‹ Origine de tous les cultesChapitre 94 sur 180 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

en lui l'ame et l'intelligence divine et universelle , et tout cela se réduisait à l'Univers Dieu unique, mu par la grande ame et ordonné par son intelligence infinie. Toutes les parties de la matière composaient le corps immense où résidait la force vive et intelligente, qui elle-même était une matière plus ou moins déliée, ou au moins qui fut désignée par des noms qui tiennent à la nature de la matière.L'air que l'homme commence à respirer en naissant , et dont il ne peut perdre l'usage sans perdre aussitôt la vie, donna son nom à l'élément de la vie du grand tout, que l'on désigna par les noms à* anima et de spiritus , qui signifient l'un et l'autre air, vent, souffle. On donna à l'Univers le souffle de vie , comme à l'homme. Lorsque les abstractions de la philosophie eurent séparé de l'Univers l'essence dé la divinité, les mêmes mots , les mêmes images corporelles désignèrent encore le priucipe de la vie divine , et on conserva le nom de spiritus pour désigner cette force divine même incorporelle. Aussi, quand Christ est supposé communiquer son esprit à ses apôtres, il souffle sur eux : et insufflait super eos et dixit : jfccipile spiritum sanctum, etc. ; et ailleurs il dit : « Spiritus flot ubi vuît, etc. ; » toutes expressions qui rendent une idée spirituelle par des images très - matérielles empruntées de la première idée sur le spiritus mundi > ou souffle de vie, qui animait l'immense corps ou Dieu-Univers. Ce souffle n'était pas proprement l'air (<i),gnais il était assimilé à l'air, et il tenait à la nature corporelle chez les matérialistes , et à la nature incorporelle chez les spiritualités $ -et -chez les uns et les autres, il était incréé et Dieu; car l'Univers matériel chez les premiers était

(û) August. de Civ. Dei , 1. 5 , c. 9. ^

212 BÈXIGION CHRÉTFENÏfE.

incréé et Dieu , comme l'être abstrait Tétait chez les seconds.

Ce souffle unique , distribué dans les sept sphères du monde qu'il meut et qu'il anime , et dont il produit les sons harmoniques , fut désigné par un instrument à vent , par la flûte aux sept tuyaux , que Ton mettait entre les mains du grand Pan ou du Dieu universel , qui l'embouchait et en tirait des sons qui faisaient retentir de leur harmonie les vastes voûtes de l'Univers (a)~ De-là l'usage du nombré sept , dans lequel se renferme et se divise toute sa nature , dans les principes de la théologie des païens , comme dans celle des Chrétiens. L'origine de l'aine du monde , dit Macrobe (b) , est renfermée dans les termes du nombre sept. Les Chrétiens divisent aussi en sept l'énergie et l'influence du Saint-Esprit. C'est ce qu'ils appellent ses sept dons. Ils chantent tous les Jours le munus septiforme et le sacrum septenarium dans l'hymne et la prose du Saint-Esprit. Comme le souffle de Pan, celui du Saint-Esprit était divisé en sept souffles ou sept esprits (c), suivant saint Justin.

Tatien (d) admet absolument ce souffle universel , tel que l'admettaient les païens \ souffle unique , animant toute la Nature , depuis la plante et l'arbuste jusqu'aux

L'onction des prosélytes était accompagnée d'invocations adressées a£ Saint-Esprit (e) : on l'appelait la mère des sept maisons. Ce qui signifie , observe très-judicieusement Beausobre , les sept cieux des sept planètes. Mère

(a) Macrob. Somn. Scip., 1. a, c. -a, c 3. — • (b) Ibicl., I. i, c.6. — (c) Justin. Cohort. ad Gent., p. 3i. — (é) Contra Geotes , p. i5. — (c) Beausobre, t. î, p.

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signifie créateur ou créatrice. Le mot spirilus en hébreu est féminin.

Les anciens (a) peignaient l'élément de l'air ou celui de spirilus par un oiseau symbolique ; c'était la colombe.

Les Chrétiens l'emploient aussi pour désigner le Saint- Esprit; c'est sous cette forme qu'il parait dans leurs écritures sacrées , et qu'il est représenté dans leurs temples. Jupiter, ame du monde, s'était aussi déguisé en colombe pour jouir des faveurs d'une jeune fille (b).

On voit donc que les Chrétiens ont non - seulement ce principe divin de vie universelle qu'admettait la théologie païenne , mais qu'ils l'ont encore avec les mêmes noms , les mêmes divisions et les mêmes images symboliques. Passons au logos , à la raison ou à l'intelligence universelle que les Chrétiens appellent Verbe.

Nous avons dit que les anciens admettaient dans le grand Pan ou dans leur Dieu-Univers , outre le principe de vie quî circulait dans tous les membres de ce vaste corps , un principe de raison et d'intelligence , source de l'ordre du monde et des ames intelligentes qu'il contient. En suivant toujours l'analogie de l'homme microcosme , ils placèrent le siège de cette intelligence [84] dans ce qu'ils appelaient la tète du grand Pan , dans la partie la plus élevée , dans celle qui, par sa forme sphérique (c) et* par le lieu qu'elle occupe dans le monde , pouvait être regardée comme la tête et le siège des yeux et de l'intelligence du monde (d) ; c'est-à-dire au ciel des fixes , dans l'élher et dans la substance ignée et lumi-

(«) fciik. OEdipe, t. x — (b) Athénée, I. 9, e 16. — (e) Mtcrob. Sa*., I. 7, c. 9; Lactane. àt OpiScio. ,c. 8.- (</; Procl. in Tira., I. 5 j Idem, 1. a, p. 108, m.

2l4 UEUGION CHRÉTIENNE.

neuse qui le compose , et dont sont formés le soleil et les astres, lumière du corps du monde, comme l'intelligence Test de celui de l'homme. Le ciel était la partie principale, la plus divine, et pour ainsi dire la tète du monde. Il tenait à la partie intelligible et il renfermait les animaux célestes les plus intelligens. C'était là que les stoïciens plaçaient l'intelligence de Jupiter et la faculté intelligente qui régit le monde, laquelle réside dans la substance ignée du feu éther, principe de nos intelligences, comme on Ta vu dans le passage de Virgile que nous avons cité plus haut.

C'est de ce feu principe qu'elles émanaient; c'est là qu'elles retournaient (a).

Cette opinion sur la Nature de l'intelligence la fait un peu matérielle ; mais les hommes ont commencé par la matière qu'ils voyaient avant de rêver sur l'immatériel qu'ils n'ont jamais connu, et dont ils ont créé l'idée par abstraction. Comme nous disons le souffle de vie, nous disons le feu du génie, et ce qui aujourd'hui n'est qu'une métaphore , autrefois était une expression propre et naturelle de principe de la vie et de l'intelligence.

L'Univers, comme nous l'avons déjà dit, était un grand animal souverainement intelligent. La terre, la mer et les autres parties du monde étaient les membres de son corps \ mais la substance étljérée plus pure , plus subtile et toute lumineuse, était la substance môme intelligente de ce vaste corps , comme on l'apprend d'Eusèbe (6) , dans les écrits duquel on trouve le précis de

(a) Virgil. Georg. 4, y. a*?. — (6) Euitb. Prarp. ev., 1. 3,c. 9, p.toaj 1. 3, c. 10, p. io5.

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la théologie des stoïciens et de celle d'Orphée. ]Le ciel était la tète de la divinité colossale, et le.siége de l'intelligence était dans la substance luminense qu'il renferme, comme elle était dans le cerveau de l'homme. JLe soleil en était l'oeil, mundanus oculus , comme l'appelle Martïanus Capella (a). On ne doit pas perdre de vue ce principe théologique sur la nature du noils ou du logos de la raison et de l'intelligence universelle , placée par les anciens dans la substance éthérée lumineuse. Nous y reviendrons souvent parce qu'elle est la base de la théologie des Chrétiens sur le logos ou sur la 'lumière i nca r née , connue sous le nom de Christ.

Pythagorc a bien désigné cette partie de la divinité par le mot de lucidum (6), appelant Dieu non-seulement la force universelle qui circule dans toutes les parties du monde, mais y joignant encore l'épi thète de lumineuse pour caractériser l'intelligence , comme il avait désigné le principe de vie par cette force vivifiante répandue dans tout le corps du monde. Par cotte dernière partie, l'homme tenait aux animaux; par la première, il tenait aux Dieux naturels ou aux astres formés de la substance éthérée [85] : c'est pour cela que les astres même étaient supposés intelligens et doués de raison (c).

On peut voir dans Cicéron (d) que la raison qui #t regarderies astres comme des êtres intelligens et divins,1 c'est qu'ils étaient composés de la substance pure et lumineuse qui forme la nature de l'éther auquel on les

(a) Mart. Capel. Hymn. ad Sole m. — (fc)Isidor. Orig., 1. 8, c. 6. — (c) Augnst. de Civ., 1. 4, c. it; Firraic, I. i, c. a j Diog*-n. Laërc. Vit* Platon. — (d) Cicer. <l« nat. Dcoi-, I. a , c. i j, i5, îfi.

âl6 RELIGION CHRÉTIENNE.

supposait attachés , et dans lesquels ils étaient nés. En un mot, les astres étaient intelligens , parce que l'intelligence universelle on la substance intelligente du monde, là raison de Dieu , était le feu lumineux dont les astres réunissent une portion plus ou moins grande, feu quon appelle autrement l'éther.

C'était dans l'éther que résidait la force administrative du monde , sa partie hégémonique, la faculté intellectuelle qui ordonne et conduit le grand tout , et qui dirige l'économie de ses parties. Il était ce qu'est l'esprit et l'intelligence ou le noils dans l'homme ; ou plutôt , comme nous l'avons déjà vu , l'homme lui-même n'était intelligent que parce qu'il possédait une particule de ce feu sacré (a), de cette lumière intelligente qui était descendue du ciel au milieu de la matière qui compose sa tête. Elle devait y retournerdorsque l'enveloppe qui la captive ici-bas serait brisée, etqu'il pourraiten liberté se réunir au feu principe qui brille dans les astres , et que l'intelligence , épurée entièrement des souillures de la matière , aurait recouvré toute sa simplicité originelle (0).

Saint Augustin analyse , d'après les principes de Varron , l'ame universelle du grand tout , qu'il sous-divise en trois parties (c) : la partie animale , la partie sensi- -tive et la partie intelligente. Il dit que celte dernière , qu'il appelle le troisième degré de cette ame , est le feu éther qui constitue l'essence de la divinité, et que les astres ne sont regardés comme divins que parce qu'ils participent au feu divin intelligent. Les arbres, les

(a) Scxt. Empiric. adr. Math., I. 8, p. 8aa. — (6) Virg. AEncide, U 6, t. 747. — (c) Àugust. deCivit. Dei, 1. 7, c. a3.

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