‹ Origine de tous les cultesChapitre 27 sur 180 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

plus de six cents ans. On Ht autour de l'exergue , en caractères hébraïques, ces mots : « L'homme voulut goûter du fruit défendu , et la femme lui en donna. »

Ce monument a été regardé comme le tableau historiqne de l aventure d'Adam et d'Eve. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il y ressemble fort , et qu'il a les caractères astronomiques qui fixaient les deux divisions équinoxiales indiquées d'un côté par la chèvre , et de l'autre par le serpent , placés des deux côtés de l'arbre du temps.

On voit au pîed de l'arbre quatre figures d'animaux : l'une est celle du bœuf, l'autre celle du lion , qui , à l'époque où la chèvre annonçait le printemps, occupaient, l'un l'équinoxe de printemps, l'autre le solstice d'été. Les deux autres animaux ressemblent au cheval et à l'ourse ; en sorte qu'il n'y a pas un seul des animaux gravés qui ne soit dans les constellations ; ce qui me fait croire que cette pierre a tous les caractères d'un monument astrologique. Or , comme on y indique dans la légende qu'il y est question de l'aventure d'Adam etd'Ève, il s'ensuit encore que les formes astronomiques* entrent dans la représentation de cette allégorie , qui , effectivement, ne peut s'expliquer sans porter ses regards sur le ciel où se trouve le serpent séducteur , l'astre-serpent qui amène les hivers. Cette pierre est gravée dans le premier volume des Mémoires de l'académie des belleslettres , et dans Montfaucon (a). C'est aux antiquaires à examiner l'authenticité de ce monument qui s'accorde assez avec notre théorie , mais qui n'en est ici qu'une preuve très-accessoire.

C'est de cette même chèvre et de ses boucs , que le

(«) Montf. StippWm., t. 1, pl. fig. 3.

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Dieu-lumière, au printemps, prit souvent les attributs sous le nom d'/Egiochus, comme il prit ceux de l'agneau sous celui d'Ammon, et les cornes du taureau sous celui de Bacchus , au moment où l'action créatrice du grand demiourgos ou du soleil se renouvelait tous les ans , et où la terre semblait , au moins à sa surface , éprouver une nouvelle création. C'est donc par elle que l'on pourra expliquer l'expression singulière dont se servait la Genèse des Samaritains pour désigner le Dieu créateur. On j lisait ces mots : a Au commencement le bouc créa le ciel et la terre [?3]. » Ce bouc créateur ne sera plus que le Jupiter iEgiochus des Grecs , le Pan des Arcadiens , ou le grand demiourgos, soit invisible, soit visible, tel que le soleil peint avec les attributs de la constellation qui annonçait le renouvellement de toutes choses. H n'aura rien de plus extraordinaire que le taureau créateur qui brise l'œuf d'où est éclos le monde dans la théologie des Japonais. Il parait que les Samaritains avaient emprunté ces expressions des Assyriens et des Perses qui furent transplantés dans leur pays, et qui, livrés absolument au sabisme et à l'astrologie, en avaient employé tous les caractères dans leurs ouvrages religieux. Au reste , comme le bouc est un animal du même monde que le serpent, qu'il est peint dans la même sphère et placé à l'équinoxe de printemps , comme le serpent l'est à celui d'automne, il n'est pas plus étonnant de voir FEtre-lumière créateur désigné par le symbole du bouc, qui annonce le retour delà chaleur, de la lumière, de la végétation et de tout le bien de la Nature, qu'il ne l'est de voir l'être destructeur des ouvrages du bon principe désigné par le serpent qui ramène le froid et les ténèbres , qui arrête la végétation et qui dévaste. v

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le jardin délicieux que le Dieu-soleil avait embelli. C'eut absolument le même génie , et le bouc de la Genèse des Samaritains vaut bien le serpent de celle des Juifs. Sans la clef astronomique , ces deux idées sont absurdes et extravagantes ; avçc cette clef elles s'expliquent naturellement , et tiennent lune à l'autre.

Partout le ciel nous donne Tintclligeuce des symboles qui n'ont aucun sens 6ur la terre. Non-seulement le besoin nous reporte là nécessairement pour comprendre ces cosmogonies , mais les traditions sacrées semblent lions indiquer qu'il faut étudier cette sphère brillante <)ans laquelle les anciens plaçaient les Dieux naturels , au nombre desquels la Chronique d'Alexandrie et les Sabéens , adorateurs des astres, paraissent avoir reconnu Adam , Ève et leur serpent , etc.

Les Sabéens , dont la religion a été celle d'Abraham , chef des Hébreux, regardaient le ciel et lés astres comme des Dieux, et faisaient d'Adam le génie on l'intelligence delà lune. La Chronique d'Alexandrie nous dit qu'Adam, Ève. son serpent, Caïn , Seth , etc. , étaient des génies, des Dieux [»4J ? ou ce <IUC ^es anciens appelaient des anges (a) , lesquels furent ensuite appelés , par d'autres peuples , des Dieux. Ces noms chez les Phéniciens, chez les anciens Grecs , et chez tous les peuples livrés au sabisme , désignaient les astres appelés Dieux, dit Platon, à canse de leur mouvement éternel.

Récapitulons. Donc il naît du temps sans bornes ou de l'éternité une période bornée , qui sans cesse se renouvelle , et qui est limitée à douze portions de temps , dont six appartiennent à la lumière , six aux ténèbres ,

'a) Chrome. Alex., p. 5o.

six à l'action créatrice , six à l'action destructrice , six au bien , six au mal de la Nature. Cette période désignée, tantôt par un œuf mi-parti blanc, mi-partf noir, sousdivisé en douze préfectures ; tantôt par un arbre qui a douze fruits , qui enseignent le bien e£ le mal ; tantôt par douze mille ans , dont six mille à Dieu , six mille à son ennemi , c'est l'année durant laquelle l'homme éprouve l'empire de la lumière et des ténèbres , du bien et du mal physique , suivant que le soleil s'approche on s'éloigne de notre hémisphère , organise la Nature ou l'abandonne à son principe d'inertie.

. La terre, fécondée par l'action du feu éthcr, immortel et intelligent , et par celle du soleil du printemps , sous le signe du taureau anciennement , et ensuite sous celui de l'agneau, qui, par sa chaleur, fait éclore et mûrir les moissons et les fruits , perd, au moment de la retraite du soleil , sa fécondité et sa parure. D'un lieu de délices qu'elle était pour l'homme qui , pendant tout cet intervalle , était le favori des cieux , elle devient un séjour de tristesse et d'horreur, désolée par les froids de l'hiver et couverte de frimats. Ce passage du bien au mal de la Nature était annoncé tous les ans à l'homme par l'ascension de la balance ou de la femme porte-balance , et par celle du serpent dont la maligne influence semblait corrompre et gâter tous les biens dont l'homme avait joui durant les six mois qui avaient précédé ce moment. L'homme , qui jusque-là n'avait pas senti la nécessité de se couvrir, eut besoin de se faire des vêtemens de la dépouille des animaux , depuis qu'il eut touché à la limite fatale qui sépare en automne l'empire du bien de celui du mal , et le règne de la lumière de celui des ténèbres. Voilà à quoi se réduit toute cette allégorie dans la-

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