CHAPITRE I
de délices , dans lequel Ormusd ou le bon principe , le Dieu-lumière , établit le domicile du premier homme. La beauté du climat , la fécondité du sol , les richesses que la terre prodigue à l'homme dans ces lieux fortunés , fournirent naturellement aux poètes matière à chanter les délices du séjour qu'ils habitaient durant tout le temps que le soleil, qui, suivant Strabon, était la grande divinité de ces peuples, visitait leur séjour, et faisait éclore en abondance tous les biens jusqu'au moment où, eo automne , par sa retraite il livrait la terre aux outrages de l'hiver, et dépouillait de tous ses ornemens la scène brillante que le soleil du printemps avait pris soin d'embellir.
H est encore un autre trait de ressemblance entre la cosmogonie de Zoroastre et celle des Juifs : c'est que le dogme des Dieux-principes , qui faisait essentiellement le caractère de la théologie des Perses , ?e retrouve aussi dans la Genèse , et qu'il est comme la base de ces deux fictions cosmogoniques. Zoroastre nous présente d'un côté Ormusd , ou le bon Dieu , le principe du bien et de la lumière , qui établit l'homme dans un lieu de félicité, et qui produit tout le bien que la Nature peut attendre de loi. De l'autre , il lui oppose Ahrimane, qui, avec son serpent, vient gâter son ouvrage et amène l'hiver, lequel répand le froid dans les eaux, dans l'air, dans la terre et dans les plantes , et désole la face du monde.
La cosmogonie des Juifs nous peint pareillement le Dieu père de la lumière, qu'il fait tout-à-coup briller au milieu des ténèbres du chaos, plaçant l'homme dans un jardin de délices, et l'établissant au sein d'uue félicité parfaite , jusqu'à ce que le diable son ennemi , le prince des ténèbres , sous la forme du serpent , vienne séduire.
la femme, et lui fasse goûter des fruits de l'arbre des deux principes , et éprouver le mal que la Nature a toujours placé à côté du bien. Car tous les docteurs et les interprètes de la religion chrétienne ont toujours attribué au démon, jaloux du bonheur de l'homme et ennemi de Dieu , la séduction de la femme et l'origine du mal introduit dans le monde , et ils ont ru dans le serpe n t la forme que le mauvais principe ou le diable avait prise pour faire le malheur des hommes. Ainsi, dans les deux cosmogonies , Dieu , ou l'auteur du bien , se trouve contrarié dans ses opérations par le chef des puissances des ténèbres , Ahrimane chez les Perses , le diable chez les Juifs et les Chrétiens; et dans toutes les deux théologies le serpent est le premier agent du mal introduit dans le monde. On ne peut trouver plus de traits de ressemblance que ceux qui existent entre ces deux cosmogonies, soit par les principes théologiques qui en font la base, soit pour le lieu de la scène oùl'homrae est supposé placé par la divinité, soit pour l'animal symbolique qu'on y introduit comme agent du mal, soit pour le mal même produit. Car, si la cosmogonie des Perses dit clairement que l'homme éprouve aussitôt les rigueurs du froid , celle des Juifs l'indique aussi , mais énigma tique ment , en disant qu'aussitôt l'homme sentit le besoin de se couvrir et s'aperçut qu'il était nu.
reins que ces deux cosmogonies n'en font (ju uno , et qu'elles peuvent , étant comparées entre elles , nous fournir assez de lumière pour deviner tous les traits allégoriques de l'une et de l'autre.
Avant d'entrer dans cet examen , nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ici , en abrégé , le système-
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des deux principes , que nous avons développé plus au long dans le chapitre V du livre second de cet ouvrage , et qui trouve surtout ici son application.
Ensuite nous expliquerons les formes symboliques avec lesquelles on les a peints, et sous lesquelles ils figurent dans les deux cosmogonics.
Nous avons dit que les anciens furent embarrassés de pouvoir expliquer, par un seul principe [7], le bien et le mal de la Nature, qui, quoique opposés entre eux , semblent toujours marcher ensemble et se mêler l'un k
par essence, pouvait produire le mal, ni un principe absolument mauvais , produire le bien , ils imaginèrent deux principes : l'un souverainement bon , auteur du bien , l'autre souverainement mauvais , auteur du mal , toujours se contrariant, toujours en opposition entre eux, et partageant également l'empire de l'Univers, dans lequel le bien et le mal semblent se mêler à dose égale. Ils les comparèrent k la lumière et aux ténèbres , qui, opposés dans leur nature et dans leur marche, semblent alternativement exercer leur empire sur l'Univers. La lumière bienfaisante du soleil était une émanation du premier principe qui lui-même habitait au *ein de la substance lumineuse ; les ténèbres de la nuit et de l'hiver étaient, au contraire , l'ouvrage du second qui habitait dans les abîmes de l'obscurité éternelle , et était enchaîné au sein de la matière , tandis que l'autre brillait aux cieux et formait de sa pure substance le monde des intelligences. Cette doctrine des deux prin < cipes , des anges de lumière et des anges de ténèbres , de Dieu et du diable , se retrouve dans toutes les théologies , et doit sa naissance à deux des tableaux les plus
contras tans de la Nature , la lumière et les ténèbres , et à la difficulté qu'ont toujours trouvée les hommes de faire sortir d'une seule source le bien et le mal. La différence qui se trouve entre l'opinion des Chrétiens et celle des autres peuples , c'est que les docteurs de la* religion de Christ ont subordonné le principe-ténèbres au principe-lumière, tandis que d'autres sectes, telles que celle des Manichéens, les ont, ainsi que les Perses, faits coéternels et d'une puissance égale (a). C'est une nuance de métaphysique qui n'empêche pas qu'on ne reconnaisse chez tous les peuples une doctrine commune, fondée sur le même principe, et qui sert elle-même de fondement à toutes les religions.
Pour prouver cette assertion , nous avons extrait un passage de Plutarque , dans lequel l'universalité , l'antiquité et la nature de ce dogme théologique sont parfaitement exposées. Il nous dit que cette opinion était consacrée par les traditions les plus anciennes du genre humain,. par les mystères et les sacrifices dans la religion de tous les peuples grec* et barbares , et surtout chez ceux qui ont eu une plus grande réputation de sagesse. Ils ajoutent qu'ils donnent le titre de Dieu par excellence au premier, et au second celui de démon. C'est précisémeut les dénominations que les Juifs et les Chrétiens donneut aux deux principes opposés erni agissent dans la Genèse ; car le Créateur ou le démiourgos qui produit la lumière , est ce qu'on appelle Dieu par excellence, et le serpent séducteur est le démon peint sous cet emblème mystérieux.
« Les Perses , continue Plutarque , nommèrent le
(ff) Pr.msobr-, t. i, 1. a, c. 7., p 177, cl Puock , p. t \~t.
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premier Oromaze , et le second Ahrimane. » C'est effectivement sous ces noms qu'ils figurent dans la cosmogonie des Perses que nous expliquons, et dont celle des Hébreux n'est qu'une copie. Les Egyptiens appelèrent le premier Os iris, et le second «Typhon. Nous les avons vus aux prises sous ces noms dans la théologie égyptienne, en expliquant la vie d'Osiris et d'Isis et leurs aventures merveilleuses. Les Chaldéens avaient enfin conservé le dogme des deux principes , suivant le même Plutarque , dans leur système astrologique, ou en admettaient des astres bons et mauvais. Cette observation est importante à retenir, car nous verrons bientôt les astres ou les signes , et les constellations servir à marquer les époques du bien et du mal de la Nature dans la cosmogonie de la Perse et dans celles des Toscans et des Hébreux -, en sorte que déjà nous trouvons dans ces mots de Plutarque, sur le système religieux des Chaldéens , une indication de la route qu'il nous faudra suivre.
Les Grecs , poursuit toujours Plutarque (a) , eurent leur Jupiter et leur Pluton. C'est ce Jupiter que les Romains appellent très-grand et très-bon, et que nous avons vu représenté avec les attributs du bélier on de 1 agneau céleste , dans l'explication des formes du soleil , sous le nom d'Ammon. Pluton est celui que nous avons vu s'entortiller dans les replis du serpent d'automne , qui bientôt va nous servir à expliquer la Genèse,' et qui était l'attribut caractéristique des géans qui attaquaient le Jupiter très-bon.
Nous avons prouvé , à la suite de; ce passage de Plutarque , l'universalité qu'avait eue cette opinion, en fai-
(<i) Plutarque, p. >4o.
3o RELI01OP CHRKTIEKNE.
gant la revue de tous les peuples de l'ancien et du nouveau continent , où l'on en trouve encore des traces.
Mais nous nous sommes surtout attachés a examiner la nature de ce dogme , et son développement chez les nations savantes au milieu desquelles vivait la horde
juive, et particulièrement chez les Egyptiens et chez les Perses, qui, plus qu'aucun autre peuple, avec les Chaldéens et les Assyriens, ontdû influer sur les opinions religieuses des écrivains juifs. Nous rappellerons surtout ici ce passage précieux de Diogène Laërce (a) , qui , après nous avoir dit que le système des deux principes faisait . le fond de la doctrine dés mages , ajoute que les docteurs juifs étaient les successeurs de leur doctrine. Nous rappellerons aussi le passage d'Augustin (6), qri assure que les Assyriens , auxquels les Juifs furent souvent soumis, avaient fondé leur religion , comme les Perses , sur la théorie des deux principes.
Il n'est donc pas étonnant que nous cherchions dans la cosmogonie des Juifs , leurs sujets et leurs voisins , les mêmes dogmes que l'on professait en Assyrie , en Egypte et en Perse. Car , encore une fois , il n'y a point de cosmogonie révélée. Elles doivent donc toutes porter l'empreinte de la science humaine ; et quand on trouve un ouvrage de science chez un peuple ignorant , c'est naturellement chez les nations savantes , avec lesquelles il a eu des rapports et un long commerce, qu'il en faut chercher l'origine.
Comme les Perses nous ont paru avoir surtout influé sur les opinions des Juifs et des Chrétiens , nous avons
(«) Dîogen. Laert., Prscm., p. 6. — (6) Augitst. de Cir. Dei , 1. 5,