‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 14 sur 97 · NON, ARR ER RE SR EEE ES · texte numérisé non relu

NON, ARR ER RE SR EEE ES

(4) Ptolom. Tetrabil., p. 828. — (b) Proclus , comm. in Tim., p. 4.

DE L APOCALYPSE, 65 ser, n'ait été guidé par le même génie astrologique dans la distribution de la cité qu'il fait éclore de son imagination , et qui d'ailleurs était dans le monde archétype, sur lequel celui-ci fut modelé. Si Platon nous eût donné dans son Phædon (a) une description détaillée de la ville des bienheureux dans sa terre céleste , il n’est pas douteux qu'il n'eûüt suivi le plan idéal qu’il a tracé dans son livre des Lois. Mais il convient lui-même qu'il abrège la description de ces habitations, et que ce n’est pas là le heu de la faire.

Lucien , qui est entré dans plus de détails que Platon sur la ville des bienheureux et sur les délices et les riches productions de l’élysée, a construit sa ville sur l'ordre du monde, et à pris pour modèle de sa division celle des sept sphères, que nous avons dit plus haut, en parlant de l’'Ogdoade, la Jérusalem des gnostiques, être aussi une expression du monde. Sa ville d’ailleurs ressemble assez à celle de l'Apocalypse, si ce n’est qu'il a pris la distribution des sept sphères plutôt que celle des douze signes pour modèle. Voici ce que dit Lucien (b): Nous arrivons dans une prairie située dans une île qu'on appelle l’île des bienheureux, où régnait Radamanthe. Les gardiens du lieu nous erchaînent de fleurs et nous conduisent à son tribunal. Ils nous demandent pourquoi, vivant encore, nous étions venus. dans ce lieu sacré. Nous lui coniâmes notre aventure. Il fut décidé qu'un jour, après notre mort, nous serions punis de notre curiosité ; que pour le moment , nous pourrions rester et converser dans cette prairie avec les héros ; mais pas

(a) Plato Phæd., p. 114. — (b) Lucian. Hist. veræ, LL 2,t.1, D79, ei

plus de sept mois. On se rappelle que le repos d'Er Îe Pamphylien est de sept jours dans la prairie ; après quoï, les ames ont ordre de partir pour se rendre dans Îles champs de la lumière.

C’est l'échelle mystique aux sept portes, dont parle Celse dans Origène (1. 6), à travers lesquelles passaient les ames, jusqu'à ce qu'arrivées au sommet elles irouvassent la huitième qui les introduisait dans le paradis d'Ormusd ; ce qui signifie simplement que les ames des justes pénètrent les sphères des planètes, et vont jouir d’un repos éternel dans la huitième sphère , qui est le ciel suprème. :

Les sept mois écoulés, continue Lucien (a), nos liens de fleurs tombent d'eux-mêmes, et nous passons de la ville au festin des bienheureux. C’est, dans l’Apocalypse, aux noces de l’agneau (b).

Lucien nous fait la description de cette cité bienheureuse. Elle est toute d’or comme celle de Jean (c), qui nous dit que Jérusalem est d’un or transparent.

L’enceinte de la muraille était de pierre d’émeraude. Celle de Jean était de jaspe. Ce n’est pas la même pierre, mais la même idée. È

Elle à sept portes, nombre égal à celui des planètes (d): Celle de Jean en a douze , nombre égal à celui des signes. C’est une expression différente de la même idée. Cette ville à sept portes ressemble à celle que Cadmus , se mariant avec Harmonie (e) après la défaite de Typhon par Jupiter, bâtitsous Le nom de Thèbes sacrée,

et à qui il donne sept portes ; chacune desquelles est con-

(a) Lucian.,t. ir, p. 551. — (b) GC. 19, v. 9. — (ce) CG. 21, v. 18. — (d) Lucian., p.552. — (e) Nonn. Dionys., k 5, v. 54.

DE L APOCALYPSE, 57 sacrée à une planète, à commencer par la lune et à finir par Saturne.

Cadmus, dit Nonnus (a), chercha à imiter la construction du ciel avec ses sept sphères ; il voulut avoir «sur là terre une image de l’Olympe. L'auteur lui donne l’épithète de la ville sainte, iéron astu, que Jean donne aussi à la sainte Jérusalem (2). Maïs elle est bâtie sur le lieu où se couche la vache ou le bœuf, dans le lieu où périt Orion piqué par le scorpion, parce que cette fiction est d’une époque ancienne , où le taureau était le premier des signes.

La ville sainte des bienheureux de Lucien est la même chose ; il est même avantageux pour nous que Lucien ne se rencontre pas avec Jean pour la distribution ; ce qui prouve qu'il ne l’a pas copié. IL a pris un autre emblème de la même idée, et c’est une double preuve de la soli. dité de notre explication. | |

Dans la ville de Lucien (ec), le sol et le pavé sont d’ivoire. Les portes sont d’une seule pièce et de bois précieux de cinnamome.

La pierre berylle et l'améthyste, dont parle l'Apocalypse, entrent dans la construction des autels et du temple. L'auteur y a étalé tout le luxe des fictions orientales et des romans persans et arabes. Ce luxe se reconnaît aussi dans l’Apocalypse et dans la ville sainte que créa l’imagination de l’hiérophante Jean. Nous allons en revenir à celui-ci et décomposer sa magnifique construction.

Les fondemens de la muraille de cette ville étaient ornés de toutes sortes de pierres précieuses. Le premier

-fondement était de jaspe, etc. (d).

(a) Nonn. Dionys., v. 64. — (b) V. 85, — (0) Lucian, p. 752. — (DiGanseraget re

Nous avons déjà remarqué que cette muraille jaspée avait les mêmes divisions que le zodiaque, cent quarantequatre parties où cent quarante-quatre coudées allégoriquement, Nous avons déjà aussi pareïllement vu le zodiaque , ou les mois qui y répondent, désignés par des pierres précieuses rangées trois par trois dans la superbe couronne de Junon , dont nous avons indiqué plus baut la description dans un passage de Martianus Capella. Les pierres y sont, comme ici, disposées trois par trois , à raison de la division des saisons : elles ne sont pas toutes précisément les mêmes qu'ici ; mais il y en a plusieurs qui sont les mêmes, telles que {e jaspe, l'émeraude , l'hyacinthe , etc. , ete. L'une, dit l’auteur , était tirée de la tête du cancer ; l’autre, des yeux du lion , celle-ci du front des gémeaux , etc. , allusion manifeste aux signes du zodiaque. La teinte de couleur de chacune était analogue, ajoute encore l’auteur, à celle de la terre dans les différentes saisons , tantôt couverte de verdure, tantôt jaune de moissons , tantôt blanche de neïge, etc. Ainsi l'hiver, saison des eaux, fut représenté par trois pierres , d’une eau pure non colorée , telles que l’hyatide, le diamant et le cristal. Nous ne pouvons guère douter que le même génie mystique qui créa la couronne aux douze pierres précieuses qui parent le front de Junon , et qui les groupa trois par trois comme les signes des saisons, n'ait aussi orné les fondemens de la ville sainte, dont les quatre faces sont percées de douze portes, trois par trois pour chaque face. Ce n'est pas au reste seulement une conséquence à laquelle nous conduit le génie connu de ces siècles; car Martianus Capella écrivait dans les premiers siècles de l'Église : nous avons quelque chose

de plus précis encore, Ces pierres sont presque toutes

DE L'APOCALYPSE. 89 les mêmes que celles du rational du grand-prètre des Juifs (a), qui, comme la ville sainte , formait un quadrilatère sur lequel ‘elles étaient rangées trois par trois. Sur chacune de ces pierres était gravé le nom d’une des douze tribus.

Dans l’Apocalypse (b) ce n’est point sur les pierres précieuses que sont gravés les noms des douze tribus, mais sur chacune des portes. Sur les pierres qui forment les douze fondemens , étaient gravés les noms des douze apôtres d’aries ou de l'agneau ; ce qui revient au même.

Tous ceux qui nous ont donné le sens mystique de ces douze pierres et la raison de cette distribution trois par trois, y ont vu un emblème des douze signes du zodiaque et des saisons, comme dans la fameuse couronne dont nous avons parlé plus haut. C’est le sens symbolique qu'y attachent Clément d'Alexandrie , Josèphe et Philon, c'est-à-dire, les auteurs Îles plus instruits des antiquités judaïques , et qui connaissaient mieux le génie mystique des Orientaux. |

Le savant Clément d'Alexandrie (ec), expliquant les emblèmes dont les Égyptiens ses compatriotes et les Juifs, à leur imitation, s'étaient servis pour peindre la Nature et ses agens, nous dit que l’habit du grand-prêtre figurait le monde sensible ; que cinq pierres précieuses étaient destinées à représenter cinq planètes , et deux escarboucles, la lune et Saturne ; que les trois cent soixantecinq sonnettes suspendues au bas de sa robe tout autour, désignaïent l’année. Les deux émeraudes de l’éphod représentaient /e soleil et la lune, les deux principaux agens NE AE PR le RD 0 PRES MS

(a) Exod. c. 28, v. 179; ce, 39, v. 10 et 11. — (b) GC 21, v. 12, 144 — == (c) Stromat., [. 5, p. 564 et 565,

9o EXAMEN

de la nature génératrice. Quant au rational appliqué sur la poitrine du grand-prètre , ajoute Clément, il est une image du ciel (a); et les douze pierres qui y sont placées et rangées trois par trois sur un quadrilatère, désignent le zodiaque et les quatre saisons de trois enr trois mois. On ne peut rien dire de plus précis et qui justifie mieux l'explication que nous avons donnée des pierres qui forment les fondemens de la ville à quatre faces et aux douze portes , rangées trois par trois comme celles du rational, et comme les signes du quadrilatère représentatif des douze enseignes des douze fils de Jacob, dont nous avons parlé plus haut.

Au témoignage de Clément d'Alexandrie (b) se joint celui du juif Josèphe, dans ses Antiquités judaïques. Ce savant auteur, voulant prouver, comme Clément d’Alexandrie, que le temple de Jérusalem, dans sa distribution et ses ornemens, ainsi que les habits du pontife, représentaient la Nature et toutes ses parties, et qu'ainsi le législateur des Juifs était un homme divin, puisque tout le cérémonial et l'appareil du culte qu'il avait établi représentait eu quelque sorte tout le monde, explique le sens mystique des différentes parties du tabernacle.

Après avoir dit que les douze pains de proposition, rangés six par six ou sur deux colonnes, l’une à droite et l’autre à gauche, représentaient les douze mois de l’année ; que Le chandelier à sept branches, composé de septante parties, représentait les douze signes à travers lesquels les planètes font leur cours ; que les sept lampes désignent les sept planètes ; après l'explication du voile de quatre couleurs destiné à désigner les quatre élémens,

(a) Stromat., 565. — (b) Josèphe, Antiq. judaïq. L 3 , ce, get c. 8

de Ja tunique du grand sacrificateur et'de léphod , il s'explique le sens mystique que renferme le rational et les pierres précieuses qui l’ornent , et dont il nous a donné la description dans le chapitre précédent.

Le rational (a), dit Josèphe, appelé essen par les Hébreux, et logios ou oracle par les Grecs , est une pièce d’étoffe semblable à celle de l’éphod , c’est-à-dire, un tissu teint de différentes couleurs et mélangé d'or, pour imiter les couleurs de la Nature, et surtout celle de la lumière dont l'or est le symbole. Sur cette pièce d'étoile nommée rational ou oracle, étaient attachées douze pierres précieuses d’une si grande beauté, qu'elles n'avaient point de prix. Elles étaient placées sur quatre rangs de trois chacun, séparées par de petites couronnes d'or. Dans le premier rang était la sardoine, la topaze et l’émeraude ; deuxième rang, rubis, jaspe, saphir ; troisième rang, lncure, améthyste, agathe; quatrième rang , chrysolite, onyx, berylle.

Ces pierres, comme on le voit, sont presque toutes les mêmes que celles de PApocalypse. S'il y a quelque différence dans.deux pierres du troisième rang, c'est peut-être une dénomination différente de la même espèce de pierres. |

Sur chacune de ces pierres, continue Josèphe, était gravé le nom d’un des douze fils de Jacob, chefs des tribus , et ces noms étaient écrits selon l’ordre de leur naissance.

Ces douze pierres précieuses, ajoute plus loin Josèphe, désignent les mois ou les douze signes, figurés par ce cercle que les Grecs nomment zodiaque.

(4) Josèphe, Antiq. judaiq., L 3, c. 8.

Les deux sardoines qui servent d’agrafes pour fermer l’éphod, et sur chacune desquelles sont gravés, en langue hébraïque , les noms des douze fils de Jacob, six sur chacune d’elles, marquent le soleil et la lune.

Voilà encore un témoignage bien précis pour justifier notre explication. Joignons-y celui de Philon, Juif trèsinstruit, et qui avait étudié la théologie mystique de son pays (a). Il parle en plusieurs endroits de ce rational qu’il appelle une imitation et une image des astres lumineux qui sont dans le ciel, ou, comme Clémeni

‘d'Alexandrie, une image du ciel.

Philon, dans la vie de Moïse (b), apres avoir parlé des deux émeraudes où étaient gravés les noms des douze chefs des tribus, six sur chacune , et qu’il regarde comme deux symboles , soit des deux hémisphères, soit du s0leil et de la lune, explique ensuite l’ornement pectoral ou le quadrilatère sur lequel étaient rangées, trois par trois , les douze pierres précieuses. Il prétend que c'était une représentation des douze astres ou signes du zodiaque ; et que cette distribution , faite trois par trois, indiquait visiblement les saisons, le printemps, l'été, l’au-

tomne et l'hiver, qui sont chacune de trois mois qui.

répondent à trois signes du zodiaque, et le partagent en quatre parties de trois signes chacune, dans les quaire

conversions de soleil, suivant une marche ou rapport

constant et divin. La variété même des couleurs des:

pierres, dont aucune ne ressemble à l’autre, sert à ex: primer la différente nature et les propriétés variées des:

signes. Car le zodiaque, dit Philon, imprime aux élé-:

(a) Philon, de Somn., p. 463.— (b) Vita Mosis, 1. 5, p. 518 el 519-520.

mens , à l'air, à l’eau et à la terre, à leurs qualités ou modifications variées, aux animaux et aux plantes, une couleur analogue à la nature de chaque signe. Nous avons vu dans Martianus Capella une opinion à peu près semblable sur la raison des teintes des différentes pierres, qui, groupées trois par trois, composent la couronne de Junon, et qui, par leur nature, expriment le caractère des saisons et les teintes différentes que prend la nature élémentaire durant une révolution solaire. C’est une opinion fort ancienne que celle des influences du zodiaque sur les élémens et sur leurs qualités. « Le principe actif des générations est tout ce qui est au-dessus -de la lune, dit Ocellus Lucanus (a), et surtout le soleil qui, par ses allées et ses retours , change continuellement l’air en raison du froid et du chaud ; d’où résultent les changemens de la terre et de tout ce qui ent à la terre.

» L'obliquité du zodiaque , qui influe sur le mouvement du soleil, favorise encore ces changemens. C’est encore une cause de génération (b). v

De-là est née l'opinion générale , que toute la nature sublunaire est soumise à l’action des douze signes , et qu'il n’y a pas, comme disent les rabbins astrologues , de plante sur la terre qui n’ait sa constellation et son asire qui lui crie : Croissez. C’est d’après cette croyance où l’on était de l’action impérieuse des douze signes et des intelligences qui étaient censées y présider , sur les plantes, sur les pierres, sur les métaux , sur les couleurs, sur les animaux, sur les qualités élémentaires , sur Phomme , sur les parties de son corps , que les anciens

or

(a) Ocel. Lucan., c. 2. — (b) Ibid., \ELE

dressèrent des tables astrologiques qui contiennent tous ces rapports de la nature sublunaire avec le ciel, et surtout avec le cercle de vie ou vivifiant, appelé zodiaque. Nous avons tracé ici à côté une de ces tables, d'autant plus curieuse , que les douze pierres précieuses qui correspondent à chacun des signes, sont précisément les mêmes que celles de l’'Apocalypse, et qu'elles se suivent dans le même ordre, sans aucune transposition quelconque. D'où il sera aisé de conclure que l’auteur de l’'Apocalypse , en construisant sa ville sainte appuyée sur le ciel des fixes et sur le zodiaque, a consulté un de ces livres de l’astrologie orientale, dont les Arabes firent tant de cas, et dont ils ont, ainsi que les cabalistes , conservé les principes fondamentaux. Afin que cette comparaison puisse se faire plus facilement, je vais tracer cette table que l’on trouve dans J'OEdipe de Kirker. En comparant ce tableau cet celui de l’Apocalypse, et les séries des pierres qu'ils renferment, on verra que ce sont absolument les mêmes pierres rangées dans le même ordre successif, et qu'il n'y a de différence que dans la manière de compter la série | 18 |. L’Apocalypse commence par 18 jaspe, et finit par l'améthyste; au lieu que c'est par l’améthyste que commencent les Arabes , et que c'est par le jaspe qu'ils finissent. Du reste l’ordre est le même : l’un compte en montant, et l'autre en descendant; l’un suit l’ordre des signes , qui est celui des planètes ou du mouvement autre, comme l'appelle Platon (a); etl’auire, celui du ciel des fixes et du firmament où est le zodiaque, ou du mouvement un et. toujours le mème. C'est celui du ciel ou du monde dont l’Apocalypse donne ici la des-

(a) Plato im Tim.

DE L'APOCALYPSE, 95 cription. En comptant un où l’un des deux tableaux marque douze, on est sûr de trouver Îles mêmes pierres , dans le même ordre absolument , sans aucune espèce de transposition. Îl n’en résulte d’ailleurs , pour le fond de l’allégorie, aucune différence : et le rapport des pierres -de l’Apocalypse avec les divisions astrologiques et avec les douze signes , dont l'intelligence première ou le chef est Ammun chez les Arabes, et l'agneau, premier des signes dans l’Apocalypse , me parait prouvé sans réplique.

Nous ne verrons donc point avec Augustin (a), dans. les douze pierres, les différentes vertus des saints caractérisées par ces pierres ; mais les vertus et les qualités que l'astrologie attribuait aux douze signes , et par lesquelles elle caractérisait leur influence sur la nature sublunaire , pendant les douze moistde l’année.

Kirker(b), de qui nous tirons cette table astrologique, cite un passage d’Abnephius, auteur arabe ; Qui vient à l'appui de ce que nous venons de dire sur cette théorie des influences, qui faisait la grande science des Orientaux, et qui a imprimé son caractère aux Ouvrages mysiques venus de ces pays. 3 « Les Égyptiens , dit cet auteur arabe, ont divisé le cercle du zodiaque en douze forts ou citadelles , dont le premier est occupé par aries. (C’est l'agneau chez les Perses.) Le génie bienfaisant qui y préside est Ammon , chargé de l'administration de toutes les choses qui lui sont soumises, telles que les élémens, les animaux, leurs propriétés et leurs opérations, ete. » C’est cette iable que donne ici Kirker, qui contient la chaîne de correspondance des choses terrestres avec les douze signes , et

D at ba

(a): Augustin, t. 6, p. 301. — (b) Ofdip.,t.2, parsa, p. 158.

96 EXAMEN qu'il nous donne, dit-il, d’après le génie des anciens Égyptiens et les monumens arabes d’où il l’a tirée.

Nous sommes d’autant plus en droit de chercher dans le zodiaque l'explication des douze fondemens de la ville sainte , dans laquelle passent les ames lorsqu'elles retournent à leur-principe, à la lumière incréée d’où elles étaient sorties, que nous avons déjà vu le passage de Clément d'Alexandrie (a), qui nous dit que c’était par ces signes et en les parcourant tous douze, que l’ame vertueuse retournait à son origine ; et que par ces douze demeures se faisait l’analepse ou retour des ames. Ce que dit Clément est justifié par la doctrine des Manichéens sur le retour des ames vers le ciel ou vers la demeure lumineuse qui doit les recevoir.

«Le père vivant, dit Tirbon (b) à Archélaüs, voyant que l'ame était afiligée dans le corps, en eut pitié et envoya son cher fils pour la sauver. Ce fils vint ; il prit la figure d’un homme , quoiqu'il ne füt pas homme en effet, et que le vulgaire crût qu'il était né. Dès qu'il fut arrivé, il construisit une machine pour le salut des ames. Cette machine est une roue à laquelle sont attachés douze vases. Lasphère fait tourner cette roue , laquelle enlève dans ses vases les ames des morts. Le grand astre, qui est le soleil, les attire par ses rayons, les purifie et les remet à la lune , jnsqu'à ce qu'elle en soit toute pleine. La lune , remplie d'ames , s’en décharge dans le soleil ; puis elle en recoit aussitôt d’autres , par le moyen des vases qui descendent et qui montent sans cesse. Et lorsqu'elle a remis ces ames aux /Æous (aux intelligences) du père , elles demeu-

(a) Clem. Alex. Strom., 1. 5, p. 5go. — (b) Beausobre, Hist.

Manioh.,4t,2,1l 7, c. 6, p.500:

DE L'4POCALYPSE. : 97

vent dans la colonne de lu gloire, qui est appelée l'air parfait. Cet air parfait est une colonne de lumière » parce qu'il est tout rempli d’ames purifiées. »

Cette colonne de lumière (a), cet air parfait dont parle ici l’auteur manichéen, est évidemment cette colonne lumineuse, semblable à l’'ris où à l’arc-en-ciel , dans lequel Plaion fait passer les ames vertueuses après le jugement et après un repos de sept jours dans la prairie, comme nous l'avons vu plus haut. C’est aussi l’éther libre ou la lumière éthérée de Pythagore , dans laquelle il place l’élysée ou le séjour des bienheureux (b). |

Enfin c’est bien là cette cité sainte , la Jérusalem céleste , illuminée de la clarté de Dieu , telle que la représente l’Apocalypse (c).

Ce sont différentes expressions, divers emblèmes du séjour lumineux qui recoit les ames qui ont bien vécu. et qui ont été suflisamment purifiées.

L'auteur de l’Apocalypse , ayant adopté dans son ouvrage les principaux dogmes dés Manichéens qui étaient ceux des mages, et entre autres le système des deux principes, et tracé l’image de leurs combats et de leurs victoires successives , il n’est pas étonnant quil en ait aussi conservé lés allusions astrologiques. Car il est évident que la roue à douze vases » qui enlève avec elle les ames des morts et qui Îles fait passer dans la colonne de gloire et de lumière , après qu'elles ont élé épnrées dans la lune et dans le soleil » que

\ cette grande roue est le zodiaque par lequel se faisait | cette analepse où retour des ames, le zodiaque appelé

|, (a) Plato, de Republ. 1.10, p. 616.—(b) Hieroëles aurea Carm. : V. 70, p. 311:— (oc) C. 21, v. 11 et 23.

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