elle peut être regardée comme un de ces grands mois de la grande année , indiquée par ce vers de Virgile :
locipient magni procéder* mentes (a).
Il ne reste* plus qu'à faire voir qu'au bout de quatre cent trente-deux mille ans , pendant lequel intervalle, la période des fixes fait douze révolutions complètes , les sept planètes étaient censées avoir fait aussi chacune un nombre de révolutions complètes dans le zodiaque , de façon à se retrouver au commencement de la division du cercle , au moment où la douzième révolution des fixes s'achève.
Avant de procéder à la preuve de notre proposition , il est à propos d'observer que la période de quatre cent trente-deux mille ans, et toute autre période de restitution des huit mou vemens n'a qu'une vérité hypothétique et aussi peu rçelle que la science même qui la créa et qui en fit usage. L'astronomie même aujourd'hui n'est pas assez perfectionnée pour qu'on ose assigner la durée du temps nécessaire pour que les huit mouvemens , partis d'un point donné , puissent exactement se trouver tous ensemble à ce point de départ. À plus forte raison ne put-on pas le faire chez les anciens , dont les connais» sances astronomiques étaient bien inférieures aux nôtres, et qui s'occupèrent peu de la théorie des planètes , à l'exception de celle du soleil et de la lune. Leur astronomie n'était guère que de l'astrologie [ia5] ; et, s'ils donnaient quelque attention au calcul des éclipses , c'est que la sûreté de leur théorie sur cette partie semblait garan-
(*) v"irg. Kclog. 4. ▼• i*'
tir la vérité de leurs prédictions sur les événemens'de la vie humaine et la certitude d'un art auquel la fortune et la considération étaient attachées. Car en<gcnéral , dans tous les siècles , celui qui trompe les hommes a toujours plus à gagner que celui qui les instruit. Comme il n'était ici question que d'en imposer aux peuples , on se contenta de la vraisemblance dans la création de la période, et elle eut toute la vérité que pouvait avoir une théorie toute hypothétique. On avait besoin nécessairement d'une période qui renfermât le cercle de ions les aspects possibles et de to*s les effets correspondans , afin que les observations (a) supposées faites dans une première révolution, et déposées dans les archives de l'astrologie, fissent prévoir à la seconde révolution le retour des événemens qui s'y étaient déjà liés et qui se reproduisaient. C'était là comme la base de l'astrologie. Les véritables astronomes n'admettaient point cette fielion ni ces prétendues restitutions de tous les aspects. Ils étaient persuadés que cette série se prolongeait à l'infini (£), et qu'inutilement on attendait des retours. • D'autres au contraire , et c'était les astrologues, supposaient un cercle et des retours après un long intervalle de temps , mais pourtant fini et déterminé, dit Ciccron (c) ; opinion plutôt établie par le besoin que confirmée par les calculs et l'observation. Voyons donc d'où Ton partait pour l'imaginer.
L'année solaire étant prise pour élément de la période cherchée » le soleil , ou son retour au point (Varies ou à l'origine du zodiaque , fut pris pour mesure commune
(a) Cicer. de Divinat., I. a, c. 97. — (/>) Ccnsor. de Die Natal. , c. i8. — (c) Cicert de uat, Dcor., I. a , c. ao.
des autres mouveincns. Toutes 1rs fois donc que la planète , supposée partie avec le soleil du point d'ane* , s'y retrouvait avec lui , il y avait restitution de la pla*nète. Or, pour que cela arrivât, il fallait que la planète eût ou un monvement égal à celui du soleil , ou un mouvement plus grand qui en fût un multiple exact, ou un mouvement plus petit qui en fût une fraction. Dans ce dernier cas , en faisant faire au soleil autant de révolutions qu'exprimait d'unités le dénominateur de la frac* lion , il devait y avoir restitution ou coïncidence parfaite des deux astres au point à'aries. Par exemple , prenons Jupiter qui , en douze ans, parcourt le zodiaque, et dont le mouvement est a peu près un douzième de celui du soleil , et conséquemment d'un signe par an ; il est clair qu'au bout d'un an , lorsque le soleil revient au point d'ânes , il y a un signe d'écart entre le soleil et Jupiter. Au bout de deux ans, il y aura deux signes : trois au bout de trois ans*, enûn au bout de douze ans, Tare d'écart sera de douze ou du cercle entier; c'est-à-dire , qu'il n'y aura plus d'écart , puisque dans un cercle , un corps qui , parti d'un point , s'écarte de ce point de toute la circonférence du cercle , est revenu nécessairement au point de départ et a achevé sa révolution.
Si nous eussions pris Mars , dont le mouvement est la moitié de celui du soleil , et qui parcourt la moitié du zodiaque en une année, il se serait retrouvé au bout de deux ans avec le soleil au point Varies , et conséquemment , au bout de six fois deux ans, il se serait trouvé aussi avec Jupiter qui y revient tousles douze ans(^). La période de douze ans ou la dodécaëteridc , si fameuse
(«) Centorin. de Die Natal., c. 18.
chez les astrologues de Chaldée, serait donc une période de restitution pour le soleil , Mars et Jupiter , si Mars faisait précisément six signes, et Jupiter un signe sans fraction quelconque , tandis que le soleil fait une révolution. Mais cette précision n'existe pas ; et c'est là ce qui gêne la coïncidence qui ne se trouve retardée que par les fractions de signe. Que firent donc les astrologues pour éviter cet inconvénient ? Ils multiplièrent tellement les divisions du cercle , que les fractions de ces divisions furent réduites à o , ou assez insensibles pour être négligées dans l'hypothèse des rétours *, en sorte qu'à la fin de chaque révolution du soleil , une planète quelconque se trouvât toujours censée répondre exactement à une des divisions qui , étant en nombre prodigieux , sans étendue sensible , se reproduisaient à chaque point du zodiaque , et correspondaient à la planète dont le disque , n'étant point plus petit que l'intervalle des divisions , semblait l'occuper tout entier. Le cercle du zodiaque était composé d'une série circulaire de très-petites cases ou lieux , dans une desquelles une planète quelconque se trouvait toujours circonscrite , et dont la somme exprimait son écart du point d'mies , au moment où le soleil y revenait. Conséquemmcnt les arcs d'écart de chacune d'elles en ce moment contenaient des fractions d'un même dénominateur , et qui ne différaient entre elles que par lenumérateur , lequel était toujours égal à la somme des cases qui se trouvaient entre le lieu de la planète au moment où le soleil achevait sa révolution, et le point d'aries , qui devait être celui du retour et de la coïndenec. H suivait de -là qu'en imaginant autant de révolutions solaires qu'il y avait d'unités dans le dénominateur ou de petites cases dans le zodiaque , on avait un ou plusieurs
fUR LES GRANDS CYCLES. 355
cercles entiers , une ou plusieurs révolutions complètes des planètes ; ce qui ne pouvait avoir lieu qu'autant qu'elles seraiènt alors revenues à l'origine du eercle. Car ce que nous avons dit de la division en signes ou de la division duodécimale, doit s'appliquer à toute autre division qui donne toujours la période des retours égale à la somme des divisions. Si on a préféré des divisions dont le nombre est prodigieux , c'est qu'elles se réduisent alors sensiblement à des points qu'on pourra supposer indivisibles , et conséquemment exempts de fraction des divisions , lesquelles seules gênaient nécessairement la coïncidence ,. et empêchaient qu'elle n'eût lieu dans un intervalle d'années égal aunombredes divisions du cercle. On sent que la division du cercle étant arbitraire , la durée de la période le fut aussi ; peut-être même est-ce la source de cette multiplicité de périodes ditYérentes, connues sous le nom de grandes années. Mais on sait aussi qu'étant une fois déterminée , la durée de la période fictive le fut également, puisqu'elles suivaient une marche parallèle et nécessairement correspondante à celle des divisions du zodiaque ou du cercle qui mesure les huit mouvemens.
Il s'agit donc de prouver actuellement que la période de restitution imaginée parles astrologues de la Chaldéo est tout entière calquée sur les divisions du zodiaque astrologique , et que , dans sa totalité comme dans ses parties élémentaires , elle correspond parfaitement , soit à la somme des petites divisions du zodiaque , soit aux autres grandes divisions du cercle. De même donc que la période totale renferme un espace de 43a, ooo ans , le cercle entier du zodiaque comprend 43 a, ooo petits élémensqui ensuite , par leur réunion , composent des divisions plus grandes de 600 , de 36oo, comme la période chaldaïque
est composée également des périodes de 36oo anfr, de 600 ans, et de 60 ans; en sorte qu'entre les divisions 4 progressives de la période et du cercle il y a une entière correspondance. Voici comme nous sommes parvenus à cette observation.
Les astrologues qui voulaient donner de la précision à leurs calculs ne se bornaient pas à observer, dit Origène (a) , le lieu des planètes dans les signes ; on poussait l'exactitude jusqu'aux soixantièmes de soixantièmes des dodécatémories. On appelait proprement dodécatémorie, en terme d'astrologie, le douzième de chaque signe ou un espace de deux degrés et demi , que l'on métamorphosait en signes , et auquel on en donnait le nom, en suivant l'ordre des signes aries , etc. , pour éviter les fractions; ce qui formait une espèce de petit zodiaque qui roulait dans les douze signes , et qui y faisait douze révolutions (b). Ptolémée , dans son Tétrabible (c) , en parle sous le nom de douzièmes des signes , de deux degrés et demi chacun. Mais il ajoute qu'il y avait d'autres astrologues qui divisaient le signe en dix parties au lieu de douze , ou qui avaient des décatémories au lieu de dodécatémories ; et que chacune de ces divisions, qu'il appelle degrés ou lieux des signes, était sous l'inspection d'un chef ou d'un génie ; et qu'on avait dans cette distribution suivi la méthode chaldaïque. Cette sous - division nous donne cent vingt lieux dans tout le zodiaque, à raison de dix par signe, comme la période chaldaïque renferme cent vingt sares ou divisions périodiques du temps.
(a) Origen. Conrann. Gfncs. — {b) Sa] ma s. Ano. Clim., p. 5jo j Firmic, 1. a, c. i5. — (t) Ptolcm. Tctrabibl., 1. i, c. a-a.
Si donc nous appliquons aux décatémories chaldéennes les sous-divisions sexagésimales que les autres astrologues appliquaient aux dodécatémories , pour donner plus d'exactitude aux observations , division dVilleurs qui a été appliquée à tout dans l'Orient, il s'ensuivra que chaque décatémorie ou grand degré, ou lieu du signe, se sous-divisant en 60 minutes, et la minute en 60 secondes, le grand degré ou la décatémorie , dont 120 composent tout le zodiaque, renfermera 36oo secondes, comme le sare ren* ferme 36ooans, et que 120 fois 36oo nous donneront 433,ooo secondes ou petites parties ; comme 120 sares de 36oo ans donnent la grande période chaldaïque. Pareillement , comme nous trouvons chez les Chaldéens la période de 600 ans, au nombre des élémensde la grande période, nous trouvons aussi dans chaque signe 600 minutes , à raison de 60 par chaque décatémorie , laquelle est une des 120 divisions du zodiaque ou un dixième du signe du zodiaque. Enfin , comme la période de 600 ans elle-même a pour élément la période de 60 ans répétée dix fois , le signe a pareillement 60 minutes répétées dix fois , lesquelles minutes se sous-divisent encore en 60 secondes ou en nombre sexagésimal , en sorte que ces nombres 60, 600, 36oo et 120 multipliés par ce nombre 36oo, qui sont les élémens de la grande période , sont aussi ceux de la division du zodiaque, et que les sous-divisions progressives des sares de 36oo ans , des nères de 600 ans , des sosses de 60 ans , suivent absolument la progression des divisions et des sous-divisions du zodiaque en 60 secondes , et 60 minutes , 600 minutes pour un signe , en S600 secondes pour chaque dixième de signe ou décatémorie, et en 120 fois 36oo secondes pour tout le zodiaque.