CHAPITRE II. l/^J
C'est aussi le lieu de se rappeler ce que nous avons dit, d'après l'ouvrage de cet auteur , sur la Déesse de Syrie. Il nous y donne une idée abrégée de la fête d'Adonis , de sa mort et de son retour à la vie. Suivant lui , les habitans de Biblos , lesquels , au rapport de Sancboniaton , avaient pour premier Dieu helios mis à mort par des bêtes féroces , ordonnaient tous les ans une fête de deuil en Thonneur d'Adonis , jeune chasseur de leur pays , qui avait été tué par un sanglier. Dans leur douleur , ils se meurtrissaient de coups , se lamentaient autour de son tombeau , lui reudaient chaque année des honneurs funèbres , et le lendemain ils célébraient son retour à la vie et son ascension au ciel. Il ajoute que quelques personnes de Biblos prétendaient que c'était non en* honneur d'Adonis qu'on avait institué ces fêtes » mais en honneur de l'Osiris égyptien qui avaitson tombeau chez eux. Ils avaient raison en ce point. C'était le même Dieu; mais ils avaient tort de les distinguer l'un de l'autre. Ils apportaient pour preuve une communication de culte entre l'Egypte et Biblos. Les Egyptiens fabriquaient tous les ans ûnc tète d'Osiris en papyrus [66] , qu'on exposait sur les eaux du Nil. Elle était portée à la mer , et les vents , par un miracle qui se renouvelait tous les ans , la con- * duisaienl toujours , au bout de sept jours , sur le rivage de Biblos.
L'imposture , aidée de la crédulité , comme on le voit, a fait partout des miracles sans beaucoup de peine. On trompait encore le peuple par un autre miracle , en teignant de rouge les eaux du fleuve Adonis $ et lorsque ce phénomène arrivait , on était averti du temps où Ton devait le pleurer. On supposait alors que le sanglier cruel venait de blesser Adonis , et que le sang qui sortait
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de la plaie avait donné celte teinte aux eaux-. Il y a beaucoup d'apparence que la crédulité fit les plus grands fraisde ce miracle qui ne parait pas aisé à exécuter snr un fleuve un peu considérable. Quoi qu'il en soit, voilà les contes que l'on débitait sur le Dieu mort et ressuscité.
Ovide nous donne l'histoire d'Adonis (a) dont tous lesans on célébrait les funérailles , et il fait naître de son sang les vents d'automne , désignés par la fleur de l'anémone que les vente les plus légers agitent et renversent.' On l'avait fait naître de la nymphe Myrrha , changée en arbre de myrrhe, arbuste consacré au soleil, et dont les mages ont fait des présens à Christ.
On célébrait à Alexandrie avec beaucoup de pompe les funérailles d'Adonis (&) dont on portait solennellement l'image au tombeau où se faisaient ces prétendues funérailles. On les célébrait aussi à Athènes. C'était dans une chapelle attenante à celle de Jupiter sauveur [67] , que les, femmes d'Argos pleuraient Adonis (c).
Plutarque, dans la vie d'Alcibiade (d) et de Niciasr nous dit que, quand la flotte athénienne partit pour la Sicile, on tira de mauvais augures de ce que c'était au moment de la célébration des fêtes d'Adonis , dans lesquelles on portait de toutes parts dans les rues les images du Dieu mort que l'on allait enterrer , et où Ton voyait une foule de femmes qui , se frappant la poitrine, imitaient parfaitement la triste pompe des enterremens avec des chants fort lugubres.
Ammien-Marcellin nous retrace le tableau de la dou-
(«) Ovide. M^famorph. , I. io. — (6) Natal. Cornes., p. 5»$. — (c) Pau sac. Corinth. , p. 61. — (d) Plutarch. Vitâ Alcibiad, t. 1, p. ioo; Id. Vit. Nie*., p. 53 1.