‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 11 sur 97 · ET —— CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

ET —— CHAPITRE XXI

Nous voilà enfin arrivés au moment de l'autopsie [14], où l'esprit, ayant franchi tout ce qui est matériel et mortel, qui s’évanouit avec les ténèbres et les principes du mal dont l’origine est dans la matière , ne voit plus que la lumière divine, et ce monde intellectuel archétype qui était de toute éternité dans Dieu, et absorbé au sein

a ——————— (a) Plut. de facie, ii orb. p. 944. — (Bb) C. 20, v. 11.

de l'océan lumineux dont nos esprits sont sortis pour s'unir d’abord à l’ame , et ensuite au corps mortel. C’est dans ce lieu intellectuel , dit Proclus (a), qu'est le véritable ciel et le véritable règne de Saturne , de Jupiter, de Mars, etc. C’est donc là qu'on éprouve la véritable théophanie , ou, pour me servir des expressions de l’Apocalypse , que les élus ou initiés voient la face de Dieu (b) qui sera au milieu d'eux. Voilà cette cité sainte dans laquelle seront transportées les ames après la mort et après le jugement universel; cité dont, par avance, on se procurait la vue intuitive dans l'initiation de Pepuzza , Où tous les ansle prophète rassemblait les initiés pour y attendre l'apparition de la céleste Jérusalem. L'ame des initiés , effrayée par les tableaux affreux qu'on lui avait présentés dans les livres précédens pour l’intimider et lui faire redouter l'examen du juge terrible des actions des mortels, va enfin se reposer agréablement dans le séjour de la lumière et de la félicité, dont le prophète leur présente la délicieuse image, afin de piquer le désir par l'espérance et par la vue des nombreux biens qui sont réservés aux initiés fidèles aux devoirs qu'impose la sévére loi de l'iniuiation.

On lui donne le nom mystérieux de Jérusalem, qui , en langue d'initiation, signifie vision de la paix, suivant saint Augustin [15]. C’est ainsi que Babylone était le séjour des guerres et des désordres du principe de corruption, Ahrimane.

C’est au Dieu-soleil qui, sous le signe équinoxial de l'agneau, ature à lui les ames en divisant la matière grossière qui s'attache à elles, que les initiés doivent le RU CRE PR

(a) Procl. Comment. in Tim.L2,p.93.—(b)C.2,v.4;c.at, v. 3

CH

DE L'APOCALYPSE. 6 bonheur de s'élever déjà en esprit jusqu’au séjour heureux de la lumière, dans lequel ils seront un jour établis d’une manière inébranlable. Ce sont les mystères de l'agneau, qui , célébrés avec une ame pure et un cœur chaste, leur procureront cette jouissance préliminaire de la vue de la cité sainte qui les recevra un jour dans son sem, et leur prépareront après la mort un retour facile vers ; divinité. Tout ce qui est fragile et mortel a disparu ; J'Étre réel et éternel seul subsistera sur les débris du monde écroulé. Tel est le sort qui attend les enfans de lumière, les amis d'Ormusd, enfin les initiés qui ont rempli leurs engagemens , et dont les noms n’ont point été effacés du livre de l'initiation. Ils seront les seuls citoyens du nouveau monde où l’on est absorbé au sein du bonheur et de la lumière,

« Après cela, dit Jean (a), je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. Car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus.

» Et moi Jean (b), je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, qui, venant de Dieu, descendait du cie}, parée comme une épouse qui se pare pour son époux. » Et j'entendis (c) une grande voix qui venait du trône, et : qui disait : « Voici le tabernacle du Dieu avec les hommes, et il demeurera avec eux, ils seront son peuple, et Dieu, demeurant lui-mème au milieu d'eux , sera leur Dieu.

» Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux, et la mort ne sera plus. IL n’y aura plus ni pleurs, ni cris, ni afilictions , parce que le premier état sera passé. Je vais faire toutes choses nouvelles , dit celui qui est assis sur le trône (d). »

ee : (a) Goaï,v. 1. — (b) V. a. — (o) V. 3. —(d) V. 4.

Voilà donc l’homme établi dans un nouvel ordre de choses, différent du premier durant lequel il avait été soumis à l'empire des ténèbres et du mal, qui n'auront plus lieu dans ce monde, où règne le seul Ormusd, principe de lumière et de bien. Cette opinion philosophique est absolumént celle des mages, si on en croit Théopompe, cité par Plutarque (a), dont nous avons plus haut rapporté le passage. ,

Nous avons vu que les mages , après avoir fait la description des combats et des victoires alternatives d’Ormusd et d’Ahrimane, terminés par la défaite entière de ce dernier, supposent qu'Ormusd vainqueur établira les hommes dans un état de félicité éternelle ; qu'Ahrimane, après avoir fait beaucoup de ravage dans le monde, sera entièrement détruit et disparaîtra pour toujours ; que la terre changera de face; qu'elle ne présentera plus aucunes inégalités, et qu'elle sera habitée par une génération d'hommes parfaitement heureux, qui ne formeront qu'un mème peuple, qu'une seule ville, et qui parleront une seule langue ; qu'ils ne connaitront aucun besoin, et que leurs corps, tout lumière , ne projetieront aucune ombre. Ce sont bien, là les tableaux que nous à présentés l’Apocalypse dans les chapitres précédens , et que l’auteur achève de nous offrir dans ces deux derniers, à la suite de la description de ces combats, et de la défaite du mauvais principe, et de la victoire du Dieu lumineux qui a terrassé son redoutable rival, l’ancien serpent, et qui a pris place sur le grand trône blanc, devant qui la terre ancienne et le ciel

s’enfuirent.

mere fe

(a) De Isid., p. 370.

DE L' APOCALYPSE. * 265 ‘On retrouve la même opinion philosophique consacrée dans un poëme mistagogique des habitans du Nord, connu sous le nom de Voluspa, et qui, plus qu'aucun autre ouvrage, ressemble à l'Apocalypse par son obscurité et la monstruosité de ses tableaux. C’est une prophétesse qui parle, et qui, jetant un coup-d’œil sur les sphères (a), lesquelles roulent autour d’un profond centre, nous peint le débrouillement du chaos, le choc des deux principes , leurs combats , leurs victoires et la défaite du mauvais, qui combat aussi sous la forme de l’horrible serpent que le Dieu Thor, à tête de bœuf, défait enfin. Après quoi l’ancien monde est détruit , et fait place à un nouveau monde, peuplé d'habitans heureux, absorbés au sein de la lumière, | À Ta suite de plusieurs combats, dont nous ne donnerons point ici le détail, et dans lesquels il est aisé de reconnaître les combats d’Ahrimane et de ses génies contre Ormusd , désigné sous le nom d'Odin dans cette cosmogonie, on lit au verset 51 , ces mots : « Alors le Dieu Thor, fils d'Odin, attaque et tue l'énorme serpent ; et l'Univers est vide de combattans et de héros (b). » Le soleil s'éteint (c), la terre se dissout dans la mer. Les étoiles perdent leur éclat. La flamme dévorante atteint toutes les bornes de la création , et s’élance vers le ciel.

€ Mais du sein des flots, (d) dit la prophétesse, je vois sortir une nouvelle terre habillée de verdure. » Les ases [T6] s’assemblent sur l’Ida (e). Ils parlent de la destruction des forteresses célestes. Ils parlent de grandes choses dont Odin parlait autrefois, »:

(a) Nolusp.,/v. 1let.35,— (NV. Sue (ec) V, 52. — (d V, 53, ar (e) Ve 54.

Page 1