SC 20, V
pelé Livre de vie, sont jetés dans l'étang de feu avee j’enfer , la mort, le dragon et la bête et le faux prophète. Là seront ensevelis tous les làches (a), les incrédules, les exécrables , les homicides , les fornicateurs , les empoisonneurs, les idolàtres , les menteurs, dont le partage sera dans l'étang de feu et de soufre ; ce qui est la seconde mort. La ville sainte, dit-on ailleurs, n’est point pour les cyniques (2) , pour les empoisonneurs, les impudiques , les idolâtres , et pour quiconque aime et fait le mensonge. Il n’y entrera rien de souillé , ni aucun de ceux qui commettent l’abomination ou le mensonge (c).
Qui sont donc ceux qui y entreront? Les vrais amis de la lumière, les initiés aux mystères de l’agneau qui porte le soleil sur son dos, dans son triomphe sur les ténèbres [17]; énfin, ceux-là seulement , dit l'Apocalypse, qui sont inscrits (d) sur le Livre de vie de l'agneau. Heureux ceux, dit-on, qui lavent leurs vétemens dans le sang de l'agneau (e), afin qu'ils aient droit à l'arbre de vie et qu’ils entrent dans la ville par les portes ! Enfin les habitans de la nouvelle ville seront ceux qui ausont remporté la victoire sur le monde, sur leurs passions , et mérité, comme dit Plutarque (f), la couronne de la constance par l'empire qu'ils ont, durant la vie, assuré à leur raison sur la partie brute de l'ame, en réglant ses mouvemens désordonnés. C'est ce que promettait la philosophie, et ce que l'initiation exigeait des initiés, comme nous le faisons voir dans notre Traité sur
D ANR ER Re RS
(a) CG. ar, v. 8.— (b) C. 22, v. 15. — (c) C. a1, v. 17. (d) Cat, v. 27. —(e) G 22, v, 145 21, V9. = (f) Plutarch. de facie in orbe lunæ 914" |
les mystères en général. Nous avons vu également dans Platon (a) que les dicaiïous ou justes seuls, après avoir subi le jugement qui approuve leur conduite passée , prennent la droite du juge, entrent dans la route qui conduit en haut vers le ciel, et qu'après un repos de sept jours dans la plaine, leurs ames entrent le huitième jour dans un lieu élevé, où elles voient une immense lumière qui s'étend sur tout le ciel et sur toute la terre, formant une espèce de colonne lumineuse , assez sem blable, par ses couleurs, à l'iris, mais d’une lumière beaucoup plus éclatante et plus pure. Cette lumière est comme le lien de toutes les parties du ciel, et se déploie dans toute sa circonférence qu’elle enveloppe. C’est . de-là que partent les ames lorsqu'elles viennent animer des corps ; c’est donc là qu’elles retournent lorsqu'elles ont recouvré la pureté du feu simple qui fait leur substance. C'est l’éther libre ou cette lumière éthérée des pythagoriciens (b), dans laquelle ils supposent que les ames vertueuses , dégagées de toutes les souillures de la matière, passaient après la mort. C'était là le but de tous les travaux de la philosophie, et le plus grand fruit qu'on se promettait de l’art télestique ou des initiations. C'était là que les athlètes de la philosophie receyaient leur couronne, et que l'ame , rendue à son premier état, était associée à la divinité dont elle partageait la nature autant qu'il était en elle. Le monde actuel était pour l’homme un antre profond et ténébreux dans lequel il était livré aux maux de toute espèce ; c était en quelque
sorte la Babylone de l'Apocalypse. Le but de la philoso-
(a) De Republ. 1. 10, p. 614 et 616. — {b) Hierocles in anrea, V. 70, p. 311
To EXAMEN
phie et de l'initiation était de l’en arracher, de l'afran— chir de ses maux, de le rendre an séjour des véritables biens et de la splendeur éthérée où étaient les îles fortunées et le champ de vérité, où, pour me servir des termes d'Hiéroclès, l'ame tout entière voit la divinité (a), et acquiert une ressemblance avec elle. Le but unique de la doctrine platonicienne était d’épurer l'ame, de l'alléger du poids de la matière, afin qu’elle püt s'envoler vers les biens divins, et s'élancer à la mort vers son séjour primitif, aux champs de la lumière (b).
Ce lieu sublime dont nos ames, suivant Cicéron (CR sont émanées, et où elles doivent retourner, est placé au-dessus des sphères, dans un endroit brillant de la plus éclatante lumière. Là était un lieu marqué dans le ciel, où les citoyens généreux qui avaient sauvé leur patrie devaient vivre éternellement heureux. La justice et la piété seules pouvaient conduire au ciel, et nous associer aux ames vertueuses qui habitent ce séjour brillant du plus vif éclat, et qui est près de la voie lactée. C'était là cette patrie céleste qu'il fallait sans cesse fixer de ses regards, en méprisant tout ce qui est humain et mortel. C’est là cette demeure éternelle que l’on propose à Scipion d’envisager , et à laquelle la vertu seule peut le conduire en Jui donnant la véritable gloire. La meilleure manière d'y arriver, c'est de se détacher déjà ic1-bas des affections du corps , de sortir en esprit de cette prison, et de porter ses regards au-delà de ce monde et de la matière, afin qu’à la mort rien n’arrête l'essor de l’ame vers les régions
éthérées. Cicéron avait puisé cette doctrine chez les py-
(a) Hierocles in aurea, v. 70, p. 300. — (b) P. 310. — (c) Som Scip. e. 2-3-4-6.
DE L'APOCALYPSE. 71 thagoriciens et les platoniciens. Les images ou les emblèmes qu'on a pris pour nous représenter ce séjour lumineux ont varié. Cicéron le place dans la voie brillante qu'on appelle la voie de lait ou route des ames, composée de très-petites étoiles fort élevées au-dessus des autres astres , et des sept sphères, et qu'on ne peut apercevoir d'ici-bas, dit cet auteur (a).
Platon le met dans le huitième ciel ou au-delà des sept sphères , ce qui revient au même ; dans une colonne de lumière , semblable à l’arc-en-ciel , et qui s’étend ensuite dans les sept sphères représentées par les sept couches concentriques du fuseau des parques , dont Île sommet est au huitième ciel (b).
Clément d'Alexandrie (c) a également regardé cette prairie , dans laquelle les ames reposent avant d'entrer dans la lumière, comme figurant le ciel des fixes, lieu où régnent le calme etle bonheur, et digne d’être leséjour des ames vertueuses. Il entend par les sept jours le mouvement des sept sphères à travers lesquelles lame s’empresse d'arriver au lieu du repos. Leur réunion à la huitième formait l’ogdoade fameuse par laquelle on représentait le monde dans la théologie des valentiniens et des gnostiques (d). Ils l’appelaient aussi du nom mystique de mère, de'terre sacrée et de Jérusalem ; ce dernier nom est celui par lequel l’auteur de V’Apocalypse désigne aussi le nouveau monde-lumière. I paraît que les gnostiques et l’auteur de l’Apocalypse avaient pris cette dénomination allégorique dans les mêmes livres mystiques. Celui-ci n’a pas choisi le même nombre syr- TP RO er Ne OP VO ET RE
(a) Som. Scip., ce. 3. — {b) Plat. de Republ., 1 10, p. 616. — (e) Strom., 1. 5, p. Goo. —(d) Epiph., L 2, c. 3r, p- 85.
72 EXAMEN bolique ou l’ogdoade , nombre qui fait allusion aux sphères ; mais le nombre douze ou la dodécade, qui, suivant Timée, représente également le monde, et qui fait allusion à la fameuse division en douze parties relatives aux signes, au huitième ciel et au zodiaque, par où passaient les ames pour retourner à la vie ou à leur origine, comme on le voit dans Clément d'Alexandrie (a). On en aura la preuve dans l’examen que nous allons faire de la nouvelle Jérusalem et de ses rapports avec la sphère des fixes, et surtout avec le zodiaque et avec ses douze signes par lesquels passaient les ames, soit pour descendre, comme le disent Clément d'Alexandrie et Macrobe (b), soit pour remonter à leur principe, comme l’assure Clément au même endroit où il explique les travaux d'Hercule. C’était d’ailleurs, suivant Macrobe (c), dans la sphère aplane ou des fixes, et conséquemment où est le zodiaque , que l'antiquité avait assigné aux ames pures leur demeure. On ne sera done point surpris que nous comparions la nouvelle Jérusalem avec le zodiaque et ses divisions, et cela même dans un monde intellectuel, puisqu'il était larchétype du monde visible, et qu'il avait intellectuellement tout ce que celui-ci avait matériellement. Suivons ces rapports que nous croyons exister entre les dimensions de la ville sainte, et avec le monde archétype lumineux sur qui fut formé: celui-ci. Car c'est dans le monde Noétos, dit Proclus, qu'est le véritable ciel, et que sont les véritables Dieux planétaires. « Venez, dit l’ange au prophète, et je vous montrerai l'épouse qui a J'agneau pour époux (d).
(a) Clem. Alex. Stromat., 1. 5, p. 599. — (b) Som. Scip., 1 1,0 12, ps 47. 2 (ce) C. 11, p. 46. — (d) GC. ai, v. 9, eto.
» Et il me transporte en esprit (a) sur une grande et haute montagne , et il me montre la ville sainte, la sainte Jérusalem , qui descendait du ciel , venant de Dieu, illuminée de la clarté de Dieu (db); et la lumière qui léclairait était semblable à une pierre précieuse , à une pierre de jaspe transparente comme le eristal.
Cette ville (c) n’a pas besoin d’être éclairée par le sleil ou par la lune, parce que c’est la lumière de Dieu qui l’éclaire , et que l’agneau en estla lampe. Les nations marcheront à la face de sa lumière (d), et les roïs de Ja ierre y porteront leur gloire et leur honneur. Iln'y aura (e) point de nuit. On y apportera la D n et l’honneur des nations (f).
Rappelons-nous ce que dit Scipion, lorsqu'il montre à son petit-fils le séjour des ames, le lieu où les grands hommes et les chefs des peuples, couverts de gloire , doi-
vent un jour retourner. C’est dans un lieu élevé et tout éclatant de lumière, qu'il lui montre le séjonr des ames, où ces grands hommes, ces chefs des peuples doivent vivre éternellement heureux : 7 excelso, pleno stellarum , illustri et claro loco. Ce sont ces étoiles que nous verrons bientôt représentées par des pierres d’une couleur analogue. C’est la colonne de Platon , brillante de toutes les couleurs de l'iris. C’est dans un lieu élevé que Daniel (g), dans une vision divine, se trouve placé lorsqu'on lui fait voir la nouvelle Jérusalem et le nouveau temple qui vont être rebâtis ; fiction absolument semblable à celle de l’auteur de l’Apocalypse, qui l’a copiée et l’a placée également à la suite de la défaite de Gog et de Magog.
(a) Car, v. 10. —(b) V, 17. = (ce) V. 23. — (d) V. st (e) V. 25. = (f) V. 26. — (g) Daniel, c. 40, v. 2.
C’est pareillement dans le lieu le plus élevé de la terre, au-dessus de nos régions élémentaires, que Platon (a} met son élysée, la terre des bienheureux, terre pure, placée dans un ciel pur où sont les astres ; dans cette région , dit Platon , qu’on appelle æther, c’est-à-dire, dans la même région où nous avons vu que Pythagore et Cicéron plaçaient le séjour des ames vertueuses. Le véritable ciel n’est pas celui que nous voyons à travers les couches épaisses de l’air. C’est dans cette région sublime, à laquelle notre nature ne nous permet pas d'élever notre vue , qu'est le véritable ciel, la véritable lumière et la véritable terre, dont toutes les parties élémentaires ont une perfection incomparablement supérieure à celle de la terre ténébreuse que nous habitons , dans laquelle reflue , comme dans un profond gouffre, tout le sédiment de la matière , l’eau , l’air et les ténèbres. Ce serait, dans le style de Apocalypse , la grande Babylone qu ihabite au milieu des eaux, et dans laquelle on ne* trouve que corruption , tandis que la première terre , cette terre sublime que couvre le véritable ciel, est la terre céleste, le séjour des bienheureux, la sainte Jérusalem , notre véritable patrie , d’où nous sommes exilés, et dans laquelle la vertu seule peut nous ramener. C’est un langage de franc-maçonnerie religieuse ou d'initiation , où tout est allégorique. Dans la terre que nous habitons, dit Platon (b), tout est altéré, vermoulu, dégradé. Il n’y naït rien qui ait quelque valeur ; on n’y trouve , comme dans la mer, que du limon et du sable. Il n’y a rien qui puisse être mis en parallèle avec les beautés qu'étale la surface de la terre. Mais, dans le même rapport, celles-ci sont
(a) Plat. Phæd., p. 109. — (b) P. 110.
infiniment inférieures à celles des productions de cette partie supérieure placée dans la région sublime de l’éther. Les couleurs y sont d’un éclat plus pur et plus vif que celles qu'emploient nos peintres , lesquelles n’en sont qu'une faible image (a). Ces différentes couleurs forment différentes nuances sur la surface de cette terre, et y répandent une agréable variété, On pourrait comparer cette terre aux sphéroïdes ou balles à douze faces , distinguées chacune par une couleur différente ; mais ces couleurs sont infiniment plus éclatantes que celles de cette boule. Une face présente l’éclat vif de la pourpre ; une autre celui de l'or; celle-là un blanc éblouissant ; ainsi des autres couleurs qui en varient la surface. Ces douze couleurs du sphéroïde auront bientôt leur application aux douze pierres qui nuancent les douze faces de la ville sainte de l’Apocalypse. Toutes les productions de cette terre heureuse , continue Platon , Ont un degré de perfection qui les rend infiniment supérieures aux nôtres , dans la même proportion. Les pierres précieuses y sont infiniment plus belles ; les sardoines, les émeraudes , les jaspes et toutes les autres pierreries y brillent d’un éclat infiniment plus pur, et sont d’une transparence beaucoup plus lumineuse. Toute cette terre en est ornée ; elles mêlent leur éclat à celui de l'or et de l'argent. La réunion de ces beautés forme un des plus beaux spectacles dont jouissent les bienheureux (b). Les habitaus de cette terre fortunée ne connaissent point les maladies ; leurs organes ont une perfection infiniment supérieure aux nôtres. Les Dieux habitent véritablement nn
(a Plat. Phæd, p. 110, — (b) P. 111. *
parmi eux. Îls vivent et cenversent avec eux, et ils jouissent de toute espèce de félicité.
C'est dans cette région supérieure (a), dans cette habitation pure, que, délivrés de cette terre inférieure où nous sommes pendant la vie comme dans une prison, passent ceux dont le grand juge a approuvé la sainteté de la conduite. De ce nombre sont ceux que la philosophie a suffisamment purifiés ; ceux qui ont paré leur ame de ses véritables ornemens , qui sont la tempérance, la jusce, la force, la liberté et la vérité. Nous ne suivrors pas plus loin la description que fait Platon de la terre des bienheureux et de ses habitans vertueux qui ont leur séjour dans la région la plus élevée du monde, et dans les champs lumineux de l’éther où est le véritable ciel et la véritable terre. Nous allons maintenant mettre en comparaison la description de la cité sainte , de la Jérusalem qu'habitent les hommes vertueux, dans une terre nouvelle et sous un ciel nouveau. On verra que Platon et l’auteur de l’Apocalypse ont puisé aux mêmes sources, dans les livres de la mysticité orientale.
« L'ange me transporta en esprit, dit le prophète Jean (8), sur une haute montagne, et il me montra la ville, la sainte Jérusalem, qui descendait du ciel, venant de Dieu,
» Iluminée de la clarté de Dieu (c); et la lumièré qui l'éclairait était semblable à une pierre précieuse, à une pierre de jaspe transparente comme du cristal. » C’est le firmament de cristal que nous avons vu plus haut (c. 4), ou l’éther de Platon.
Elle avait une grande et haute muraille (d) où il y
(a) Plat. Phæd., p. 114.— (Bb) C. 21, v. 10, —(c) V. 11. — (d) V. 12.
avait douze portes et douze anges , un à chaque porte, où il y avait aussi des noms écrits qui étaient les noms des douze tribus des enfans d'Israël. C’est le sphéroïde à douze faces colorées, dédecascutos sphaïra de Platon, auquel il compare la terre des bienheureux placée dans les sublimes régions de l’éther.
« Cette ville avait trois portes (a) à lorient, trois portes au septentrion , trois portes au midi, et trois portes à l’occident. »
Et la muraille avait douze fondemens (b) où sont les douze apôtres de l'agneau.
La ville est bâtie en carré (c), aussi longue que large et que haute, ou de deux mille stades en tout sens.
C'est-à-dire qu'elle forme une masse cubique , dont la division duodécimale est la dimension.
La muraille (d) est de cent quarante coudées. C’est le carré de cette même dimension , ou douze fois douze.
Gette muraille était bâtie de jaspe (e), et la ville d'un or pur semblable à un verre trés-clair.
Et les fondemens de la muraille (f) de la ville étaient ornés de toutes sortes de pierres précieuses. ’ C'est la terre sublime de Platon, qui est ornée de jaspes , d'émeraudes , de sardoines et autres pierreries qui mêlent leur éclat à celui de l’or » COMME nous avons vu ci-dessus.
Le premier fondement (g) , continue Jean , était de jaspe.
Le second était de saphir.
Le troisième de calcédoine.
(a) C. a1, CAE Dies (D) Vo r4 — (ce) V. 16. — (d) V. 17. — (e) V. 18. — (f) v. 19, — (g) V, 19.
Le quatrième était d’émeraude.
Le cinquième était (a) de sardonix.
Le sixième était de sardoine.
Le septième était de chrysolite.
Le huitième était de berylle.
Le neuvième était de topaze.
Le dixième était de chrysoprase.
L'onzième était d’hyacinthe.
Le douzième d’améthyste.
« Or, les douze (b) portes étaient douze perles, et chaque porte étaitifaite de l’une de ces perles, et la place de la ville était d’un or pur comme du verre transparent. »
Le Seigneur Dieu tout-puissant.et l'agneau habitent cette ville et en sont le temple (c). « Elle n'a pas besoin d’être éclairée par le soleil ni par la lune , parce que c’est la lumière de Dieu qui l’éclaire , et que l'agneau en est la lampe (d). » Ses portes ne ferment point chaque jour, parce qu'ilnya point de nuit (e).
Examinons maintenant la configuration de cette ville, À distribution et ses rapports avec l'archétype lumineux du monde visible, qui a été calqué sur le modèle éternel , placé'au sein de la lumière des êtres réels, dont les êtres apparens ou le monde visible ne sont qu'une image obscure.
D'abord la division duodécimale se remarque dans toutes les dimensions de la nouvelle cité, et cette division est celle du ciel et des douze signes.
Elle était tellement représentative du monde, que le: anciens pythagoriciens , qui représentaient tout par de: PAR D ele iQ er
(a) C. 21, v. 20. — (b) Var. — (c) V.22..— d) Y. 23.— (e) V. 25.
nombres et des figures, avaient choisi le dodécaëdre ou solide à douze faces pour représenter le monde, comme on peut le voir dans Timée de Locres. « Le dodécaèdre s dit-il, est l’image de l'Univers (a). »
L'astrologie l’avait retracée partout. Les anciens astrologues , dit Hÿgin , ont rappelé presque tout au nombre douze (b) , soit pour le nombre des mois , Soit pour celui des heures, soit pour l'étendue des signes. [ls ont voulu que les signes d’où ils tiraient des pronostics de tout, fussent au nombre de douze.
On divisait en douze parties la largeur comme la longueur du zodiaque; ce qui forme la dimension de cent quarante-quaire de la grande muraille de l’Apocalypse. |
On avait divisé également la circonférence du ciel en douze parties , appelées douze lieux ou demeures ) qui étaient la base des spéculations astrologiques. L’horoscope était le premier de ces lieux (c).
.… On avait aussi une autre division par douze (d), qu’on appelait duodécatémories.
On peignait même de différentes couleurs (e) ces différens lieux astrologiques , à peu près comme la boule ou balle marquetée de Platon. L'horoscope et le septième Jieu après l'horoscope étaient blancs, le second et le douzième verds, etc.
Îl y avait aussi ce qu’on appelait des douzièmes (f), qui étaient la douzième partie de chaque signe, et conséquemment qui donnaient cent quarante-quatre douzièmes pour tout le zodiaque ou le carré de douze.
(a) Platon, t. 3, p. 93. — (b) Hygin, I. 4, ©. 6. — (c) Firmic. , 1. 2, € 18, etc., p. 51. —(d) L. 2, €. 15. — (e) Salmasius, ann. Climat., P. 67. — (f) Tetrabibl. Ptolem. , 1. 1 7 C. 92.
Le cercle de l'horizon (a) était également divisé en douze vents, sur lesquels influaient les douze signes , | ainsi que le monde en douze termes ou régions. Les vents, trois par trois, répondaient à l'intervalle des quatre divisions , orient , nord , occident , midi.
Ilya, dit un astrologue , douze vents, à cause des douze portes du soleil , par lesquelles sortent ces vents et que cet astre fait naître. Ces portes sont sans doute les douze signes, les douze portes du ciel.
Simon Joachitès (b), d’après les principes de l’ancienne cabale, confirme notre opinion sur le sens de cette expression mystique de l'Univers ou du monde.
Au milieu des sept triades d’intelligences , dont quatre répondent aux points orient, occident, midi et nord, on place un temple saint, auguste , qui soutient tout. Il y a douze portes, sur chacune desquelles est un signe du zodiaque qui y est sculpté et formé, et distribué suivant une ancienne combinaison. Le premier est aries, c’est-à-dire , l'agneau fameux, chef des douze signes du zodiaque des Perses , et ici chef de la ville sainte à douze portes. Ce sont là aussi, continue l’auteur, les douze chefs ou modérateurs qui ont été rangés suivant le plan de distribution d’une ville et d’un camp (c). Ce sont les douze anges qui président à l’année, et une de leurs fonctions est aussi de présider aux douze termes ou divisions du monde , continue toujours Simon Joachites.
C'est cette ville mystique, distribuée suivant le plan que nous offre le camp des Hébreux, que nous avons vu
(a) Aulugelle, 1, 2, c. 22. Compil. astrol. Leopold. Austriæ ducis,
p 44. Venetiæ 1520. (b) Kirker. OEdip., t. 3, p. 109 et 116.— (a Prr 6.
plus haut , que nous présententici l’Apocalypse et Simon Joachitès. C’est l'Univers lui-même , le tabernacle ou la tente de la divinité. C’est ce que nous annonce l’Apocalypse par ces mots : « Voyez le tabernacle de Dieu avec les hommes (a). »
La division de ce camp, dont le tabernacle occupe le centre , outre les sept planètes , Contient encore , comme nous l'avons vu, douze cases distribuées chacune sous un signe du zodiaque, qui porte inscrit le nom d’une tribu, comme ici chaque porte de la ville sainte a pour inscription le nom d’une tribu (b). Les douze tribus et les douze signes y sont rangés sur les quatre faces d’un quadrilatère , comme ici les portes de la ville sainte ; et ces faces , composées de trois cases ou signes , regardent les quatre coins du monde , et les quatre vents dont l’intervalle est rempli par deux autres ; ce qui fait trois pour chaque face.
Psellus , dans son livre des Génies ou des Anges qui président à l’ordre du monde , les groupe aussi trois par trois , faisant face aux quatre coins du monde.
Mais on sait que , d’après les principes de l'astrologie, chaque signe du zodiaque présidait à une région de la terre ; et nous avons dans le poëme astrologique de Manilius (c) un exemple de cette distribution de la terre en douze parties , soumises chacune à l'aspect d’un signe,
La division duodécimale du ciel astrologique imprima ; son caractère à tout, comme nous l'avons fait voir au premier livre de notre ouvrage, et principalement aux distributions politiques. Marsilius Ficin observe, avec
(a) G. 21, v. 3. — (b) V. 12, — (e) Manil. , L 4, v. 541. TOME VI. 6
raison (a), que Platon , dans la distribution de sa ville, admet le nombre duodénaire comme fondamental, à cause qu'il y a douze sphères, douze signes , etc. Ces douze sphères sont les quatre élémens et les huit sphères supérieures.
Effectivement , Platon divise tout le terrain de sa République () en douze portions égales. Il donne à chaque tribu une de ces portions ; chacune a son stratège ou chef militaire, ce qui fournit les douze stratèges (ce). Ces douze siratèges représentent les douze modérateurs on chefs dont parle Joachitès ci-dessus ; les douze anges tutélaires de la sainte cité de l’Apocalypse, etc.
Platon veut que chacune de ces divisions soit sous la tutèle d’un des douze grands Dieux, comme chaque fondement de la ville de l’Apocalypse est consacré aux douze apôtres, et chacune de ces portes gardée par un ange; ce qui fait douze anges. Chaque tribu prend le nom de la divinité tutélaire qui la préside, comme dans le camp des Hébreux. Les Dieux que omme Platon, tels que Vesta, Jupiter , Minerve, étaient au nombre de ces douze grandes divinités que les anciens avaient établies sur chaque figure du zodiaque comme divinités tutélaires (d). La priorité fut donnée aux trois premières divinités qui présidaient aux trois principaux signes de la révolution solaire, à Vesta qui présidait le capricorne ou le signe’ du solstice d'hiver , d’où partait l’année du temps de Platon ; à aries ou à l'agneau équinoxial
présidé par Minerve , et au lion de la tribu de Juda, ou
a ———— (a) Kirker, OEdip., t. 3, p.217: — (b) Euseb. præp. Ev. L. 12, c. 47, p. 616. —(c) Plato de Leg. 1. 5, p. 746. — (d) Manil., L 2,
à DR V. 490
DE L'APOCALYPSE. 35 au signe qui était le domicile du Dieu-soleil , et que Jupiter ou le premier Dieu présidait.
® Platon (a) veut que chaque tribu nomme douze jeunes gens qui aient leur poste chaque mois dans une de ces portions , de manière à les parcourir circulairement pendant un an ou pendant une révolution solaire , en commençant d’abord leur marche vers la droite , etil appelle 1a droite lorient,
Platon (8) fait voir les rapports de sa distribution avec les besoins de la religion et avec l’ordre de la Nature. De même , dit-il, que nous avons divisé toute notre ville en douze parties ou tribus, de même nous sous -divisons chaque tribu en douze autres parües. Nous avons vu plus haut que l'astrologie admet cette seconde division des signes qu'elle appelle douzièmes (c) ; ce qui donne une seconde division du zodiaque en douzièmes on cent quarante-quatre parties, comme ici on a douze douzièmes de tribus : nombre consacré aussi dans l’Apocalypse , c.21,V. 17. La muraille y a cent quarante-quatre coudées.
Nous devons donc, ajoute Platon, regarder ces parties (d), (moïras, c'est aussi le nom qu'on leur donne en astronomie ) comme un don sacré de Ja divinité : puisqu'il suit la division de la révolution du ciel et des mois. Ainsi la ville est sanctifiée par cette correspondance établie entre le ciel et elle ; et cette sympathie naturelle la conduit au même ordre. Platon veut également qu'il y ait des fêtes instituées et des sacrifices faits , chaque
mois , aux Dieux ou aux fils de'Dieux, qui sont tut-
ad Te Cr lt Cr à
(a) Plato de Leg. 1. 6, p. 560. — (b) L.6, p
+ 7714 — (c) Ptolom.
Létrabils, Lit, ce 30. (4) P: qi.
GX
8/4 EXAMEN laires de la grande division et de la sous-division duodécimale.
Au commencement du livre huit de ce même ouvrage (a), il porte une loi qui établit troïs cent soïxantecinq sacrifices en honneur des Dieux oudes génies, nombre égal à celui des jours des mois ; et de plus , une autre loi qui ordonne douze grandes fétes pour les douze grands Dieux qui ont donné leur nom à chaque tribu , afin que chacun d’eux ait une solennité , des danses et des chœurs dans un des mois de l’année, aux temps qui leur sont spécialement consacrés ou qui leur sont convenables.
On voit, par ce dernier passage, combien les Chrétiens ont emprunté de Platon pour la distribution des douze fêtes de leurs douze apôtres.
Je me suis étendu sur cet endroit de Platon pour faire sentir au lecteur combien les divisions astrologiques du monde ont influé sur les distributions , soit réelles, soit fictives et mystiques des anciennes cités. Aussi Proclus (b) nous dit-il expressément, et nous en avons fait voir la vérité ailleurs, que les plus grands législateurs ont toujours cherché à mettre une grande ressemblance entre les distributions politiques et l’ordre du monde.
Ces idées naquirent en Égypte et en Orient où l'on donnait au ciel une si grande influence sur la terre, influence qu'elle n’était capable de recevoir qu'autant qu’elle avait elle-mème des rapports analogiques avec la Nature et avec la distribution des cieux.
Il n’est done pas étonnant que l'auteur oriental qui nous a donné le plan de la cité sainte, de la Jérusalem céleste, dans laquelle les ames vertueuses devaient pas-