‹ Origine de tous les cultesChapitre 98 sur 180 · CHAPITRE Hl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Hl

A l'égard des pères , les plus habiles et les orthodoxes disent constamment que Dieu est une lumière , et une lumière très-sublime (a) ; que tout ce que nous voyons de clartés, quelque brillantes qu'elles soient, ne sont qu'un petit écoulement, qu'un rayon de cette lumière {b)\ que le fils est une lumière sans commencement ; que Dieu est une lumière inaccessible»qui éclaire toujours et ne disparait jamais; que toutes les vertus qui environnent la divinité sont des lumières d'un second ordre, des rayons de la première, lumière» »

C'est la en général le style des pères , avant et depuis le concile de Nicée (c). « Le Verbe, disent -ils, est la lumière venue dans le monde -, il jaillit du sein de cette lumière qui existe par elle-même. Il est Dieu, né de Dieu ; c'est une lumière qui émane, d'une lumière. L'ame . est d'elle-même lumineuse , parce qu'elle est le souffle de la lumière immortelle , etc. »

Manès croyait l'essence divine une substance véritablement lumineuse, qui se fait apercevoir par la splendeur qui en émane-, ce n'est point, dit Beausobre (</), une lumière métaphysique, pour ainsi parler ; mais c'est une lumière véritable qui est contemplée dans le ciel par les esprits immortels ; un grand nombre de pères grecs ont cm la même chose. On peut en chercher la preuve dans Beausobre. On verra (e) comment l'idée d'un Dieu corporel retint saint Augustin dans le manichéisme , parce qu'il craignait que ce ne fût anéantir Dieu si Ton n'en faisait pas un corps.

On trouvera dans Beausobre ff) l'examen de cette

(a) Greg. Nm. Ortt. iO, p. 45i. — (b) Idem. OrU. 4, p. &$o. — (c) Beau*, ib. 469.— (</) Ib., p. 470. — (e) Ib. 477 — (/) ib., t. 1, p. 484. TOME V. i5

3l6 RELIGION CHRÉTIENNE.

question , savoir si on doit regarder comme une hérésie dangereuse l'opinion qui fait de la nature divine une lumière étendue. Il expose les raisons d'en douter , qu'il tire et du. silence de l'Ecriture et de la notion d'esprit qui renferme l'idée de corps.

Bien que Manès (a) conçût ia divinité comme une lumière étendue , il ne laissait pa* de lui laisser sa simplicité. L'essence de la lumière est pure et simple. Manès (b) dit que la forme immatérielle ou la nature divine de Jésus-Christ n'était point visible et ne pouvait être touchée. Comment, dit-il encore , la lumière aurait-elle souffert , puisque la nature mauvaise n'a pu s'en saisir ?

Dans le système manichéen , la lumière désigne la nature divine, le Verbe \ et les ténèbres , la nature ou la substance mauvaise.

Dieu, suivant les Valentiniens (c), est une lumière corporelle , étendue , figurée , très-pure , éternelle , immortelle , lumière que personne n'a vue et ne peut voir , excepté le fils unique. Les plus parfaites , les plus sublimes intelligences ne la contemplent que dans le fils, qui est t image qu'elle forma d'elle-même lorsqu'elle voulut se manifester.

Il résulte de tout ce que nous avons dit jusqu'ici que les anciens ont regardé originairement l'Univers comme la divinité même , comme la cause première de toutes choses , qui renfermait en elle le principe de la vie et l'intelligence éternelle et infinie de ce grand Dieu unique qu'ils ont placé dans la matière éthérée , dans le feu principe , dans l'élément le plus subtil et le plus

(a) Beausobre, t. t, p. 5ia. — {b) Fabric, p. *o5. — (<?) Beausob. ibid., p. 55o.

CHAPITBE III. 227

universel , la source de son mouvement et de sa vie , et de celle des êtres qui vivent et se meuvent par lui et dans lui. Ils ont placé dans la partie ftmineuse ou dans l'énergie lumineuse de ce feu principe , la faculté intelligente de leur divinité et celle des aines qui en sont toutes émanées , et qui doivent y retourner après la dis» solution du corps. Il suit de-là que le soleil qui répand à grands flots cette substance intelligente dont il est le foyer et la source , sol foiu lueis asthereas , va devenir l'intelligence même du monde , mens mundi, comme rappellent Cicéron et Macrobe, et qu'il sera la source primitive de nos intelligences , mentis fons> suivant Mar« tianus Capella. En conséquence il deviendra le logos ou l'intelligence même de la divinité, caractère essentiel au réparateur, et que le soleil réunit encore à tous les autres traits de ressemblance qu'il a avec le Dieu des Chrétiens ou avec Cbrist.

H est vrai que la religiou des Chrétiens n'admet pas le matérialisme de toute cette théorie; qu'elle s'élève à une spiritualité qui suppose bien dans les facultés divines les mêmes divisions que nous venons d'établir, mais qu'elle les sépare de l'être visible, tactile et corporel ; et que chez leurs docteurs, le spirùus et le Verbum, quoique exprimés par des mots qui tiennent à la matière , sont absolument immatériels , et ne peuvent résider dans le feu éther, quelque subtil que l'on conçoive cet élément universel. Aussi n'est-ce pas à la théorie des matérialistes que nous rapportons notre théologie , mais à celle des spiritualistes , calquée tout entière sur la première qui lui a donné naissance.

Nous avons commencé comme ont fait les premiers philosophes \ nous finirons par où ils ont fini , et la

marche que nous suivons dans le développement de la théologie ancienne est celle même qu'ont suivie les inventeurs. Les obj^ corporels ont long - temps occupé l'homme avant qu'il imaginât des êtres incorporels ; il a été lié aux objets visibles et sensibles par les sens longtemps avant de se perdre dans les abstractions d'un monde invisible , créé par son imagination. Il à honoré le grand Dieu, la cause universelle qu'il voyait, bien des siècles avant d'en supposer hors de lui un qu'il n'avait jamais vu et qu'il ne devait jamais voir. Il voyait le premier en lui - même ; il ne voyait le second que dans un autre être , le monde. Il connaissait le premier par le témoignage de tous ses sens ; le second , au contraire, n'était connu que par induction. Il voyait l'existence de l'un $ il ne pouvait que conclure celle de l'autre 5 et l'on sait que , chez le grand nombre des hommes , ce sont les sens qui ont l'empire le plus universel et le plus durable. Du sein de cet Univers visible la première et la plus ancienne divinité des hommes , celle qui a eu le plus d'adorateurs , soit dans sa totalité, soit dans ses parties , la métaphysique va faire éclore un nouveau monde , un nouveau Dieu tout intellectuel dont le premier a fourni le modèle , et qui en aura les mêmes divisions [89] , mais dans le sens le plus abstrait et le plus dégagé qu'il soit possible de la matière. Il y avait déjà bien des siècles que la force magique de la métaphysique avait créé ce nouvel ordre de choses , quand les Chrétiens rédigèrent leur théologie. C'est là l'opinion philosophique qu'ils adoptèrent de préférence, soit parce quelle était alors la plus à la mode, soit parce qu'ils crurent qu'elle honorait davantage la divinité, ou soit plutôt parce qu'elle était la philosophie religieuse des Orientaux , chez les-

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