‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 21 sur 97 · TOME VI · texte numérisé non relu

TOME VI

rius (a), le point de départ du soleil dut être le même que celui de l’année, mesuré par sa révolution. Il était censé rétrograder lorsqu’après avoir parcouru [à moitié du ciel par son mouvement en déclinaison , il revenait sur ses pas et parcourait une seconde fois le même espace , mais en sens contraire.

Il paraît d’ailleurs qu’on a dû placer originairement le commencement des signes , ou la première maison du soleil , au solstice d'été , avant de la fixer à l’équinoxe. La méthode qu’on a dû suivre dans la première division des cieux, semble favoriser cette conjecture. Les observations des ombres solsticiales et celles des amplitudes ont été vraisemblablement les premières qu’on aitfaites, parce qu'elles étaient les limites naturelles du mouvement en déclinaison, et qu'il a été plus simple de commencer à diviser par une des extrémités de ce mouvement, que par le point du milieu : c’est l'opinion de M. Goguet (b). Olaüs Rudbeck, dans son Atlantide (c), nous apprend que c'était suivant cette méthode que les anciens Suédois réglaient leur année. Enfin Simplicius (d) atteste que ce fut par des observations sur ces apparences du coucher et du lever du soleil que les premiers hommes reconnurent son mouvement.

Cette conjecture , née de la nature mème des choses, se trouve confirmée par l’ordre que mettent plusieurs auteurs anciens dans l’énumération qu'ils font des douze signes (e). C'est presque toujours du solstice d’été qu'ils commencent à compter. Plutarque nous donne une divi-

(&) Porphyre de Ant. Nymph., p. 264 — (b) Goguet, t. 1, p. 223. — (c) Olaüs-Rudbeck, t. 1, c. 5. — (d) Simpl. de cœlo, L. 2, c. 46.— (e) Aratus Hygin, 1. 4, c. 5.

siondu zodiaque , dans laquelle il met le cancer à la tête des autres signes , ensuite le lion (a), etc. Le calendrier de Géminus, qui est une description du mouvement annuel du soleil dans le zodiaque , déterminé par des levers et des couchers d'étoiles, fixe pareillement le point de départ du soleil au solstice d’été (b). Le calendrier de Ptolémée part également du mois Thot (c) qui répondait originairement au solstice d'été où commençait l’année égyptienne au lever de Sirius. Hipparque (d) commence aussi sa distribution du zodiaque par le cancer, le lion , ete. ; c’est-à-dire , qu'illa fait partir du solstice d'été. Le commentaire sur Âratus, attribué à Ératosthène , fixe aussi au solstice d’été le premier signe du zodiaque (-). Le premier des travaux d'Hercule était sa victoire sur le lion solsticial. Enfin, Achille Tatius dit positivement que c’est au solstice d'été que commence le zodiaque (f). En voilà assez pour prouver que le solstice d'été a dù être originairement le point de départ du soleil et le commencement du zodiaque [35], et que eonséquemment on n’a pas pu dire que le soleil , qui commençait là sa carrière , eût rétrogradé ou revint sur ses pas. Nous avons insisté sur la détermination du lieu où le soleil a été censé commencer à rétrogader , afin de faire voir que la place que nous assignons au cancer est celle qui lui convenait le plus naturellement. De tous les emblèmes astronomiques , c'est celui dont le sens se présente le plus à découvert, et où l'équi- ————————— (a) Plut. de Placit. Phil, L r, c. 6. ‘lheon. ad Arat. Phœnom. ; p. 164. — (b) Gemin., c. 16. Uranol. Petav., p. 36. — (c) Ptolem. Uranol., p. 403, Petav. — (d) Hipparch. Uranol. Petav., P: 120. — (e) Eratosth. Uranol. Petav., p. 142.—(f) Achill. Tat. Uranol. Petav.,

voque est moins à craindre. Il était donc important de bien fixer sa place, puisqu'elle seule, bien déterminée , règle nécessairement celle des autres.

Un mois après que le soleil a quitté le solstice d'hiver, et qu’il commence à se rapprocher du peuple égyptien , il reprend alors la force qu'il avait perdue ; les productions de la terre acquièrent cette vigueur qui précède la maturité ; déjà les campagnes jaunissantes attendent la faulx du moissonneur. On peignit dans les cieux un lion (a), soit comme le symbole de la force que la végétation a déjà acquise, soit parce que la couleur de cet animal est celle des moissons dorées : fulyi leones , flavæ aristæ [38].

Il ne s'écoule tout au plus que quatre mois en Égypte entre les semailles et les moissons; c’est ce qu'atiestent Diodore (b) et tous les autres voyageurs. Les blés sont fermés dans la haute Égypte dès le mois de mars ou au commencement d'avril. Dans notre système, le signe de la vierge répondait alors à la plus grande partie du mois de mars , etles moissons commencçaient tous les ans sous ce signe, éloigné précisément de quatre signes du commencement de l’année rurale ou du temps des semailles. On ne crut pouvoir mieux déterminer cette époque intéressante de l’agriculture égyptienne qu'en peignant dans le ciel trois épis, nombre égal à celui &es décans, ou en y dessinant une jeune moissonneuse qui tient à sa main un épi [39]. Voilà donc encore un des emblèmes les plus sensibles des opérations agricoles, qui trouve ici sa place naturelle. Le défaut d'accord de la moisson-

neuse avec l’état de l'Égypte dans les derniers âges, avait

(a) Diod., L 1. — (b) Ibid. ?

fait refuser à ce peuple l'honneur de l'invention du z0diaque et de l’astronomie, quoique Îa voix presque unanime de toute l'antiquité lui en eût attribué la gloire, et qu'il ait, plus qu'aucun autre peuple, laissé des monumens de sa grandeur et de ses connaissances astronomiques. Dans notre nouvelle hypothèse, chaque signe reprend sa place , et le peuple égyptien trouve la justification de ses droits dans les titres même qu'on lui opposait.

Le signe de la balance, qui suit la vierge , annonce une époque aussi importante dans l’année astronomique que les épis symboliques dans l’année rurale ; et il s'accorde encore de la manière la plus heureuse avec l’état du ciel dans l’époque que nous assignons à l’origine du zodiaque. L'égalité des jours et des nuits, la division égale de ia lumière et des ténèbres , ne put être désignée par un symbole plus naturel et plus simple que par celui d’une balance (a). On placa donc cet emblème dans la division du zodiaque, qui répondait à l’équinoxe de printemps , celui des deux équinoxes qui, dans tous les siècles, a semblé fixer de préférence l’attention de tous les peuples. La place que nous lui assignons ici lui convient done au moins autant que celle où l’on avait supposé qu'il fut mis originairement ; supposition qui devient chimérique quand on fait attention que l’astronomie était inventée long-temps avant que les astérismes de la balance pussent répondre à l’équinoxe d’automne.

Quelques personnes ont cru que la figure de la balance était une invention moderne et l ouvrage des flat= teurs d "Auguste ; mais la balance se trouve dans les mo-

(a) Hyde de vet. Pers. Rel., p. 39r. Isidor. Origin., L 3, c. 47.

numens égyptiens et indiens qui précèdent de bien des siècles l’âge d’Auguste ; on la voit sur le zodiaque indien qui se trouve dans les Transactions philosophiques. Tous eeux qui ont donné les noms des douze signes du zodiaque chez ces peuples, y nomment la balance. Z'olam, dit le Gentil, désigne une balance romaine (4); la mème constellation s'appelle en pelhvi tarazou; quisignifie aussi balance suivant Anquetil. C’est au lever de la balance que la cosmogonie des Perses fixe l’introduction du mal ou l'approche de la mort de la Nature (). Ce signe portait ce nom, même chez les Romains avant Auguste. Varron, le plus savant des Romains, dit formellement que les signes du zodiaque étaient des symboles significaufs , et qu'entre autres la balance avait été placée dans les cieux pour désigner l’équinoxe (c). Cicéron, qui traduisit à dix-huit ans le poëme d’Aratus, l'appelle jugum , traduction de dzugos, balance , nom qu'elle portait chez les Grecs et dans Geminus (d), qui écrivait du temps de Sylla, suivant le père Petau ; cet auteur emploie aussi le mot de chélaï, comme Ptolémée ; ii paraît qu’on disait l’un et l’autre. La raison de cette double dénomination vient de ce que Îles étoiles du scorpion s'étendent jusque dans Îa division qui appartient à Ja balance, et que souvent on a mis cette balance dans les pinces de cet animal. De-là le nom de chélai ou serres donné au signe de la balance ; mais originairement la balance y était placée entre les mains d’une femme semblable à celle qui occupe le signe de la vierge. C’est ainsi

ne en,

(a) Gentil , Voyage aux Indes, t. 1, p, 249.—(b) Zend. Avest., t.2,

p. 420. — (c) Varro, de ling. latin. , 1. 6. — (d) Genin. Petav. Uranol., ps etp.12, 17.

NE télé jé Où

qu'on la trouve dans une foule de monumens anciens :

flumana est facies libræ, dit Manilius, liv. 2, v. 529. Libripens enim , ajoute Scaliger, in Astrothesüs figurabatur : ali tamen a virgine gestari volunt (a). Aussi quelquefois la balance fut peinte seule et séparée des serres du scorpion. Achille Tatius dit positivement que le nom de balance était celui que les Égyptiens donnaient “à ce signe (b). Chelæ, dit-il, ab Ægyptüs vocatæ jugum. Ce symbole appartenait donc à la sphère égyptienne, de beaucoup antérieure au siècle d'Auguste. Hipparque, qui vivait plus d’un siècle avant ce prince , l'appelle aussi dzugos (c). I est donc incontestable que la balance est un symbole astronomique aussi ancien que tous les auires ; et que, s’il a été inconnu à quelques peuples, ce ne fut certainement pas au peuple égyptien à qui nous rapportons ces emblèmes astronomiques. Il était important de bien constater l’antiquité de ee symbole, parce qu’il est un des plus expressifs. L'image d’une balance mise précisément à trois signes de l’écrevisse, est un des argumens les plus forts de notre système sur la position primitive des douze signes du zodiaque.

Le signe qui suit la balance est le scorpion ; il répondait alors au mois d’avril et au commencement de mai, ou du second mois qui suivait l’équinoxe de printemps. L'idée que présente naturellement cet emblème est celle du venin ou de quelque maladie; et il est assez vraisemblable que les anciens, dont tous les calendriers étaient météorologiques , après avoir peint dans les cieux

meme emmtrsentasenmcsaréérgmeeneneinanenme arsenal

(a) Theon ad Arat. Phæn., p. 117. —(b) Achill. Tat. Uranol. Petav., P: 96. — (0) Hipp. Uranol. Petav. , 1. 3, p. 134.

les principales époques de l’année astronomique et rurale, auront aussi tracé les phénomènes périodiques de leur climat. Les calendriers de Geminus et de Ptolémée, réglés sur des levers d'étoiles, ne contiennent que les annonces de la pluie, du vent, et en général de toutes les variations de l'air qni semblent se renouveler tous les ans. Comparons donc le scorpion symbolique avec état de l'air en Égypte dans ce mois-là, pour trouver le sens de cet emblème. Pluche , dans son Histoire du ciel (a), appuyé de l'autorité de Drapper, de Maillet et de Wansleb , nous dit que presque tous Îles ans il souflle en avril un vent d'Éthiopie , furieux et pestilentiel, qui porte partout le ravage. Il semble assez simple de regarder le scorpion, reptile malfaisant, comme l’emblème naturel de ces vents chargés de vapeurs dangereuses. su

Il ne nous reste plus qu’à chercher le sens du dernier signe, celui du sagittaire, dans lequel on avait peint seulement un arc et un trait prêt à être lancé, comme il paraît par le zodiaque indien et par le nom que les Perses donnent à ce signe, qu'ils appellent l'arc (b); les Indiens le nomment la flèche ou vünasp (c), ou dhanoussou. Il me semble que la rapidité du trait fut l'image la plus naturelle de celle des vents , et qu’on voulut par-là désigner le retour des vents étésiens qui commencent à soufller dans le mois qui précède le solstice d'été et le débordement du Nil, dont on les croyait la cause. Le débordement , dit Pluche (d) , était toujours précédé par

(a) Pluche, Histoire du ciel, t. 1, p. 37. — (b) Zend. Avest. t. 2,

p. 349. — (c) Le Gentil, Voy. aux Indes, t. 1. p. 247. — (d) Pluch. Hist, du ciel, t. 1, p. 40.

un vent étésien qui, soufilant du nord au sud vers le temps du passage du soleil sous les étoiles de l’écrevisse, pressait les vapeurs vers le midi, et les amassait au cœur

du pays d'où venait le Nil; ce qui y causait des pluies abondantes, grossissait l’eau du fleuve, et portait ensuite l'inondation dans toute l'Égypte. Pluche n’a fait ici que

traduire Plutarque (a) et le fragment d’un ancien auteur, imprimé à la suite d'Hérodote (p. 607).

Mais on pourrait donner encore un autre sens à ce symbole. Chez un peuple guerrier, tel que fut le peuple égyptien , et qui, après ses récoltes, n'avait plus rien à faire , parce que le Nil allait inonder tout le pays, n’est-il pas vrasemblable qu'il aura pu destiner à porter la guerre chez l'étranger un temps pendant lequel la nature même de son climat l’eût réduit à l’inaction? C’est l’idée que pourrait faire naître un arc et un trait, symbole usité chez ce peuple pour désigner la guerre : 4rmatus homo sagittam jaculans, dit Horus-Apollou (b), tu-. multum significat. D'autres, en effet, y peignaient un

‘faisceau de traits ou un carquois. Cette dernière interprétation s'accorde assez avec ce que nous dit Manilius (1 3, v. 625 et suiv.) sur les travaux de l’homme aux approches du solstice d'été [40].

Cancer ad æstivæ fulget fastigia zonæ….

Tunc et bella fero tractantur Marte cruenta ,

Nec Scythiam defendit hiems. Germanica siccä Jam tellure fugit , Nilusque tumescit in arva. Hic rerum status est, cancri cum sidere Phœbus. Solsüitium facit, et summo versatur olympo. :

(a) Plat. de Lsid., p. 366. — (a) Hor. Apoll., L.2, c. 8.

Ces idées sur le sagittaire ont été adoptées par les asirologues , et sous ce signe naissaient les guerriers.

Necnon Arcitenens primâ cm veste resurgit ,

Pectora clara dabit bello , magnisque triumphis

Conspicuum patrias victorem ducet ad arces.

(Manilhus , 1. 4, v. 559.)

Quoi qu'il en soit, quand mème nous ne saisirions pas toujours au juste l’idée qu’on a voulu présenter par ces douze emblèmes, il suflit qu'il s’en trouve plusieurs dont le sens soit si naturel, qu'il ne puisse souffrir d’équivoque ; car, comme nous l'avons fait observer , la place d’un seul, bien déterminée, fixe nécessairement celle de tous les autres. Tout ce qu’on pourrait conclure de l’insuflisance de l'explication de quelques-uns de ces signes, c’est que l'intelligence du sens qu'ils renferment dépend de l’histoire naturelle de ce pays, des occupations de ces peuples et du préjugé qui leur faisait attribuer certaines qualités à tels ou tels animaux. Maïs il est plusieurs de ces emblèmes dont le sens est très-clair et l'application très-naturelle ; telle est la balance placée x un équinoxe, l’écrevisse ou l’animal rétrograde à un solstice, le bœuf à l'ouverture des travaux rustiques, une fille qui porte un épi, placée au mois des moissons ; trois figures aquatiques répondant aux trois mois du débordement ; en voilà beaucoup plus qu'il n’en faut pour déterminer la position primitive des astérismes ou constellations du zodiaque, considéré comme le calendrier astronomique et.rural d’un peuple savant et agricole tout ensemble. Ce qu'il y avait de plus essentiel à prouver, c'est qu'il s'accorde parfaitement avec l’agriculture de l'Egypte, tandis qu'il est aussi d'accord avec la position

des points solsticiaux et équinoxiaux dans le ciel à une certaine époque. IL résulte de-là que non-seulement il convient à l'Égypte, mais encore qu’il ne convient qu'à elle seule, par la raison que les opérations agricoles de ce pays suivent presque l’ordre inverse de celui qui a lieu dans les autres climats ; de manière qu'il est difficile qu’un calendrier rural qui convient au peuple égyptien puisse convenir à quelque autre peuple que ce soit. Nous conclurons donc que c’est avec raison que les anciens écrivains firent honneur à l'Égypte de l'invention des sciences astronomiques.

En vain nous objecterait-on ici qu'on peut supposer une autre position de sphère où les signes des moissons et du labourage s'accordent également avec l’agriculture des autres climats. On ne doit pas oublier qu'il ne suflit pas que cet accord ait lieu pour la terre; qu'il doit encore avoir lieu pour l’état du ciel, et qu'il n’y a pas ici une foule de combinaisons à essayer ; il n’y en a que deux. Si on ne met pas avec nous l’écrevisse au solstice d'hiver et la balance à l’équinoxe de printemps, on sera obligé de mettre le premier de ces deux emblèmes au solstice d'été, et le second à l’équinoxe d’automne ; et alors la sphère aura la position qu’elle avait environ trois cents ans avant l'ère chrétienne. Mais nous avons fait voir qu'une pareille position du zodiaque ne s'accorde ni avec l’agriculture des Égyptiens , ni avec celle des Grecs , ni avec celle des Assyriens, Phéniciens, Mèdes, Perses , Indiens , ni avec celle en général d’aucun peuple qui moissonne avant le cinquantième jour qui suit le solstice d'été , ni avec celle qui place les labours en automne.

La seule objection qui paraisse de quelque importance

contre cette explication à ceux qui croient à un monde créé, c’est la haute antiquité que nous supposons à l’invention du zodiaque ; mais elle pourrait ètre bien moindre si, ce que je ne crois pas, il était arrivé quelque grande inégalité dans la précession des équinoxes. D’ail-

leurs, nous avons supposé que c’est le signe dans lequel

entrait le soleil, qu’on a désigné par un caractère hié-

roglyphique représentatif de l’état du eïel ou de la terre dans chaque mois. Mais on pourrait dire que les inventeurs avaient placé ces symboles, non pas dans le lieu qu'occupait le soleil, mais dans la partie du ciel opposée ; de manière que la succession des levers du soir de

chaque signe eût réglé le calendrier et eût exprimé la

marche des nuits, comme le disent Aratus et Macrobe (a).

L'invention de l'astronomie appartiendrait encore incontestablement à l'Égypte ) Mais ne remonterait pas plus loin que l’époque où le taureau était le signe équinoxial de printemps, deux ou trois mille ans avant l’ère vulgaire. Aïnsi, dans cette hypothèse, lorsque le soleil , en conjonction avec le taureau, arrivait le soir à l’horizon , le premier signe qui se trouvait alors à l'Orient audessus de l'horizon , et qui finissait de se lever , eût été la balance ; et l'ascension de cette constellation eût aussi désigné l’équinoxe de printemps. De même, l'entrée du soleil au lion eût été marquée le soir par le lever total et acronyque du capricorne : l'entrée au verseau ou au solstice d'hiver par l'ascension du cancer ; l'entrée au bélier répondant aux moissons par le lever du soir de

Dress . - : N :

l’épi, ainsi des autres ; et tous les emblèmes recevraient

le même sens [41].

ES

(a) Macrob. Som. Scip. L 1, c. 21.

t DES CONSTELLATIONS. # 157

Quoi qu'il en soit , ce sera towours à l'Égypte que ces dénominations appartiendront. Il y à encore un argument que nous avons plusieurs fois indiqué, et qui détruit tout accord qu’on pourrait imaginer avec l’agriculture de quelque peuple que ce soit dans l’hypothèse qui placerait la sphère telle qu'elle était trois cents ans environ avant l’êre chrétienne ; c’est l'antiquité qu'on est forcé de donner à l'astronomie » indépendamment de notre système. Si l'astronomie remonte au moins au temps où le lion céleste occupait le solstice d’été ,onne peut pas regarder comme position primordiale du zodiaque, celle qui place à ce solstice l’écrevisse ou le premier degré de ce signe, qui n’a dû y arriver que deux mille cent soixante ans après cette époque. Or, nous ne pouvons nous empêcher de donner au moins cette antiquité au zodiaque. Bailly, dans son Histoire de l’astronomie ancienne, tome Ï, a prouvé que non-seulement le lion, mais la vierge même avait dû occuper autrefois le solstice d'été. Nous n'ajouterons rien aux preuves par lesquelles il établit son Opinion, preuves tirées des observations anciennes des constellations qui autrefois servaient à déterminer les équinoxes , et qui supposaient le point équinoxial dans les astérismes du taureau. Les autorités qu'il rapporte et les inductions qu'il en tire nous Ont paru si concluantes, que nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'y renvoyer le lecteur. Le travail que nous avons nous-mêmes fait sur la mythologie que nous avons expliquée par l'astronomie, suppose toujours le lion au solstice d'été et le taureau à l’équinoxe de printemps ; et les solutions des fables auxquelles nous avons appliqué cette nouvelle clef nous ont constamment donné le même résultat, ainsi que tous les monumens.

Hercule se repose sur la peau du lion , et les Égyptiens mettaient le trône d'Horus sur le lion (a). Les Chaldéens avaient une longue suite d'observations qui remontaient à plus de deux mille ans avant notre ère. Aussi ont-ils appelé Régulus ou le cœur du lion, par où passait le colure , le chef des mouvemens célestes ().

Cette antiquité de l'astronomie une fois établie , voici le raisonnement que nous faisons. La balance et l'écrevisse ont été dans l'origine destinées à peindre, l’une un équinoxe, l’autre un solstice. C'est le sens le plus naturel que nous puissions donner à ces emblèmes, et c’est ce-

lui qu’on leur a toujours donné jusqu'ici. Leur distance

respective , ou l'intervalle de quatre-vingt-dix degrés qui les sépare, confirme encore cette conjecture. Ils ont

donc occupé cette place originairement. La question se

réduit à savoir à quel équinoxe ou à quel solstice-ils ont,

été d’abord placés. Ce n’est point, comme nous venons de le voir, à l’équinoxe d'automne ni au solstice d'été, qu'ils ont été primitivement, puisque l'astronomie et l'invention du zodiaque sont antérieurs au temps où ces emblèmes ont occupé ce point. C’est donc à l’équinoxe de printemps et au solstice d'hiver qu’ils ont été placés à l’époque de l'invention du zodiaque. Ils sont tous deux symboles parlans, l’un de l'égalité des jours et des nuits, l’autre du mouvement rétrograde du soleil ; et cependant il fut un temps où ils ne pouvaient s’accorder avec ce double phénomène. Donc, s'ils sy étaient accordés au-

ah = , : à trefois, ce n’est qu’en remontant fort loin qu'on par- L] \ . e 2 e e e viendra à voir ce qu'ils ont dü nécessairement signifier s . . A .

dans l'origine. Or, en les rétablissant dans la place quem

(a) Hor-Apollo, 1. r, c. 17. — (b) Théon. p. 122.

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Un, MP ES FT

DES CONSTELLATIONS. 159 la précession leur a fait quitter, le zodiaque entier devient un calendrier de l'Égypte , Ct la peinture naturelle de l’état du ciel et de la terre dans ce pays. Donc il à été inventé chez ce peuple , et dans l’époque unique où il convient à ce climat.

On voit qu’en partant de la supposition la plus simple, c’est-à-dire, qu’en imaginant que les figures d'animaux , tracées dans le zodiaque, ne sont pas des peintures bizarres, ni des figures dessinées au hasard et sans but , nous sommes arrivés à une époque où le zodiaque est l’emblème le plus naturel du ciel et de la terre chez le peuple égyptien. Cette supposition n’a rien que de vraisemblable, puisqu'on sait que , si ce peuple nest pas l'inventeur de l'écriture hiéroglyphique, au moins il en a'fait usage plus qu'aucun autre peuple, l’a conservé plus long-iemps, et nous a transmis plus de monumens de ces savans emblèmes. Nous le répétons encore; il serait bien étonnant que chez les Égyptiens tout füt hiéroglyphique , et que les emblèmes des constellations qui se trouvent tracées sur presque tous leurs monumens , et qu'ils appelaient les caractères de leur écriture sacrée, fussent les seules figures dans lesquelles il n’entrât aucun dessein. Macrobe nous assure qu’elles avaient un sens; et la connaissance Que nous avons du génie égyptien, plus encore que le témoignage de Macrobe, nous en est un sûr garant; de manière que j’aimerais mieux reconnaître que je n'ai pu en deviner le sens que de supposer qu'ils n’y en attachèrent aucun. Les symboles tracés dans le zodiaque se sont conservés pendant trop de siècles sans altération > et se retrouvent chez trop de peuples, avec les mêmes traits ; Pour croire qu'ils fussent des signes arbitraires. Aussi Court de Gé-

belin pense-t-il, comme moi, que les noms que portent les signes du zodiaque ne furent certainement pas inven- 2 tés au hasard (a). On ne saurait nier qu'il n’y ait le plus grand rapport entre ces noms et les phénomènes qu'offre le cours de l’année ; et en conséquence ils doivent remonter à une antiquité très-reculée. |

Bailly (b) observe que les sphères des Chaldéens et des Perses renfermaient des figures d'hommes sans nom. Je pense comme lui ; mais voici la conclusion que j'en tire : 1° ce ne sont point des hommes, ou des héros apothéosés qu'on y avait placés , puisque sur-le-champ la figure F eût eu un nom , celui du héros apothéosé ; 2° les figures primitives étaient allégoriques et purement hiéroglyphiques, des figures parlantes, soit par leurs atütudes , soit par leurs attributs; 3° enfin, les noms qu'on leur a donnés dans les poëmes allégoriques où on les personnifiait, exprimaient leur fonction ou leur position, tels M que l’épithète de Phaéton ou Brillant, donnée au cocher ; le nom de Cadmus ou l'Oriental , donné au serpentaire ; celui de seigneur et de roi donné à d’autres génies en langue orientale , et que ce sont ces noms mal interprétés qu’on a pris pour des noms d'hommes. Tels sont les noms de Callisto et de Mégisto , ou de très-belle et trèsgrande donnés à la grande ourse, dont on a fait la nymphe Callisto, et Megisto, fille de Cetée.

Si quelques peuples ont fait un changement dans les noms des constellations, ce n’a été que dans le même esprit, pour y substituer un emblème évidemment re latif à leur siècle et à leur climat. Nous voyons, par exemple, que les Chaldéens ont supprimé un des deux

(a) Monde primitif, t. 4, p. 6o.— (b) Hist. de l'Astr. ,t. 1, p. 184.

poissons , celui qui est sous le corps d'Andromède (a). Mais à la place , ils y ont substitué une hirondelle , emblème naturel du retour du printemps, que le lever de cette constellation semblaït ramener. On sait que le reiour de cet oiseau de passage est encore observé par les habitans de nos campagnes, comme une époque de l’année rurale, et comme le signe ayant-coureur du printemps : |

Fallimur , an veris prænuntia venit hirundo.

(Ovide , Fast. L 2, v. 853.)

- Ce poëte fixe ce retour sous les poissons, ou à la fin de février. LA

C'est ce que nous retrouvons dans le calendrier de Geminus (b). Voici comment commence Île mois qui ré-. pond aux poissons : Pisces sol percurrit diebus trigenta; die secund&, tempus est hirundinem apparere. Le calendrierde Piolémée fixe au 25 de mechir ou de février le lever de la tête d'Andromède, et aux 28, 29 et 30 le retour de l'hirondelle : hirundini advenire tempus est(c). C’est précisément l'intervalle de jours qu'il y a entre le lever de la tête d'Andromède et celui du poisson boréal, qui est sous Andromède, et à la place duquel nous avons dit que les Chaldéens peignirent une hirondelle. Le sens de ces emblèmes se présente sans équivoque, et c'estici le lieu de dire comme Virgile : 4b uno disce omnées. On donnait même le nom de vents de l’hirondelle aux vents qui soufflaient dans cette saison. Dans la traduction latine d’un autre calendrier de Piolémée , on lit ce qui suit,

(a) Theon ad Arat. Phen., p, 131. — (b) Gemin. Uranol. Veter., p. 38. —(c) Ptolem., p. 47.

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