TOME v
l/|G RKLIGIOW CHRÉTIENNE.
mithriaque ou de la secte des Chrétiens [64 j* Ses adorateiirs furent persécutés j comme ceux de la secte de Christ et de Sérapis, et leur culte mystérieux fut proscrit souvent en Italie (a). L'Etrurie avait été, pour l'Italie, le berceau de ces initiations connues en Asie d où étaient sortis les Etrusques.
Passons maintenant à Adonis. Les Phéniciens adoraient le soleil sous le nom d'Adonis qui , dans leur langue , signifie mon seigneur. Il n'y a qu'une voix là-dessus parmi les auteurs qui en ont parlé , comme nous l'avons fait voir à notre article Adonis.
Aussi ils disent tantôt qu'Adonis est le même qu'Osiris , tantôt qu'il est le même que Bacchus \ ce qui doit être nécessairement, si Adonis est le soleil, puisque nous venons de prouver que Bacchus et Osiiis n'étaient euxmêmes que cet astre , seigneur de la Nature , adoré sous le nom d'Osirié en Egypte , et de Bacchus eu Arabie , en Grèce et dans l'Inde.
Il s'ensuit , d'après la théorie que nous avons établie sur le soleil et sur le génie religieux et allégorique des Orientaux , que l'Adonis phénicien doit naître, mourir et ressusciter , et passer successivement , comme le soleil , du ciel aux enfers , et des enfers remonter au ciel. Or , c'est etiectivement ce que nous trouvons annoncé et consacré dans les traditions anciennes sur Adonis, et dans les fêtes établies en son honneur. Ici la légende est différente de celle de Bacchus et d'Osiris *, elle est moins pompeuse. Ce n'est point l'histoire poétique d'un conquérant ou d'un roi. Elle est aussi moins triste que celle du Christ. Elle suppose plus d'imagination et d'esprit
(a) Tito-Lave, I. 3ç>, c. 9, 18 j ïertull. Apolog.
CHAP1TKB II. 14-7
«dans ceux qui ont imaginé sa fable et institué ses fêtes. Nous rappellerons en abrégé une partie de ce que nous .avons dit sur Adonis, à 1 article de ce Dieu («). Cest ici qu'on peut en faire l'application [65]. Adonis est un jeune nomme d'une rare beauté , dont la Déesse du printemps et des Grâces est éperdument amoureuse. Il lui est ravi par la mort que lui donne , pendant la saison des chasses , un horrible sanglier qui le blesse à l'aine , et lui ravit la faculté génératrice* Adonis mort descend aux enfers ; on le pleure sur la terre. La Déesse des enfers le retient six mois auprès d'elle ; mais au bout de six mois , il est rendu à la vie et à son amante qui en joint aussi pendant six mois pour le perdre et le retrouver encore. La même tristesse et la même joie se succèdent et se renouvellent tous les ans.
L'année , en recommençant son cercle , ramenait Adonis à la vie, et le printemps, par son retour, rendait à ia Nature son jeune amant frais et radieux. Sa lumière , circulant dans l'Olympe avec les saisons , s'éteignait et s allumait tour à tour en passant du séjour de la clarté aux ténèbres du Tartare , et des ombres de l'enfer à l'empiie des Dieux supérieurs. Ce sont les idées que nous en donnent Théocrite (6) et Orphée (c). Ce* poètes l'invitent à venir avec la nouvelle année pour répandre la joie dans la Nature et faire éclore les biens que la terre prodigue de son sein fécond. On arme son front de cornes , comme Bacchus dont il a presque toutes les épithètes, et on lui attribue les mêmes propriétés fécondes que celles qu a le soleil. On le peint tel que ce Dieu au printemps
(«) Ci-dessus, J. 3, r. ia; et Traité des Mystères, c. 1 . — (J>) Thro* J.KU0 i5, t. 99. — (c) Orpb. Hjœn. Pocl.Uiwc., p. 5i4-
l48 KEUGIOÎ* CHRÉTIENNE.
était G gu ré dans ses images, suivantle passage deMacrobe, cité plusieurs fôis dans cet ouvrage. C'est un jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans («). On lui dresse un superbe lit à coté de celui de la Déesse de la génération , du printemps et des amours. On prépare des corbeilles de fleurs, des essences, des gâteaux et des fruits pour les lui offiir (b) , c'est-à-dire qu'on lui offre les prémices de tous Jes biens qu*il fait éclore (c). On l'invite , par des chants , à se rendre aux vœux des mortels. Mais avant de chanter son retour , on célèbre des fêtes lugubres (</) en honneur de ses souffrances et de sa mort. Il a ses mystères (e), et ses inities , qui vont pleurer sur son tombeau, partagent la douleur de Vénus et sa joie. Car c'est elle et Proserpine qui tour à tour jouissent d'Adonis et le perdent.
Corsini(/")met un intervalle entre le deuil de la moi t d'Adonis et la fête de son retour à la vie. Il place la première à l'entrée du soleil à l'équinoxe d'automne ou au 8 antè calend. Sctob. *, et celle du retour au 8 antè cal. april. , ou au jour de pâque , au même jour où Christ était censé ressusciter. Cependant il incline pour unir ces deux fêtes à l'équinoxe de printemps, comme nous fiu'sons ; c'est-à-dire qu'il suppose que la fête du deuil de -cette prétendue mort a été rejetée deux ou trois jours avant la résurrection*, en sorte que, quoiqu Adonis fut censé mourir en automne, cependant la cérémonie de sa sépulture fut remise au temps où l'on chantait sa résurrection. C'est ce qu'ont fait les Chrétiens , et ce que faisaient les Assyriens , suivant Lucien.
(a) Tbeociit. îbid., v. 139. — Ibid., v. 118. — (c) Philostrat. \it. Apoll., 1. 7, c 144. — ('/) Lucian. de Dcâ Syr., p. 878. — (r) Justin . Apolog., !. 1, p. 69. —(y)Cor»ini. Fast. Attiq., t. 1, p. 397, 3oo.