‹ Origine de tous les cultesChapitre 147 sur 180 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

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538 DISSERTATION t*.

En effet, suivant la tradition chaldécnne , rapportée par le Syncelle, d'après Berose , il s'est écoulé jusqu'au déluge 1 20 sares , à raison de 36oo ans pour chaque sare , sous-divisé en nères de 6oo ans et en sosses de Go ^ ce qui donne pour le tout 43a,ooo , produit de 36oo, valeur du sare par 120, nombre de sares que renferme la durée du monde jusqu'à sa destruction par le déluge. Or , ce nombre et ses sous-divisions , comme nous venons de le voir, sont exactement semblables aux divisions et aux sous-divisions du zodiaque astrologique, qui renferme î ao décatémories , chacune de 36o petites parties ou soixantièmes de soixantième.

Après avoir établi cette correspondance entre le zodiaque et la période , nous allons voir comment les petites divisions sexagésimales , dont 43a, ooo composent le zodiaque , engendrent des années , une pour chaque division. Supposons le cas où la coïncidence éprouve la plus petite différence qu'on puisse imaginer, mais qui , en se multipliant tous les ans , s'avance vers la coïncidence avec la marche la plus lente possible \ c'est-à-dire , celui où la coïncidence a été presque parfaite à la première révolution solaire , à une seconde près. Autrement , supposons que le soleil , étant au point o d'aries , la planète qu'on lui compare se trouve placée immédiatement près de lui , dans la case d'avant ou d'après , en sorte qu'il n'y ait d'intervalle que le point même qu'occupe la pîanèle, ou un quatre cent trente-deux millième du zodiaque : il est clair qu'au bout de deux ans, il y aura un écart de deux points ; de trois au bout de trois ans, etc. ; mais qu'au bout de 4 3 2,000 ans, le cercle de tous les écarts possibles étant parcouru, la planète se retrouvera à l'origine de tontes les divisions

ou au point à'aries , et que pour la première fois la coïncidence aura lieu. Si nous eussions supposé le premier écart, ou l'écard annuel, qui se reproduit au bout de chaque révolution solaire , être de deux points, la planète y serait revenue au bout 216,000 ans, intervalle qui est la moitié de 43s, 000 ans, et conséquemment pour la deuxième fois, au moment où s'achève la grande période* Celle qui aurait eu 3, 4? 5, 6, 8, 10, 12, etc. de points d'écarts , nombre dont 432, 000 est un multiple, y serait encore revenue , et la coïncidence eut été la 3* , 4e, 5e, 6e, 8% 10*, 12*, qui aurait eu lieu pendant la grande période multiple de ces nombres. Quant aux planètes dont l'écart n'eût' point été une somme de points , qui pût être exprimée par un nombre, dout 432,ooo serait multiple, celles-là y seraient au moios revenues quand il y aurait eu autant de révolutions solaires qu'il y a de points dans le zodiaque; c'est-à-dire , après une période égale à celle de la planète , qui n'a qu'une seconde d'écart, et dont le retour est le plus lent possible. Donc , s'il n'est aucun cas , aucun lieu où l'on puisse supposer une planète quelconque, qui ne doive la ramener au point (Varies avec le soleil, soit pour la première fois , soit après plusieurs retours , au moment où s'achève la période de 43 2, 000 , elles doivent toutes s'y trouver , en quelque nombre qu'elles soient , quelle que soit leur vitesse, pourvu qu'elle ne soit pas plus de 432,ooo fois plus petite que celle du soleil ; ce qui n'arrive à aucune planète. Donc , la période de 4^2,000 ans a la propriété, au moins hypothétique, de ramener toutes les planètes au point d'aries, tandis que le colore des équinoxes y revient lui-même au bout de douze révolutions précises du premier mobile, ou de la période

54o DISSERTATION

de 36\ooo ans , appelée périodë du huitième del ou de la précession des équinoxes. Suivons actuellement la progression des restitutions partielles au commencement des divisions par minutes , par décatémories , par signes , et enfin a l'origine du cercle total , et cela pour la planète que nous avons supposée ne s'écarter que d'un point ou d'une seconde en plus ou en moins, de la parfaite coïncidence au moment de la première révolution solaire arrivée.

Au bout de 60 ans , les écarts accumulés se changeront en une minute d'écart , et la période sexagésimale fera disparaître les fractions sexagésimales , soit premières , soit secondes , en les changeant en entiers dont ils sont fractions. Donc elle sera période de restitution partielle. Mais la période sexagésimale qui agit sur les minutes , et qui les change en décatémories ou en entiers dont elles sont le soixantième, venant à se répéter dix fois autant qu'il y a de décatémories dans ce signe , elle changera les minutes en signe. Or, 10 fois 60 donnent 600 ; donc la période de 600 ans changera les minutes en signes , comme celle de 60 avait changé les seconde» en minutes , et les minutes en décatémories *, donc celle de 600 ans sera encore période de restitution au commencement des signes. Pareillement la période de 3,6oo ans changera les secondes en décatémories ou en dixièmes de signe. Car 60 ans produisant 60 secondes ou une minute , 60 fois 60 ans ou 3,6oo ans donneront 60 minutes ou une décatémorie , dont la valeur en secondes est véritablement de 3,6oo secondes , et conséquemment qui exige une suite de 3,6ob ans pour être parcourue par un corps , dont le mouvement ou l'écart de coïncidence ne produit qu'une seconde par an. Mais

SUR LES GRANDS OfCLES. 54 I

si le mouvement d'une seconde par an , le plus petit qu'on ait imaginé en divisant le cercle astrologique , exige 3,6oo ans pour que l'écart soit d'un dixième de signe , et pour placer la planète au commencement de la seconde décatémorie , il s'ensnit que , pour parcourir les iao décalémories , il faudra 120 périodes de 3, 600 ans chacune , ou 120 sares , puisqu'on appelle sare la période de 3,6oo ans chez les Chaldéens. C'est donc ainsi que les divisions du, zodiaque en 120 parties , sous-di visées en 3,6oo parties sexagésimales, engendrèrent la grande période de iao sares , chacun de 3,6oo ans , ou 43a,ooo ans , pendant lequel temps les minutes se changeaient en signes, tous les nères ou 600 ans, et les secondes en minutes, ainsi que les minutes en grands degrés ou lieux des planètes , tous les soixante ans ou à chaque sosse.

Voila l'origine de ces périodes de soixante , six cents , trois mille six cents ans, et 1 20 fois trois mille six cents , dont on n'aperçoit point le but dans l'astronomie, encore moins dans la chronologie , mais dont le but est trèsmarqué dans les hypothèses astrologiques sur la restitution prétendue des huit sphères et sur le cycle immense qui devait renfermer tous les aspects. Voyons maintenant l'usage qu'on en ût pour composer d'autres périodes qui se retrouvent dans l'Orient, et qui ont passé de la Babylonie jusqu'aux rives du Gaugc d'un côté , et de l'autre jusqu'à celles du Tibre.

La période de 4^,000 ans n'était exacte qu'autant que les fractions de secondes , relativement à la largeur du disque des plus petites planètes , pouvaient être négligées; mais ces fractions elles-mêmes , toutes petites qu'elles étaient, formaient une somme , rt conséquent

ment un écart de coïncidence assez considérable , au bout d'une très-longue période (a); d'où il résultait que les choses n'étaient pas exactement les mêmes à chaque restitution ; et qu il devait y avoir* des différences notables. On crut qu'une période plus grande embrasserait toutes ces différences , et produirait enfin la parfaite ressemblance qu'on cherchait. Une période , par exemple, telle que celle des Indiens, qui serait dix fois plus grande, ou de 4*320, ooo, divisant le zodiaque en dix fois plus de parties , rendait les coïncidences plus fréquentes et plus exactes, et les fractions des divisions insensibles , puisqu'elles ne valaient alors que trois dixièmes de nos secondes , précision la plus grande à laquelle pût arriver l'observation de l'écart, au moment de la première révolution solaire.

Cette nouvelle grande année , renfermant dix fois la période de 43s, ooo ans , et étant supposée comprendre toutes les nuances de différences que pouvaient avoir les restitutions successives de la période chaldaïque, fut divisée , comme l'année , en quatre parties , dont la durée progressive exprimait ces différences et la dégradation successive de la Nature -, ce qui était le grand but que se proposaient les mystagogues qui savent toujours rappeler tout à leur fin. En effet , les hiérophantes de l'Orient ne cessaient de répéter que le monde allait en se détériorant au physique comme au moral (b) , et qu'enfiu tout serait détruit pour être régénéré lorsque la malice des hommes serait parvenue à son comble (c) , et on voulait que l'âge présent fût l'âge coupable , et le der-

(a) Origen. contr. Cels., I. 4, ji. a5i. — {b) Firraic. , I. 3 , c i. — (c) Scncc. Quœst Nat, I. 3 , c. 3o.

SUK LES GRANDS CYCLES. Sfî

nier comme le plus malheureux. Le commencement de la grande année était en quelque sorte le printemps de la Nature qui , forte et vigoureuse , déployait toute son énergie et sa fécondité ; c'était l'âge d'or et de la félicité. Elle avait ensuite son été , son automne et son hiver , après lesquels revenait encore le printemps , ou 6 go ré ment l'âge d'argent, d'airain et de fer, qui finissait aussi par le retour de l'âge d'or, lequel amenait encore les autres à sa suite. L'année solaire et l'état de la Nature , dans les quatre principales divisions de l'année, firent naître cette Idée qu'on appliqua ensoile k la grande année. Celte belle théorie, à laquelle il ne manquait que la vérité , n'a été mise en vers par Hésiode, plusieurs siècles après , et par Ovide , que parce que les poëtes et les théologiens de l'Orient lavaient consacrée dans leurs 6 étions cosmogoniques.

C'est d'eux que Platon emprunta son idée du monde (a) qui , sorti des mains de son auteur, jouit d'abord des avantages d'un ouvrage neuf , dont rien n'a encore dérangé le mouvement et les ressorts , mais qui avec le temps s'altère et s'use, et qui serait détruit pour toujours si le grand dcmiourgos , sensible â ses malheurs , ne prenait soin de le réparer et de lui rendre sa première perfection. Voilà la grande idée théologique qui se propagea dans l'Univers, et qui fit imaginer la succession des quatre âges du monde , désignés par quatre métaux d'une valeur et d'une pureté progressivement décroissante , tels que l'or , l'argent , l'airain et le fer. Cette même dégradation de la félicité et de la vertu de Fhomme pendant la durée de la grande période divisée en quatre

(a) Plat. Polit., p. 3;3, i-\t etc.

âges , a été désignée chez les Indiens par un autre symbole. Ils représentent la yertn sous l'emblème d'une vache (a) qui se tenait sur ses quatre pieds dans le premier âge , sur trois dans le second , sur deux dans le troisième, et qui aujourd'hui , dans le quatrième, ne se tient plus que sur un pied. Ces quatre pieds étaient la vérité, la pénitence, la charité et l'aumône. Elle perd un de ses pieds* à la (in de chaque âge , jusqu'à ce qu'enfin, après avoir perdu le dernier , elle les recouvre tous et recommence le cercle qu'elle a^déjà parcouru. On voit évidemment que c est la fable grecque des quatre âges figurés par quatre métaux , rendue par une autre image y mais que le but moral est absolument le même. La distribution des âges delà période fictive, et la fixation de la durée de chaque âge a été imaginée dans le même dessein , et on a exprimé par la progression des nombres la même idée de dégradation , qu'on avait rendue par quatre métaux et par la fiction de la vache aux quatre jambes qu'elle perdait successivement. C'est un troisième symbole qui fut employé sans doute par ceux qui rendaient toutes leurs idées mystiques par des nombres, comme fit Pythagore dont la tétrade et la décade entrent dans la composition de cette période , comme nous le verrons. Pour nous assurer que les quatre nombres qui expriment la durée des quatre âges sont tous quatre fictifs, et tendent au même but , savoir, d'exprimer la dégradation périodique des mondes ou des restitutions successives , prenons pour élément de nos calculs la période chaldaïque dont nous avons fait voir l'origine. Il est clair qu'en regardant cette période comme celle de la

(fiy Sonncrnt. \oy. aux Inde*, t. i, p. q8i.

durée de notre monde ou du dernier âge , et qu'en établissant une progression des quatre âges , qui marche comme celle des nombres naturels i , 2, 3, 4 * ou comme les pieds de la vache 1,2, 3, 4» nous devons avoir précisément les mêmes nombres assignés par les Indiens à la durée de chacun des âges, si leur but mystique a été effectivement de rendre par des nombres la même idée de dégradation qu'expriment le syjnbole de la vache et la fiction des métaux. Donc le dernier ou le

quatrième âge étant 43*>000

Celui d'avant , qui doit être double , sera de 864*000 Celui qui avait précédé celui-là , ayant été

triple ou comme trois égalera 1,296,000

Enfin le premier de tous, ayant dû être

quadruple pour garder la progression, sera 1 ,708,000

Ces quatre âges additionnés donnent . . 4>3'io,ooo

pour leur somme, ou le nombre qui exprime la durée totale de la période indienne. Non-seulement la somme est la même , mais la durée de chacun des âges est aussi également la même. Car les Indiens supposent que leur grande période est de 4^20,000, et qu'elle se partage en quatre périodes ou âges , dont trois sont déjà écoulées (a).

La première, disent-ils , a duré . . 1,728,000 ans.

La seconde . . 1,296,000

La troisième 864,000

La quatrième durera 43*>ooo

On voit que ces quatre nombres sont absolument les

(a) Le Gentil. Mcm. Acad- 1772, t. if, p. 190; Abraham Roger. Mœurs des Bramioes, part. 2, c. 5, p. 179$ Le P. Bescbi. Gramin. Tatnuliqac.

mêmes que ceux que nous avons trouvés en établissant une progression de quatre termes, qui suivit celle des nombres naturels i, a , 3 , 4 » et dont le premier terme ou Vêlement générateur fut la période chaldaïque , ou Tannée de restitution, 4 3 2,000 ans. Car étant décuplée , elle donne 4,320,000, et sous- divisée ensuite dans une progression décroissante de quatre termes pour exprimer la dégradation morale et physique , elle a produit nécessairement les quatre nombres indiens. La progression est trop frappante et correspond trop visiblement à celle des jambes de la vache et à celle de l'altération des métaux , pour qu'on puisse se méprendre sur le dessein de ceux qui créèrent ces nombres fictifs , et il y a une unité de but trop marquée dans tous les quatre nombres pour qu'on puisse se permettre de les séparer , de rejeter comme fabuleux les uns, parce qu'ils sont trop grands (à) pour se prêter aux réductions systématiques, et de rendre à la chronologie les autres parce qu'ils s'y prêteraient mieux. Cet artifice suranné , employé autrefois par Anianus et Panadorus sur la période chaldaïque , pour opérer des synchronismes imaginaires , a été rejeté avec raison par le Syncelle (b) qui savait , ainsi qu'Eusèbc , que ces grandes périodes renfermaient de véritables années, mais qu'elles-mêmes étaient fictives "Ct le fruit de l'imagination des astrologues (c) qui créèrent des périodes qui pussent embrasser plusieurs fois la restitution des fixes au point d'anei ,• ce qu'expriment effectivement les périodes chaldaïque et indienne , dont

Voy. Builly, Astr. indienne, Disc, prelim. , seconde partie, p. Fo et io{ , etc. — {b) Syncelle, p. 3$. — (c) Ibîd., p. 17, 4°» •flt- Ibid., p. 3a, 35 el 78.

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Tune contient douze, et l'autre cent vingt dé ces restitutions des fixes.

Les synchronismes apparens qui résulteraient de ces méthodes arbitraires qui changent de clef à chaque instant , suivant le besoin du système , ne peuvent en imposer à tout homme qui sait qu'on est sûr d'avoir toujours les mômes quotiens à peu près , quelque différence prodigieuse qui se trouve entre plusieurs nombres à diviser ou à réduire, toutes les fois qu'on se permet de choisir le diviseur qui nous accommode le mieux. Il ne suffit pas qu'on ait quelquefois donné le nom d'année à une* saison , à un mois , et même au jour j il faut encore qu'on nous garantisse par des autorités sûres que les années à réduire sont de cette nature-là. C'est ce que ne font pas les auteurs de ces réductions (a), qui supposent que la chose est uniquement parce qu'elle pourrait être ; et qui ne le supposent qu'autant qu'il est nécessaire pour réduire un ou deux nombres, et abandonnent bientôt la première supposition quand d'autres nombres se refusent à la réduction. On nous parle ici d'années , et cela chez un peuple qui savait très-bien les distinguer des jours et des mois. Donc on ne peut se permettre d'y voir autre chose que des années } aussi n'y avons-nous vu que cela. Les quatre nombres qui expriment la durée de chaque âge , et par leur somme celle de la période totale, sont liés entre eux et comme un ouvrage fondu du même jet.

Nous n'avons point dû les séparer , et nous ne l'avons point fait. Nous n'avons pas même créé une nouvelle théorie différente pour les Indiens de celle que nous

(rf Voy. Bailly, Astron. indienne, Disc, préliua., p. 94 et suît.

avions établie auparavant pour la période chaidHÏque- Tout est parti d'une première impulsion ; et les divisions de la période indienne se sont engendrées aussi naturellement que les sosscs , les nères et les sares chaldaïques. qui la composent. Nous n'avons fait qu'y ajouter une progression la plus simple , celle des quatre premiers nombres naturels et celle qui nous est indiquée par le but moral de la fiction des différens âges ; but qui se manifeste si clairement , et chez les Indiens , et chez les; Grecs et les Romans. En un mot, il ne nous a pas été plus libre de rien changer à la nature des années , durant lesquelles la vache marche, d'abord sur quatre pieds , puis sur trois , sur denx , enfin sur un , qu'il ne nous l'a été de changer le nombre et la nature de ces mêmes pieds. Tout appartient à la même fiction; et notre méthode a au moins ce caractère de vérité que , sans changer de principe , elle suit scrupuleusement la marche qu'on lui a tracée , et qu'elle remplit les conditions du problème. Tout nous a été également sacré , et doit l'être. L'arbitraire est la plus sûre preuve de la fausseté d'une méthode.

La bonté de la nôtre va être encore confirmée par son application à d'autres nombres qui expriment la durée de ces mêmes Ages, et qui, quoique fort différens de ceux des quatre premières que nous venons de rapporter, forment pourtant entre eux la même progression, et décroissent comme les nombres naturels 4, 3, a, i. L'abbé Mignot(a)v dans les Mémoires de l'Académie des belles-lettres , rapporte, d'après l'Ézour-Vedam , une tradition indienne qui donne une autre durée à chacun de ces âges. Le premier

(a) Acad. Inrcript., t. Si, p. a54-

dure4000 an8' ^e second 3ooo, le troisième 2000 , et le dernier n'est que de 1000. Malgré la prodigieuse différence qui règne entre ces deux traditions , on remarque toujours la même progression décroissante, laquelle n'est conservée que parce qu'elle était un caractère essentiel de ces périodes fictives qui renfermaient la durée prétendue de notre monde , et qui marquaient les époques principales d'une dégradation hypothétique entre les quatre parties de la grande année.

Enfin , la division des grandes années divines dont une vaut 36o dépêtres , imaginée par les mêmes Indiens, et qui comprend également quatre âges , oflre le même tableau de dégradation par uïi accourcissement de durée entre les âges, lequel suit encore la progression descendante des nombres naturels 4 > 3 , 2 et 1 . On suppose (a) que 36o années des hommes forment ce qu'on appelle une année divine. Donc , en réduisant la grande période indienne de 43ao,ooo , ou la période d'années des hommes, en années divines, nous aurons* la période divine dont chacune des années en vaudra 36o des nôtres. Pour faire cette réduction, il faut,diviser 4>3ao,ooo par 36o, et nous aurons pour quotient 12,000, durée de la période divine déduite de celle des années des hommes. Cette période de douze mille ans divins, étant à son tour divisée en quatre âges, comme la première, «uivant la progression décroissante qui règne partout ,

nous donnera pour le premier âge 4>8°°

Pour le second âge 3, 600

Pour le troisième . ... 2,400

Enfin pour le quatrième 1,200

(a) Bagawad, 1. 3, j>.

550 DISSÇRTATTOH

Car ces quatre nombres suivent entre eux la progrès* s ion demandée ou celle des nombres premiers i, a, 3, 4 y ou celle de 12, a4, 36, 48, qui est absolument la même, et leur somme donne ta,ooo ou la période totale des années divines. Or , ces quatre nombres sont encore ceux qui expriment dans le Bagawadam [ia6] la durée des quatre âges divins.

Le premier âge, disentles Indiens, dure... 4i&oo ans.

Le second 3,Goo

Le troisième 2,4oo

Le quatrième durera i,aoo

Somme des durées 12,000

Nous n'examinerons point ici l'origine de la dénomination d'année de Dieu ou d'année divine, donnée chez les Égyptiens à la période sothiaque, et chez les Indiens à un desélémens de la période de i44°» qui correspondaient en Perse à la période sothiaque. Il nous suffit d'avoir fait remarquer que la durée progressive des âges divins va encore ici en décroissant , suivant la progression descendante des nombres naturels 4 « 3 , a , 1 , que nous avons déjà tçouvée dans les périodes précédentes, malgré la différence qu'elles ont entre elles et avec les années divines. C'est toujours le même caractère qui a été imprimé aux divisions ûctives des âges des hommes et des Dieux. On aperçoit partout le but moral déjà indiqué par les quatre métaux et par la vache symbolique qui représente les révolutions des siècles dans l'Inde , comme le phénix les représentait en Egypte.

Il ne nous reste plus maintenant , pour mettre dans le plus grand jour la vérité de notre théorie, que d'appliquer à la décomposition des huit générations étrusques la môme progression que nous avons vue régner

dans les quatre âges indiens, tant ceux qui ren feraient des années divines , que ceux qui expriment des années ordinaires. En effet, les Indiens ne sont pas les seuls qui aient emprunté la période astrologique des Chaidéens pour en composer le cycle des âgés différons du monde ; elle a aussi servi aux Étrusques qui l'ont dé-' composée en huit générations successives , de mœurs et de vie différentes , renfermées dans un grand cycle auquel ils donnèrent le nom de grande année. C'est Plularque qui nous l'apprend dans la Vie de Sylla. Au milieu des guerres cruelles qui déchiraient le sein de la république, et qu'avaient allumées Marius et Sylla, plusieurs prodiges semblèrent présager les malheurs de l'Univers et la vengeance des Dieux irrités des crimes des mortels [07]» Mais un des plus alarmans, ce fut d'entendre au milieu des airs, dans un ciel pur et serein, retentir le son aigu et lugubre de la trompette dont le bruit terrible ciTraya tout le monde (ai)*

Les devins d'Etrurie, ayant été Consultés, déclarèrent que c'était le signal de la fin des siècles (6) et du commencement d'un nouvel ordre de choses. Qu'il y avait en tout huit générations de mœurs et de vie différentes; qu'à chacune d'elles était affecté un certain nombre d'années, déterminé et renfermé dans le cycle de la grande année ; que lorsqu'une de ces grandes révolutions approchait de sa fin, on voyait des signes au ciel etsuria terre [128], qui en annonçaient le terme; et que les hommes instruits dans l'art d'interpréter ces prodiges s'apercevaient aussitôt qu'il allait naître sur la terre une

(<i) Plut, in Vit» Syllac, p. f55. — (b) Centorin. de Die Nutal., c. 17

nouvelle race d'hommes pins ou moins vertueuse que celle qui finissait. Du reste , Plutarque ne fixe point la durée de cette grande année ; il ne nous fait connaître que le nombre des générations successives qu'elle renfermait, et dont les mœurs et la félicité éprouvaient des changemens, soit en bien, soit en mal, comme dans Tannée aux quatre âges , qui ramenait les dégradations et les régénérations successives de la Nature. Mais ce que nous ne trouvons point dans Plutarque, nous le trouverons dans , Suidas qui nous a donné , d'après un savant d'Étrurie, la durée du monde actuel , qui a toujours été regardé partout comme le dernier ou comme l'âge du malheur. Car il était difficile de s y tromper , 1 âge d'or n'ayant jamais existé que dans l'imagination des poètes. Avec cet élément donné et avec la connaissance du nombre des termes de la progression, il nous sera aisé dé trouver la grande année qui résulte de leur somme , laquelle sera encore la période chaldaïque. Voici donc ce que dit Suidas à ce mot tjrrhenia. Nous avons déjà rapporté ce passage (a) ; mais il doit encore ici trouver sa place.

« Les Etrusques ont une histoire composée par un écrivain très-instruit , lequel prétend que le grand dcmiourgos a renfermé la durée de son ouvrage dans une période de 12,000 ans , et que ce temps a été réparti dans ce qu'on appelle les douze maisons du soleil. »

Au premier mille, Dieu fit le ciel et la terre. Au second mille, il fit le firmament qu'il nomma ciel.

(«) Cidesstis, t.3,]>.a4.

Au troisième mille, il fit la mer et toutes les eaux qui sont sur la terre.

Au quatrième mille, il fit deux grands luminaires, le soleil et la lune , et les antres astres.

An cinquième mille, il fit l'ame des oiseaux, des reptiles et des quadrupèdes, de tous les animaux, tant de ceux qui vivent dans l'air que de ceux qui vivent sur la terre et au sein des eaux.

Au sixième mille , il fit l'homme.

Il parait, ajoute notre auteur, que les six mille ans qui ont précédé la formation de l'homme sont déjà écoulés , et que la race humaine durera encore jusqu'à la fin des six autres mille, de manière que la période de consommation des siècles forme en tout 12,000 ans.

On voit donc dans ce précieux passage , tiré d'un historien du même peuple , chez lequel on trouve la trompette fatale qui annonce la fin du monde et de ses huit générations [129], que la durée du monde actuel est bornée à une période de 12,000 ans, période beaucoup plus petite que celles que nous avons trouvées dans l'Inde et dan* la Chaldée, mais qui cependant résulte de la décomposition d'une période plus grande, comme nous allons le faire voir. En effet , si nous établissons une échelle graduée pour les huit générations , comme nous avons fait pour les quatre âges , en partant de la durée actuelle ou de la dernière génération qui sera son premier élément, nous verrons bientôt que la somme des durées des huit générations progressives nous rendra encore la période chaldaïque qui devient un terme moyen «ntre la grande année des quatre âges indiens et les huit générations des Étrusques. Donc, si on fait, d après Fauteur cité par Suidas, la durée de la génération ac-

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