CHAPITRE III. I
parce que la réflexion la plus simple a suffi pour tout imaginer.
L'unité d'action et la correspondance de toutes les parties du monde vers un centre commun de mouvement et de vie , qui entretient son harmonie et qui en produit l'accord , a conduit les hommes qui regardaient ce grand tout comme un Dieu à admettre Vanité de Dieu (<j)ou du tout, regardé comme Dieu. Elle a également conduit ceux qui regardaient l'Univers comme un grand effet à admettre aussi la cause unique d'un ouvrage unique dont toutes les parties semblaient tendre à l'unité, en sorte que l'unité de l'effet fît imaginer l'unité de dessein et l'unité de cause. Au moius c'est ainsi que ces philosophes expliquent le motif qui doit faire admettre l'unité du premier principe. Je reconnais à ce raisonnement l'homme , et je n'ai pas besoin qu'un Dieu m'enseigne cette opinion philosophique.
« Toutes choses , dit Marc-Aurèle (b) , sont lices entre elles par un enchaînement sacré, et il n'y eu a aucune qui soit étrangère à l'autre; car tous les êtres ont été combinés pour former un ensemble d'où dépend la beauté de l'Univers. Il n'y a qu'un seul monde qui comprend tout; un seul Dieu qui est partout; une seule matière éternelle; une seule loi qui est la raison commune à tous les êtres intelligens. »
Les pères de l'Eglise , comme les philosophes païens , démontrent l'unité de Dieu par l'unité du monde , ou l'unité de cause par l'unité d'eilet. Voici comme s'ex-
(a) JamMich. de Myst. AEgypt., c. a6, 33, 375 Procl. in Tim., 1. a , p. 63; Piuiander, c. n;Trîsmeg. in Asclcp., c. ij Athanaz. contr. tient. , p. 39. — (A) Marc-Aurèle, 1. 7, c. 8.
prime saint Athanase (à) : « Comme il n'y a , dit-il , qu'une Nature et qu'un ordre pour toutes choses , nous devons conclure qu'il n'y a qu'un Dieu artiste et ordonnateur, et de l'unité de l'ouvrage déduire celle de l'ouvrier. »
Tous les Platoniciens admettaient l'unité du monde archétype , modèle de celui-ci , et l'unité du démiourgos par une suite des mêmes principes métaphysiques , comme on peut le voir dans le Commentaire de Proclus sur le Timée , et dans les autres Platoniciens (b).
Ceux qui, comme Pythagore, employaient 1a théorie des nombres pour expliquer les vérités théologiques , donnaient également à la monade le titre de cause et de principe (c), ou, pour mieux dire, exprimaient par la monade la cause première, et concluaient l'unité de Dieu d'après les abstractions mathématiques. Ils plaçaient audessous de cette unité les intelligences secondaires et les différentes triades.
D'autres , observant la forme des administrations humaines et surtout celle des gouvernemens de l'Orient , où , dans tous les temps , la monarchie a été la seule administration 'connue , crurent qu'il en devait être de même de l'administration de l'Univers, dans lequel toutes les forces partielles semblaient être réunies sous l'autorité d'un seul chef pour produire un accord éternel tel que celui de la Nature. De-là les comparaisons qu'établit (d) Aristote entre l'administration de Dieu et celle du grand roi de Perse celle qu'il en fait avec le
(«) Athanas. contra Gentes, p. 43. — (/») Easeb. Prap. evang., 1. 1 1, c. î3; Philo, de Mundo; Procl. in Tim. — (c) Salluat. Philosoph., c, 5, 6. — (</) Aristot. de Mundo.