‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 15 sur 97 · TOME vi · texte numérisé non relu

TOME vi

SJ

chez les Hébreux la grande roue des signes , rota sionorum (a). | |

L'auteur de l’Apocalypse (b) désigne sa ville céleste par le nom de tabernacle, lorsqu'en montrant la ville, sainte, il dit : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes où il demeurera avec eux. » Or, ce motest le même par lequel l’auteur du Pimander , ouvrage attribué à l'Égyptien Hermès , nomme le zodiaque. 7 abernaculum istud, dit-il, zodiaco cireulo constitutum , qui ex duodenario constat (c).

Les Orientaux, observe judicieusement Beausobre (d), sont. en général, fort mystiques. Ils se servent d'emblèmes et de figures pour représenter leurs pensées. Prendre ces emblèmes à la lettre , c’est prendre l'ombre pour la réalité.

Les Manichéens (e) avaient leurs figures, et celle de la roue à douze vases et à douze seaux présente une idée simple du zodiaque et de ses douze signes. La sphère qui fait tourner la roue est la sphère suprême qui passait par le premier mobile. C'est une ancienne idée des philosophes, que le ciel gouverne la terre, et que les anges des planètes et des étoiles , dispensant tout ce qui arrive ici-bas , président sur la naissance et la mort des animaux etsur les événemens qui ne dépendent pas de la liberté des créatures intelligentes. Le gouvernement céleste est ce qu'ils appelaient destin ; et comme le mouvement du ciel, dont il dépend , est circulaire, les anciens l’ont comparé à une roue.

(a) Hyd. Comm. ad Ulughbeig, p. 29et 30. Riccioli, t. 1, 402. — (b) CG. 21, p. 3. — (c) Hermes in Pæmandro. — (d) Beausobre, t. 2, p. 5or. — (e) P. 5o3.

Clément d'Alexandrie (a) remarque qu'il y avait dans les temples égyptiens une roue qu’on faisait tourner, et que cet hiéroglyphe était une image du destin et des révolutions qu'il cause dans notre monde ; idée simple dans la supposition presque généralement reçue que les intelligences célestes qui résident dans les astres gouvernent le monde inférieur. J’ajouterai à ces réflexions du savant Beausobre une autre considération fondée sur l’analogie : c’est que, si Platon a divisé son instrument de fatalité, qui descendait du sommet de la lumière éthérée jusqu à terre, en sept couches concentriques d’un fuseau que tiennent les parques au-dessus des cieux, les Manichéens ont pu prendre le zodiaque au lieu des planètes , et figurer la fatalité qui en dépend par une roue à douze vases, comme Platon par un fuseau à sept cercles, celle qui dépend des sept planètes. Enfin , comme Platon fait passer les ames vertueuses dans la colonne de lumière où roule le fuseau, les Manichéens ÿ ont pu faire circuler le sommet de leur roue à douze vases, et Jean ÿ établir les fondemens de sa ville à douze portes, dans Jaquelle se rendent les ames purifiées.

Les douze vases dans lesquels sont enlevées les 1mes vers le ciel , et qui les versent dans le soleil, et de-là dans la colonne de lumière , répondent aux douze portes de la ville sainte (b), par lesquelles les ames vertueuses de l’Apocalypse entrent dans la cité lumineuse de l'agneau. Les douze apôtres qui y président , et qui ont leurs noms écrits sur les fondemensde la muraille, répondent aux ons des Manichéens qui comptent aussi douze de ces éons ou

(a) Strom. , p. 538. — (h) C. ar, v. rr et 12, v. 14. n +

intielligences , qu'ils appellent les douze gouverneurs (a). Ce sentles douze grands Dieux des Égyptiens , des Grecs et des Romains, dont le premier , Jupiter Ammon , emprunteles attributs d’aries.Car nous croyons que les douze grands Dieux de l'antiquité, les douze apôtres de l’agneau , les douze fils de Jacob, les douze autels de Janus, les douze pains de proposition , la couronne de Junon aux douze étoiles, les douze rayons de la couronne d’Apollon sont autant d'emblèmes relatifs aux douze signes et aux douze intelligences qui y président. Ces douze gouverneurs ou ÉOnS des Manichéens , qui font passer les ames purifiées dans Îa colonne de gloire et de lumière, sont aussi les douze modérateurs de la ville sainte, par laquelle les cabalistes représentaient le monde , et dont nous avons parlé plus haut, en citant le passage de S1mon Joachitès. Les cabalistes et les rabbins avaient adopté les principes de l’astrologie orientale (b). « Toutes les étoiles servent aux planètes, disaient-ils, et les sept planètes aux douzes signes du zodiaque. » Aussi avons-nous vu ces deux nombres sept et douze, ou ceux des planètes et des signes combinés avec les constellations éxtra-zodiacales , entrer à chaque page dans la composition de cet ouvrage.

Tous les signes du zodiaque , ajoutent-ils encore (c), servent à la nouvelle lune et à la génération des hommes, et c'est par eux que Île monde subsiste. C’est là certainement l’origine de la fiction de la roue et des douze vases qui versent les ames dans la lune et dans le

soleil. Cet astre , en parcourant les douze signes , préside

(a) Bcausobre > C. 2, p. 504. — (b) Pirke Eliez, c. 6, p. 9. — (c) P. 14.

sur toutes les révolutions. C’est lui qui, rassemblant ici les particules des ames, et là les séparant, fait tourner la roue (a) qui produit les révolutions des ames, et en général celles de toute la Nature. Ilest en cela secondé par les intelligences qui forment son cortége et qui président aux douze signes auxquels il s’unit, appelés tantôt Dieux, tantôtapôtres, tantôtéons, etc. On trouve à la fin des œuvres de Clément d'Alexandrie des traces de cette opinion sur le rapport des signes et de leurs intelligences avec les apôtres ; et on peut regarder comme une identité ce que l'auteur semble n'avoir pris que comme objet de comparaison. Le Valentinien Théodote (8) y dit : « Que les douze apôtres tiennent dans l’Église la place que les douze signes du zodiaque tiennent dans la Nature ; et que ceux-ci sont les minisires de la génération , comme les premiers le sont de larégénération. » Effectivement, c’est par les douze signes, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois d'après Clément, que se fait la régénération. des ames ou leur retour au principe lumineux dont elles émanent. On faisait dire aux Manichéens, dans la formule d’abjuration (c): « Que Dieu qui est assis dans le ciel retire les ames de ce bas monde par le moyen du soleil et de la lune. » Alexandre de Lycople ajoute que ces deux planètes font cette opération par la génération et la dissolution continuelle des corps. Par-là elles séparent sans cesse les parties de la vertu divine d’avec la matière, et le soleil les attire et les élève par la force de ses rayons (d).

6] e e Dès que l’on avait conçu les ames comme des parties

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(a) Beausobre. t, 2, p. 5o4.—(b) Eclog. Theod. c. 26.—(c) Beausobr., t.2, p. 505. — (d) S. Épiph., ad Hæres., c. G6, p. 275.

de lumière et des parties très-subtiles qui sont engagées $eï-bas dans une matière grossière , il a été facile d'imaginer que le soleil les sépare de cette mauère par le mouvement qu'il y excite, qu'il les élève , et qu'en les élevant , il en détache les parties grossières et pesantes qui s’y étaient attachées. C'était surtout au soleil équinoxial de printemps que l'on attribuait cette vertu attractive, lorsque le Dieu-soleil s'unissait à aries ou à l'agneau, suivant Julien que nous avons cité plus haut; et cette doctrine faisait la base des mystères du Dieu aux sept ‘rayons. C'était par le point de l'horizon où le soleil se lève le jour de l’équinoxe, point auquel nous avons déjà placé le trône de l'agneau , que les Manichéens faisaient passer les ames (a) pour être remises aux douze éons qui les faisaient entrer dans la colonne de gloire et de lumière. L’allusion à l’équinoxe par où se fait la régénération, ou à l'agneau équinoxial, avait été conservée. dans leurs fictions.

L'allusion à ces douze éons, à ces douze vases, à ces douze signes, etc., avait été aussi conservée dans les mystères de la Grèce , où l’on faisait revêtir douze robes à l'initié, recouvertes du manteau olympique (b) chamarré de diverses couleurs, et où étaient peintes des figures d'animaux, tels que des dragons, etc., image symbolique du ciel étoilé et du zodiaque , autrement de l’Olympe. Le nouvel adepte qui le portait tenait de la main droite un grand flambeau, et avait une couronne de palmier, dont les feuilles faisaient autour de sa tête une espèce de gloire ou de disque orné de rayons. C'était, sans doute, les rayons de la lumière incréée, éternelle ;

(a) Epiph., c. 66, p. 277. — (b) Apulée. Metam., 1 11, p4 202.

de cette lumière que l’on divisait en douze parties, suivant Manès (a) ; division qui, dans les cérémonies mystiques, et dans les ornemens religieux des adorateurs de la lumière, fut retracée par toutes sortes d’emblèmes. |

Les moines , en Orient , portent une ceinture à douze nœuds (b).

Le philosophe ‘cynique Menedeme (c), dont parle Diogène Laërce, qui se vantait d’avoir une vocation divine pour reformer le monde, portait un chapeau d’une grandeur prodigieuse , sur lequel étaient figurés les douze signes, et dans cet équipage il courait parmi le peuple en criant qu'il venait des champs élysées ; tant il y avait de liaison entre l’élysée et le zodiaque qui occupe le huitième ciel, et par lequel passaient les ames pour re tourner à l’éther libre et aux champs lumineux de l’é - Iysée. Nous n’insisterons pas davantage sur ces rapports, et surtout sur ceux de la ville sainte dont les fondemens sont les mêmes pierres que l'astrologie affectait à chacun des douze signes du zodiaque, rangées dans le même ordre et distribuées comme les saisons et les signes. Nous croyons avoir prouvé jusqu’à la démonstration cette correspondance du ciel visible et du ciel archétype, dont le premier est l’image, avec la cité sainte et lumineuse dont douze portes forment l'entrée, qui retrace partout la division duodécimale, et dans laquelle Les ames vont jouir du repos éternel, réunies à leur principe. En conséquence, nous passerons au vingt-deuxième et dernier chapitre.

(a) Apud. August. Cont. Epis. Fundan, c. 12. — (b) De vet. Pers. Rel. Hyde, p. 351. — (e) Laërtius, 1. 6.

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