CHAPITRE I. 6t
première fable , et l'imité du principe de solution pron?e incontestablement sa vérité.
Après avoir déterminé de la manière la plus rigoureuse la nature du serpent séducteur et auteur du mal dans les deux cosmogohies , persane et hébraïque , il lions reste à déterminer la nature de l'arbre de vie , et celle de l'arbre fatal qui contient la science du bien et <iu mal. Ceci est une allégorie fort ingénieuse sur le temps , considéré comme principe de 'Existence de tous les êtres, et désigné énigmatiquement par un arbre, appelé arbre de vie. Quand on le considère dans le monde de lumière, dans le jardin céleste, dont l'agneau ouvre la porte , on l'appelle simplement arbre de ▼ie , et c'est alors le temps éternellement heureux. Tel il est représenté dans la Nouvelle -Jérusalem, dont la première porte est celle de l'agneau. Du trône de l'agneau coule un grand fleuve , c'est le zodiaque [19] , dans lequel circule le temps. Sur ses bords est planté l'arbre de vie qui porte douze fruits , et donne son fruit chaque mois ; les feuilles de cet arbre sont pour guérir les nations. Alors , il n'y a plus de malédiction , mais le trône de Dieu et de l'agneau y sera. Tel deviendra l'état de la Nature et de l'homme , lorsque l'agneau réparateur aura renouvelé la face du monde , et que 1 ame de l'initié, élevée par les rayons du soleil de printemps , sera parvenue jusqu'au séjour d'Ormusd , ou dans le sanctuaire du Dieu aux sept rayons, dont parle l'empereur Julien.
11 n'en est pas de môme sur la terre. L'arbre de vie , celui qui n'est point planté dans le ciel , près de la porte de l'agneau, mais qui est ici-bas dans le lieu où l'homme éprouve|le mélange du bien et du mal , ou l'ar-
6a RELIGION CHRÉTIENNE.
bne symbolique du temps, porte de» fruits qui donnent la connaissance du bien et du mal * en partageant sa durée , comme nous l'avons vu partagée dans le fameux œuf de Zoroastrc , divisé en douze préfectures , dont six appartiennent à Ormusd , principe de bien et de lumière, et six autres a Ahrimane, principe du mal et des ténèbres. C'est encore ici la même idée que nous avons vue exprimée plus haut par la période duodécimale et millénaire , dont six mille sont appelés mille de Dieu , et les six autres mille d' Ahrimane ou du diable. C'est aussi la même idée qu'Homère a rendue par les deux tonneaux de Jupiter , dont l'un verse le bien, et l'autre le mal. Au lieu des tonneaux, l'auteur de la Genèse a pris l'idée symbolique d'un arbre, dont le fruit fait connaître à l'homme le bien et le mal. Ce sont deux arbres dans le monument de Mithra que nous expliquerons bientôt. L'arbre qui commence à végéter est placé près du signe du printemps , et on y a attaché le flambeau allumé. L'arbre qui porte les fruits de l'automne est au contraire près du scorpion qui ramène le mal physique , et qui détruit l'action féconde du taureau. La lettre que Manès écrit à Marcel (a) contient cet article de sa croyance, qu'il y a deux principes'que J.-C. a désignés par le bon et le mauvais arbre. La fiction de l'arbre de la science du bien et du mal est du même genre , et sert à rendre la même opinion cosmogonique. L'arbre s'appelle simplement arbre dévie, près du trône du Dieu-lumière , mais il s'appelle arbre qui produit le mal, près du siège d'Ahrimane. Comme celui de l'Apocalypse, il est aussi chargé de douze fruits, nombre égal
- {a) Beausobie 1 1. i , p. ?io.
cuapithc i. 63
douze préfectures , an* douze mille ans , aux d< aux douze mois de la révolution annuelle , pendant laquelle l'homme subit successivement les alternatives de bien et de mal , de ténèbres et de lumière , de froid et de chaud , qui partagent également entre eux l'empire du séjour où la Divinité l'a placé sur la terre. On observera que ce nombre douze n'est point arbitraire, et qu'il est donné par la division du ciel et do temps. Aussi a-t-il été précieusement conservé dans toutes les cosmogonies , et en particulier dans l'Apocalypse. La Genèse que nous avons , semble , il est vrai , n'en point faire mention (a) *, mais saint Epiphane nous a conservé un passage d'un livre intitulé Y Évangile dEve [20], où l'on donne à cet arbre douze fruits par chaque année, expression mystique et sacrée que les gnestiques avaient conservée.
Quant à l'arbre de vie proprement dit, celui qui avait le pouvoir de rendre éternellement heureux, nous avons vu que l'Apocalypse le place près du trône de l'agneau, c'est-à-dire près du signe équinoxial sous lequel le so* leil devait réparer la Nature et rétablir le monde de lumière. C'était là qu'était la véritable porte [21] du lieu de délices , celle à laquelle l'homme devait retourner pour recouvrer sa première félicité dont le serpent et les fruits de l'automne l'avaient fait décheoir. C'est à celte porte que Dieu place un génie ailé ,' armé d'une épée (la Genèse l'appelle Cberub). : il y est en sentinelle pour en défendre l'entrée jusqu'à ce que le réparateur y ait fait rentrer l'homme. Ce génie ailé , armé du glaive , est encore, dans la sphère, dans la même at-
«i^Epiph. Adre-a. Haer., c. 16.
ritude , presque avec le même nom , près de la porte équinoxiale de l'agneau , qu'il ouvre à son lever, au commencement de l'empire du "bien et de la lumière, comme le serpent séducteur se trouve dans la même spbère au point opposé , à la porte d'automne , au commencement de l'empire du mal périodique de la Nature et de celui des ténèbres.
Ce génie est Persée , fameux dans les allégories des Perses , lequel est représenté ailé , tenant un grand glaive , et appelé lui-même Chelab (a) , nom fort approchant du Cherub de la Genèse. Ce nom Chehib , suivant les Arabes , signifie chien et gardien (b). La sphère persique en fait mention parmi les signes qui se lèvent avec les pléiades , vers les extrémités du bélier et le commencement du taureau. Il est désigné par ces mots (c) : « lp est un brave armé d'une épée. »
On remarque que ce n'est qu'après que l'homme a touché à l'arbre du bien et du mal , que Dieu prend des mesures pour l'empêcher de toucher à l'arbre de la réparation , ou à l'arbre de vie , dans la crainte qu'il ne vive éternellement. Comme il était heureux auparavant , et destiné à vivre toujours , on ne lui en avait point fait la défense. C'est le réparateur agneau qui lui en fera goûter les fruits , lorsque l'homme sera rendu à l'empire de la lumière et affranchi de celui des ténèbres. Il semble même que l'auteur de cet ouvrage a voulu réunir deux allégories, l'une physique, qui est la première et la principale, et l'autre morale, et comparer l'état de l'homme ici -bas soumis à l'empire du bien et du mal
(a) Caesius, p. no. — {b) Tab. Àlphons. — (c) Seal. Not. ad Manih, p. 33;.