‹ Origine de tous les cultesChapitre 73 sur 180 · CHAPITRE II. I7I · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. I7I

Enfin , pour revenir au Dieu Mithra [7 3] , auquel se rapporte toute la théorie que noua venons de développer, non-seulement il naissait dans une grotte le même jour que Christ naissait dans une étahle (a) , mais encore il mourait et avait , comme Christ , son sépulcre près duquel on venait verser des larmes. Ses prêtres le portaient pendant la nuit au tombeau : il était étendu dans une litière. Cette pompe était accompagnée de chants funèbres et des gémissemens de ses prêtres , qui, après avoir donné quelques momens aux expressions d'une douleur simulée, allumaient le sacré flambeau, s'oignaient la figure de parfums ; après quoi l'un d'eux prononçait gravement ces mots : <t Rassurez-vous , troupe sacrée des initiés; votre Dieu est ressuscité : ses peines , ses souffrances vont faire votre salut. »

Pourquoi , reprend Firmicus qui nous a donné tous ces deuils, pourquoi exhortez-vous ces malheureux à se réjouir ? Pourquoi les tromper par de fausses promesses ? La mort de votre Dieu est connue ; sa vie nouvelle n'est pas prouvée. Il n'y a point d'oracle qui garantisse sa résurrection -, il ne s'est point montré aux hommes après sa mort pour qu'on puisse croire à sa divinité. C'est une idole que vous ensevelissez ; c'est une idole sur laquelle vous pleurez ; c'est une idole que vous tirez du tombeau; et après avoir été mal heureux , vous vous réjouissez ! c'est vous qui délivrez votre Dieu, etc.! Laplupartdes questions que Firmicus fait aux initiés aux mystères de Mithra , et même toutes , peuvent être faites avec autant de raison aux adorateurs de Christ , qui tous les ans vont pleurer sur son tombeau , et chantent ensmte sa résurrection.

(*) Jul. Firm. de Prof. Rclig., P. 45.

I72 BKLIGIOIf CHRÉTIENNE.

Je leur demande , continue Firmieus (a) : « Qui a vu votre Dieu a cornes de bœuf, sur la mort duquel vous vous affligez ? » On pourrait lui dire : Et vous , qui a vu votre Dieu-agneau ou à cornes de bélier , que vous dites avoir été égorgé pour les péchés du monde , et dont vous célébrez la résurrection ? Il semble que Firmieus , dans tout cet endroit , ait pris à tâche , en attaquant les religions païennes , de rassembler tous les traits de res- - semblance qu'elles avaient avec celle des Chrétiens qu'il défendait , et dont les mystères, de son aveu, avaient beaucoup de conformité avec ceux des Chrétiens. Il s'attache surtout à Tini dation mi thriaque qu'il compare toujours à celle de Christ. Il est vrai qu'il se sauve à la faveur d'une excellente raison , déjà donnée par Tertullien et par saint Justin , et qui consiste à dire « que le diable avait pris plaisir à imiter les mystères et les cérémonies des Chrétiens. » Supposition admirable et dont l'homme de bon sens doit sans doute se contenter. Nous ne dirons pas , avec ces pieux Chrétiens , que long-temps avant l'établissement des mystères de Christ , le diable, auquel nous ne croyons pas , avait copié ce qui devait un jour avoir lieu dans la religion de Christ et être pratiqué par ses sectateurs mais nous dirons tout bonnement que la religion de Christ, fondée , comme toutes les autres , sur le culte du soleil, en a reçu les mêmes idées , les mêmes pratiques , les mêmes mystères *, que tout a été commun , parce que le Dieu l'était ; qu'il n'y a eu que les accessoires qui ont pu être différens , mais que la base était la même.

L'objet de tous les mystères était la lumière , la grande divinité de tous les peuples. On invoquait le Dieu qui -

(a) Jul. Firm., p. 4Î-

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