‹ Origine de tous les cultesChapitre 7 sur 180 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

le peint tel que , dans leurs fictions , les poètes nous ont décrit les lieux enchantés que l'homme habitait dans l'âge d'or (a). {Suivant ce géographe , la « terre , dans ces heureux climats, produit presque sans culture. Les grains, tombant des épis , ensemencent d'eux-mêmes les champs. Le miel coule du creux des arbres où se rassemblent les essaims d'abeilles. Le cultivateur n'a pas besoin d'ouvrir le sein de la terre par le tranchant du soc . Plusieurs fleuves portent la fécondité dans les plaines qu'ils arroseut. Les vignes n'ont pas besoin tous les ans d'être façonnées; les nouvelles plantations produisent dès la seconde année. Les habitans de ces lieux fortunés ont des mœurs simples et innocentes, et jouissent, au sein de la paix , des bienfaits de la Nature dont ils sont les favoris. » Voilà le précis de la description que fait Strabon de ces lieux enchantés sur lesquels son imagination se repose agréablement , et son pinceau a pris plaisir à répandre le coloris le plus brillant.

Outre cette ressemblance entre les jardins délicieux de l'Iran ou d'Éren, dans lesquels la cosmogonie de Zo-

roastre place l'homme avec les jardins d'bxlen , où, le place la cosmogonie des Hébreux; il en est encore une autre , c'est tjue de l'Iran et des pays voisins , tels que l'Arménie et l'Albanie, coulent les fleuves nommés dans le paradis ou jardin terrestre des livres hébreux. Le lieu de la scène est le même , c'est-à-dire , près du pays des anciens Iberi d'où celte cosmogonie semble venir, et près des sources du Phase, du Tigre et de l'Euphrate [3], fleuves que la cosmogonie hébraïque fait sortir du paradis terrestre. Le Phase y est désigné sous le nom de

(*) Slrab., I. i, p. 5oa, 5oS, 5a»i Kustbat. ad Diooy. Terirg., y. 7*0.

^4 BEL1GI0N CIIRET1ENPÎE.

Phison , fleuve qui roule l'or dans ses sables. Or, tout le monde sait que les anciens ont attribué cette qualité au Phase, et même à tous les torrcns de ce pays. On voit dans Strabon que les peuples d'Jbérie (a) sont occupés à recueillir , avec des toisons de mouton , les paillettes d or que ces fleuves voiturent avec leurs eaux. Quelques-uns même ont voulu expliquer par-là la fable de la Toison-d'Or en Colcbide [4] , et celle du célèbre Jason adoré en ces lieux (h) , et qui tient aux cieux le laineux serpent qui figure dans celte cosmogonie.

Quant au Tigre etjà lTùjphrate , personne n'ignore qu'ils ont leur source dans les montagnes de l'Arménie, près des lieux où nous plaçons le berceau de ces cosraogonies , c est-à-dire , qu'ils coulent dans les vastes pays qui s'étendent depuis la Mer-Noire, la Mer-Caspienne et les portes du Caucase jusqu'au golfe Persiquc , lesquels comprennent les deux Arménies , la Mésopotamie , l'Assyrie , la Babylonie , les confins de la Médie et de la Perse , pays où étaient autrefois les grands empires des Assyriens, des Perses et des Ninivites [5].

11 ne reste donc plus qu'à placer le Géon. Peut-être est-ce le Cyrus oul'Araxe, et que de nouvelles recherches sur la géographie aucienne pourront nous le faire reconnaître daus quelques-uns de ces fleuves qui coulent en Arménie et dans les pays voisins [(>]. Il nous suffit d'en trouver trois qui fixent incontestablement le lieu de la scène où la divinité plaça l'homme, au nord duTigre et de i'Euphrafc , près de l'Ibéric et de l'Iran , dans les lieux même où les livres de Zoroastre placent le séjour

(a) Strabnn, I. u, p. 44î) i Kusthat. ad Dionys. Pcrieg., v. G89. — (6; IbiJ., 1. iit p. 5o3.

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