CHAPITRE 111. 3O
souille universel ranimait , comme on peut le voir dans Solin (a).
Varron , le plus instruit des Romains , disait que ceuxlà seuls lui paraissaient avoir mieux connu la nature de la divinité qui avaient dit que Dieu était lame qui gouverne l'Univers par le mouvement et la raison (b).
L'empereur Marc- Aurèle distingue dans l'homme , comme dans l'Univers , trois choses , le corps , l'ame animale et l'intelligence, laquelle est proprement l'homme. Ce savant empereur employa les mots d'ame et d'esprit ou de souffle pour désigner la substance animale , le principe de vie } et ceux de nous ou de logos pour désigner l'intelligence qu'il rapporte à un même élément spirituel.
Tous les philosophes , dit Plutarque (c) , excepté Épicure , Démocrile et quelques autres partisans des atomes , ont cru l'Univers animé et régi par l'intelligence.
Salluste le philosophe (<0, après nous avoir trace le tableau harmonique du monde ou des sphères , nous peint au-dessus Dieu , le logos et le spirilus ou l'ame universelle. Le logos, le noiis ou l'intelligence y met l'ordre admirable qui y brille , et l'ame ou le spiritus y répand la vie et le mouvement qui l'agite.
Les Manichéens croyaient (e) que la substance qui a la pensée et le sentiment y est répandue partout. Les herbes , les plantes sont animées ; leurs semences sont des aines, dit saint Epiphane. Tatien assure que l'esprit est partout, non -seulement dans les étoiles, dans
(a) Solin, p. 7«. — (b) August dcCirit. Dei, 1. 4, c. 3t. — (r) Plat, de Placit.'Vhil., 1. 2, c. 3,[p. 886. — (<*) Salluste, c. 7. — {e) Bcausob , t. a, p. :8',.
les anges , mais encore dans les plantes , dans les eaux, dans les animaux, et que , bien que ce soit un même esprit partout , il a pourtant des différences , suivant les sujets.
Beausobre , parlant de l'origine du Docètisme et de la cause de ses progrès en Asie , observe que des esprits élevés dans l'école de Platon croyaient que du Dieu suprême il est émané une intelligence parfaite , qui est un second Dieu, et qu'ils appelaient nous ou logos.
Les Chrétiens ont absolument les mêmes idées sur le logos et le spiritus. Ils regardent le premier comme la sagesse de Dieu et le principe d'ordre qui brille dans le monde , et le second comme le principe de vie qui circule dans toutes ses parties ; ce qu'on peut voir dans les écrits de l'un de leurs docteurs , Grégoire surnommé le Thaumaturge (à) , dans sa profession de foi. Les principes théologiques sont ici absolument les mêmes que ceux des métaphysiciens païens , leurs maîtres.
En réfléchissant sur la théologie renfermée dans les diiïérens passages que nous avons rassemblés , on verra aisément que les premiers philosophes qui raisonnèrent sur la divinité , la placèrent dans l'être immense au sein duquel nous vivons et nous respirons , par lequel nous sommes formés et détruits , qui fournit les matériaux de notre existence et qui en reçoit les débris éternels *, et qu'en généralisant leurs idées, ils n'en ont fait qu'un seul et unique être , éternel, immense , qui comprend tout en soi , et qui renferme le principe de vie et d'intelligence auquel participent en commun tous les êtres vivans et întelligens , formés de sa substance et dans son
(a) Greg. Thaum., p. u .