‹ Origine de tous les cultesChapitre 95 sur 180 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

plantes, les rochers, dans ce système, sont les ossemens et les cheveux de la divinité. Le corps des astres , celui du soleil et de la lune, font la fonction des sens; et l'éther celle de l'ame intelligente qui constitue proprement la divinité.

Suivant le même saint Augustin (a) , la création des intelligences célestes ou des anges est comprise dans celle de l'éther ou du ciel , dont l'unité est désignée par celle de l'unité de chacun des jours de la création. Ils participent à cette lumière éternelle qui constitue la sagesse de Dieu , et que nous appelons , dit-il , son fils unique , idée fort semblable à celle de Varron et des stoïciens [86] sur les astres , ces êtres intelligens qui vivent au sein de 1 'éther et de la substance lumineuse de la divinité.

On remarque dans les passages de Varron et de Cicéron deux propriétés principales du feu éther ainsi que de l'ame du monde : l'une de donner la vie , l'autre de fournir l'intelligence, de vivifier parla chaleur, etde rendre intelligent parla lumière; en sorte que l'on voit que la substance de la divinité était spécialement ce feu éther qui circule dans toutes les parties de la Nature , et qui a deux qualités principales , la chaleur vivifiante et la lumière , Tune principe de vie universelle, l'autre principe d'intelligence universelle. Car nous avons eu soin déjà fl'observer que ce que les anciens entendaient par spiritus orbis n'était pas l'élément de l'air ; qu'il n'y avait de commun que le nom ; mais que c'était une substance beaucoup plus subtile , plus active , émanée de l'éther , et qui faisait couler avec elle les principes du mouve-

(«) August. de Civil. Dti, 1 11, c. 9.

2l8 RELIGION CliRfcTIKKNE.

ment et de la vie dans tous les animaux. C'était le fluide éthéré qui circule dans les astres et dans le ciel , et dont tous et poissons, tiraient les principes de 4a vie qui se manifeste par la chaleur et le souille de l'animal. Ainsi le feu principe, éternel et Dieu, renfermait dans sa substance le spiritus et le logos, ou l'intelligence universelle de la Nature et de tous les êtres. Ces idées sont absolument conformes à la théologie d'Orphée , qui concentrait dans le seul feu éther qui contient le monde les trois principes de la Nature divine ou la seule force divine sous les trois noms de lumière , conseil et vie. Tel est le Verbe chez les Chrétiens : a Vita erat lux , et lux erat vita , et lux erat Ferbum , » dans le premier chapitre de l'Évangile de Jean, le seuLmorceau théologique de la religion chrétienne , et l'unique base de la théologie. « Avant toutes choses (a), dit Orphée , l'éther fut produit par le premier Dieu. L'éther existait au sein du vaste chaos et de la nuit affreuse qui l'environnait de toutes parts. Du sommet de l'éther jaillit un rayon de lumière qui éclaira la terre et toute la Nature. Cette lumière, le plus ancien de tous les êtres , le plus sublime , est le Dieu inaccessible qui enveloppe tout dans sa substance , et que l'on nomme conseil, lumière et vie. » Ces trois noms ne désignent qu'une même substance.

Cette lumière est la substance intelligente qui» a ordonné l'Univers, puisque l'auteur ajoute qu'elle avait formé le soleil , la lune , les astres , et donné à l'homme l ame raisonnable , c'est-à-dire plus simplement que c'est là le principe universel d'intelligence dont les astres in-

(a) Suidai voce Orphcus.

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telligens et nos ames sont une éinanauon , comme on la vu dans le passage de Virgile.

Timothée le chronographe , au rapport de Cédrénus , ajoute qu'Orphée enseignait aussi que tout avait été arrangé par une seule nature divine qui avait trois noms, et que ce Dieu était le grand tout , renfermant en lui la triade demiourgique , consubstantielle , qui organise toutes choses.

Cette-idée du Dieu qui renferme en lui le logos ou l'intelligence et la vie ,,est absolument la même que nous avons déjà exposée sur l'U«ivers , renfermant en lui le spirilus , principe de vie, et le feu intelligent, principe d'intelligence. C'est la même que celle des Chrétiens ou de l'Evangile de Jean qui nous présente le grand Dieu renfermant en lui la lumière et la vie : Et vita erat lux, et lux erat vita, et lux eral Verbum\ c'est-à-dire le premier principe ou le principe universel , sous -divisé en principe d'intelligence , qui est la lumière , et en principe de vie , qui est le spirilus des Chrétiens. Car c'est lui qui est désigné sous le nom de vita , le même que le dzôé d'Orphée. C'est ce principe de vie, cette ame du monde, que Synésius, évêque de Cyrène , appelle le troisième Dieu que le Dieu père a versé dans le monde pour l'animer.

La théologie de Zoroastre enseignait que , quand Dieu organisa la matière de l'Univers , il envoya sa volonté sous la forme d'une lumière toute brillante ; elle parut sous la figure d'un homme-, elle était accompagnée de soixante-dix des plus honorables de ses anges (a).

(<i) Sliarislh. apud Hjrd^ c. aa, p. ag8.

220 RELIGION CHRÉTIE1TOE.

L'hérésiarque Simon (à) avançait que le Dieu suprême qu'il qualifie de Dieu des Dieux, qui est unique , incompréhensible, qui a donné le commencement à toutes choses , et à qui , par conséquent , elles sont nécessairement toutes assujetties , est inconnu , retiré dans une lumière ineffable , inaccessible , incorporelle , qui émane de lui , et dont il remplit le sublime séjour*qn'il habite ; il est lui-même une immensité de lumière. C'est là aussi le système des anciens gnostiques sur le byihos.

Les Valentiniens (&) , dans la génération factice des attributs de la divinité , font naî*e de nous etd'alétheia, logos et dzôé, le Verbe ou la raison et la vie. C'est évidemment , dit Beausobre , l'ame de l'Univers dont la vie et la raison sont les deux propriétés. Tout ceci est platonicien.

La* théologie des Phéniciens place aussi dans la substance delà lumière la partie intelligente de l'Univers et celle de nos ames qui en est une émanation. Son irradiation est regardée comme l'acte même de l'ame pure , et sa substance comme un être aussi incorporel que l'intelligence (c). On peut voir dans l'empereur Julien le développement de ces principes théologiques. Cédrénus nous dit également (d) que les Ghaldéens adoraient la lumière qu'ils appelaient lumière intellectuelle , et qu'ils désignaient par ces deux lettres a et 6 , ou qu'ils appelaient aâ , deux voyelles qui comprennent les deux termes extrêmes de la diffusion de la lumière [87] dans les sept corps planétaires dont le premier ou la lune répondait à la voyelle a , et le dernier' ou Saturne à la voyelle ô, tandis que le soleil était exprime par J. Ces trois voyelles

(a) Beaus., t. 1, p. *58 j Recognit. Clem., S. a, n°6i. — (b) Beau*., 1. 1, p. 58:. — (c; Juliao. Orat. 4 , p. *5o, a63. — (</) Ccdren., p. i$9-

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