CHAPITRE II. ï5l
leur des dévotes à Vénus et a son infortuné amant Ado- m nîs. Procope et saint CyriHe parlent aussi de ces fêtes lugubres en honneur d'Adonis , et des fêtes de joie qui leur succédaient a l'occasion de sa résurrection (a). Elles avaient passé d'Orient en Occident , suivant Firmicus on y pleurait l'amant de Vénus , et l'on montrait aux assistans la large plaie qui lui avait été faite , comme on montre chez nous la plaie que fit le coup de lance qui perça le côté du Christ. Néanmoins, malgré ces fie* lions et les légendes sacrées qui faisaient d'Adonis un homme réel , comme nous en faisons un de Christ , les Chrétiens un peu instruits, il ne parle pas du peuple, n'ont pas pris le change comme nous. Ils y ont toujours vu le soleil et ont cru devoir ramener à la physique et aux phénomènes annuels de la révolution du soleil toute cette aventure romanesque de l'amant de Vénus. Les hymnes d'Orphée même semblaient les Conduire à cette explication , puisque les traits sous lesquels Adonis est peint ne pouvaient convenir qu'au soleil ou au Dieu qui circule dans le ciel avec les saisons , et qui ramène la végétation par son retour vers nous , voyageant tantôt dans les ombres du Tartare , tantôt dans l'Olympe lumineux, comme nons avons vu plus haut. Aussi Macrobe (c) qui nous a donné la théologie! du soleil sous ces dilïerens noms , n'a-t-il pas manqué d'expliquer tonte l'histoire allégorique d'Adonis , sa mort et sa résurrection , le par- ' uge égal de la durée de sa vie entre Vénus et Proserpine , par la marche même du soleil et son séjour égal alternativement dans les six signes de l'hémisphère boréal et les six
:*) Cyril., I. a; in Proph. Ewch. — (6) Firmic. «1« Trof. Rclig.^ p. »i el ai. — (c) Mocrob. Saturnal., I. 1, e. 11.
l52 HELTGION CHRÉTIENNE.
signes de l'hémisphère austral , par les six mois de printemps et d'étéj et par les six mois d'automne et d'hiver 5 par l'alternative de productions et de destructions qui s opèrent sur la terre , suivant que le solçil dirige sa course dans nos climats et vers le pôle élevé , ou qu'il repasse vers les régions inférieures et vers ce pôle abaissé dont parle Virgile sous le nom d'enfers (à).
C'est alors que ce Dieu semble descendre sur les bords du Styx, et visiter le séjour des enfers où, après avoir été retenu pendant six mois , il revient habiter parmi nous , et franchit le fameux passage qu'ont célébré tous les peuples du Nord, à l'équinoxe de printemps.
Macrobe voit l'empire de Vénus dans l'hémisphère supérieur et boréal , celui de Proserpine dans l'hémisphère inférieur et austral , et il explique le deuil de Vénus par celui de la Nature au moment où les ténèbres reprennent l'empire sur le jour , c'est-à-dire lorsque le soleil repasse l'équateur pour fournir la carrière des six signes inférieurs, domaine de Proserpine, qui dans ce moment jouit de la présence du Dieu qui vient d'être ravi aux tendres embrassemens de la Déesse du printemps et de la génération. Ils prétendent, ajoute cet auteur, que Vénus retrouve ensuite Adonis , lorsque le soleil, après
avoir parcouru les six signes de l'hémisphère inférieur , repasse dans notre hémisphère, et rend à la lumière et au jour leur empire sur les nuits. Le sanglier qui lui porte le coup de la mort est l'image symbolique de l'aflreux hiver, représenté par l'animal qui se nourrit de ses fruits, et qui se plaît dans l'humidité et dans la fange. L'hiver
fait comme une plaie au soleil , en affaiblissant sa lu—
(n) Virgil. Gcorg., 1. 1, v. 342.