‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 23 sur 97 · ME VI · texte numérisé non relu

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miques : Æsseque, dit-il, id firmissimum documentum tês periodou, maxime tabulis astronomicis consentiens. Cette cérémonie bizarre établie chez un peuple sage ne semble avoir aucun but dans tout autre système que le nôtre. Dans notre hypothèse , elle a un fondement, et la liaison des symboles est si naturelle, que nous-mêmes, avant d'aveir vu le passage de Plutarque en original , et ne connaïssant cette cérémonie que par ce qu’en dit un auteur qui ne parle ni du but de cette fête ni de l’auteur d’où il a ré ee fait, nous avions conclu et écrit, dans un Mémoire donné à l'académie des inscriptions, que cette cérémonie avait dû être établie pour perpétuer le souvenir du départ de la révolution des fixes et de la première période sothiaque. Lorsque nos recherches nons eurent fait rencontrer le texte même de Plutarque, nous avons été frappés de la justesse de notre conjecture , et nous l’avons regardée comme une démonstration ; car le hasard produit rarement de semblables accords. Observons que cette cérémonie se faisait , non pas au solstice d'hiver , mais lorsque Sirius se levait avec le soleil, c'est-à-dire au solstice d'été , et que conséquemment elle marquait la liaison des deux emblèmes astronomiques à la première époque ; qu’elle était un documentum ou signe remémo : ratif, non pas de l’année , comme le dit le traducteur latn, mais de la période , tés periodou.

Si l’on adoptait la seconde hypothèse que nous avons proposée sur la méthode de diviser le zodiaque par la succession des levers du soir, la raison de cette cérémonie et la liaison de ces deux emblèmes auraient encore un fondement. L'entrée du soleil au lion était marquée par le lever du matin de Sirius et par l'ascension du soir ou le lever total du capricorne. Cette seconde explication rend

DES CONSTELLATIONS. 17G l'invention de l'astronomie beaucoup plus moderne ; mais elle n’est pas moins relative à la période dont parle Plutarque.

Par le nom de période, on entendait la période par excellence, la période sothiaque, qui, incontestablemen é, commençait au solstice d'été. Le nom de période sothiaque est, suivant nous , équivalent à période astrale; car le nom de sothi donné à l'étoile brillante du grand chien signifiait, en égyptien, ce que signifiait le nom de Sirius dans le Nord. Syr, en langue celtique, signifie astre , étoile, d’où les Grecs ont fait leur syrios, nom de l’astre par excellence. Sothi (a), en égyptien, pro-

noncé encore aujourd'hui sodi (b) dans la langue des Brames, signifie aussi une étoile , un astre. Ce n’est pas le seul nom que nous trouvions chez les Indiens, qui ait une origine égyptienne. Mendès, nom de Pan et du bouc en égyptien, est encore le nom d’une divinité à tête de bouc qu’on voit dans les grottes d’Yloura. Wilo en indien signifie noir; et il a dû le signifier en égypüen (c), puisque toutes les fois que les Arabes, les Hébreux , les Grecs et les Latins ont voulu traduire le nom du Nil, ils l'ont toujours traduit par un mot de leur langue qui signifie noir. Les Hébreux l'appelaient sichor, les Éthiopiens nuchul, les anciens Latins melo, les Grecs melas, tous noms qui signifient noir. C'était donc l’idée que présentait le nom de rilos dans la langue égyptienne , le même que présente nilo en indien. Je ne suivrai pas plus loin les étymologies qui ne sont qu’une partie accessoire, et non la base de mon système.

(a) Plut. de Isid., p. 357. Hor. Apoll., 1. 1, c. 3. Salm. Ann. Clim. , p. 113. Phot. Cod. 247.—(b) Le Gentil, Voyag. aux [nd , t. 7, p. 246. — (c) Cæs. Cœl. Astron., p. 22.

Le planisphère publié par le père Kirker, et où l'on voit Sirius avec le capricorne , avait été envoyé par un Copte que l’auteur avait connu à Rome, et qui le tira du monastère de Saint-Mercure. J'ignorais jusqu'à quel point je pouvais compter sur l'authenticité de ce monument, dont je reconnais aujourd'hui toute la vérité. Mais il résultait de son accord avec mes idées une conséquence toute naturelle : c’est que , si ce planisphère était vraiment égyptien, j'avais bien déterminé le point de départ des signes. S'il n’était pas authentique, par quel hasard s’accordait-il avec mes autres preuves ? Le père Kirker prétend que c'était la sphère des prêtres et des hiérophantes , c'est-à-dire, des dépositaires de la religion et des sciences en Égypte ; que celte division était mystique et relative aux génies qui présidaient à l’ordre du monde, c’est-à-dire, la base fondamentale de leurs mystères et de leur religion astronomique , et conséquemment le calendrier sacré qui n’était pas connu du peuple, et qui contenait la clef de leurs savans symboles. Ce que le père Kirker avait conjecturé se trouve ètre vrai dans notre hypothèse astronomique sur la mythologie ancienne. Ils regardaient ce signe comme la porte des Dieux et le commencement de leur immortalité.

Nous pourrions faire usage de plusieurs traditions anciennes et de plusieurs opinions religieuses répandues chez divers peuples, qui semblent nous conduire à donner cette priorité au capricorne. Les Chinois placent encore le symbole d’une corne dans leur première constellation, et l'appellent Kio ou la corne ; et le père Gaubil appelle ce signe siderum annales (a).

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(a) Souciet., t. 3, p. 08.

Le zodiaque indien , publié dans les Transactions philosophiques de 1772 (a), semble prouver aussi d’une manière assez naturelle, quoique indirecte, que le capricorne a dù occuper primitivement le solstice d'été. Ce monument est un quadrilatère autour duquel sont distribués les douze signes, de manière qu'aux quatre angles se trouvent la vierge , le sagittaire, les poissons et les gémeaux; et la vierge, répétée une seconde fois, se trouve encore placée au centre du cadre, la tète environnée de rayons. Nous imaginons que ce monument représente l’état du ciel dans l’âge où la vierge occupait le solstice d'été , et où l’équinoxe de printemps répondait aux gémeaux; position qu'ont dû avoir les cieux depuis l'invention de l'astronomie, comme l’a très-bien fait voir Baïlly ; et voici comme nous procédons pour arriver à cette conclusion. Ceux qui placèrent les douze signes dans l’ordre où ils sont dans ce monument, où il n’y a point d’équateur ni d’écliptique dont l’intersecon puisse désigner un commencement du zodiaque, dürent naturellement placer aux quatre angles du quadrilatère les quatre signes qui occupaient alors les quatre points cardinaux de la sphère. Ils durent faire du signe qui occupait le solstice d’été le dernier des signes ascendans et le premier des signes descendans ; le signe du solstice d'hiver dut être également le dernier des signes descendans et le commencement des signes ascendans. Or, c'est précisément la place que la vierge et les poissons , signes solsticiaux à cette époque, occupent dans ce monument. Tous les animaux sont représentés Därchant dans la même direction , tels que le bélier, le

(a) Transactions philos., vol. 62, an. 1752, p. 353.

taureau , le hon , et le commencement du mouvement de hant en bas se fait à la vierge, et celui de bas en haut se fait aux poissons. La vierge est donc le terme du mouvement {tu soleil en ascension , et le point où il commence à descendre pour parcourir les autres signes. Fille occupe donc le solstice d’été ou le trône du soleil : et voilà pourquoi elle est encore une fois répétée et placée au eentre du planisphère comme Ja reine des cieux, Elle est assise, attitude symbolique du repos solsticial, portant sa main à sa tête, c’est-à-dire , désignant de la main la partie la plus élevée des cieux, qu’elle occupait. Après ce signe solsticial, celui qui semble avoir été caractérisé avec le plus de soin dans ce monument, c'est celui qui se trouvait alors à l'équinoxe de printemps, c'est-à-dire, le signe des gémeaux. Dans ce zodiaque, on ne voit point les gémeanx, mais à leur place est le symbole le plus expressif de l'égalité des jours et des nuits . ou d'un équinoxe. On y voit un jeune homme qui sou tient deux globes divisés en deux hémisphères éganx, l'un obscur, l’autre lumineux, image naturelle de la terre et du ciel , représentés par ces deux globes le jour de l’équinoxe. £t medium luci atque umbris Jam dividit orbem, dit Virgile en parlant de la balance équinoxiale. Les autres signes sont presque les mêmes que dans nos sphères : on y retrouve le vas aquarium où l’urne égypuenne , l'oxyrinque ou poisson-épée, uni au capricorne, la balance et l’écrevisse ; mais l’une et l’autre sont éloignées des points équinoxiaux et solsticiaux. Les deux signes où le génie symbolique paraît plus à découvert dans ce zodiaque , sont 1° la vierge répétée deux fois, ce qui suppose du dessein ; 2° le jeune homme

qui porte les globes moitié blancs, moitié noirs, placés à

quatre-vingt-dix degrés de la vierge, et qui nécessairement occupe un équinoxe lorsqu'on suppose la vierge à un solstice ; et je regarde comme un nouveau trait de vraisemblance ajouté à ma conjecture, celui qui résulte de cette position respective des deux emblèmes les plus caractéristiques.

Voilà donc encore un monument qui donne une position des cieux fort ancienne , et de beaucoup antérieure à l’époque où la balance et le cancer oceupaient, l’une l’'équinoxe d'automne, l’autre le solstice d'été. Il paraît donc que ces deux emblèmes n’ont pas été inventés originairement pour désigner ces deux poinis cardinaux de la sphère , puisqu'ils étaient déjà existans l’un et l’autre bien des siècles avant de pouvoir occuper cette place. Donc ils avaient été inventés pour marquer un autre équinoxe et un autre solstice ; donc c’est à l’'équinoxe de printemps et au solstice d'hiver qu’ils durent être primitivement, pour qu'il y ait eu une raison à leur institution et qu'ils aient fixé les époques astronomiques dont ils présentent naturellement l’idée.

Si nous faisons mouvoir les points équinoxiaux suivant l’ordre des signes , ou en sens contraire au mouvement de la précession , jusqu’à ce qu’un de ces emblèmes ait la place qui lui convient , alors toute la sphère se trouve telle qu’elle a dû être à l'époque que je regarde comme celle de l'invention du zodiaque et comme le point du départ de l’année astrale produite par la révolution des fixes. Cetétat primitif des cieux, tel que je le concois, se trouve tracé dans un monument ou pierre gravée que Pluche (a) a fait imprimer sous le nom d’Amée des cieux.

(a) Pluch., Hist du ciel, t. r , p. 169

Ce

En regardant comme solstice Le point le plus élevé de ce cercle zodiacal , le capricorne est le premier des signes descendans, et le sagittaire le dernier des signes ascendans ; de manière que le soleil, arrivé au point culminant de sa route, se trouve au commencement du capricorne. Je ne crois pas que ce monument ait été destiné à perpétuer la première position du zodiaque; c’est plutôt un monument astrologique des derniers âges; mais il est propre à donner à peu près une idée de l’état du zodiaque à l’époque primitive, pourvu qu’on suppose le sagittaire un peu plus éloigné qu'il ne l’est du sommet de la figure.

Ainsi, nous avons donné au zodiaque une position , suivant laquelle les emblèmes tracés dans chaque signe présentent un sens, et où les noms des douze signes ne sont pas seulement des noms, mais des signes de choses, comme dit Lucien, et forment un calendrier astronomique et rural qui convient à la Haute-Égypte et à l'Éthiopie » et qui ne convient qu’à ce pays. Nous avons montré que, même à cette époque reculée, non-seulement Sirius était l'étoile qui annonçait le solstice d'été, condition requise d’après les traditions anciennes, mais qu'il était encore uni au capricorne; liaison qu'on a eu soin de perpétuer par la cérémonie la plus singulière. Il nous reste à faire quelques recherches sur les: constellations qui fixaient alors les principales époques du temps , et par l’usage auquel elles servaient à deviner la raison de leur institution et leur sens allégorique.

En continuant mes observations sur la sphère, dans son état primitif, je remarquai que le lever de Sirius était suivi ou même accompagné de celui de l’hydre. La durée du développement successif des étoiles de cette

DES CONSTELLATIONS. 135 constellation, et l’idée allégorique qu'elle semble présenter me firent croire qu’elle était comme la mesure astronomique de la durée du débordement (a). En effet, il s'écoule précisément trois mois entre le lever acronyque ou le lever du soir des étoiles de la tête et celui de la dérnière de la queue de cette constellation. Il me parut assez vraisemblable qu'on avait marqué toute la suite des étoiles qui se levaient le soir tous les jours, depuis le solstice d'été jusqu'à ce qu’au bout de trois mois le soleil entrât au bélier , durée précise de l’inondation , afin d'avoir dans les cieux pendant plusieurs siècles une mesure exacte de cette durée. Le serpent ou l’hydre, animal aquatique, dont la marche tortueuse représente assez

bien les sinuosités du fleuve , fournit un symbole assez naturel du Nil débordé (b) que peignait la nouvelle constellation. Virgile lui-même compare les replis du serpent, voisins du pôle, aux sinuosités d’un fleuve : iz morem fluminis elabitur anguis (c), etc. C’est même la seule supposition par laquelle on puisse expliquer pourquoi l'on a donné à l’hydre céleste une si prodigieuse étendue (d), et pourquoi l’on à rempli le ciel de fleuves ou de serpens symboles de fleuves. L'effet de la précession étant de donner aux étoiles un mouvement d’occident en orient, les anciennes mesures furent en défaut au bout d’un certain nombre de siècles. Le même génie symbolique , guidé par le même besoin, créa sans doute, dans les àges suivans , le serpent d'Ophiucus et le fleuve d’Orion qui porte encore en astronomie le nom de Nil. Le serpent d’Ophiucus put fixer la durée du débordement dans

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(a) Theon ad Arat. Phœn. , p. 104. —(b) P. 113. — (c) Georg., L. 1, v. 244. — (d) Hygin., L 3, c. 39.

le temps où le solstice coïncidait avec le commencement de la balance, et le fleuve d’Orion (a) lorsqu'il coïncidait avec le commencement du sagittaire. Cetie conjecture, que j'avais formée sur le sens allégorique de la constellation de l'hydre céleste , a été confirmée dans læ suite par une autorité qui semblait devoir la détruire. Jablonski, pour prouver qu’il y avait des différences entre la sphère des Grecs et celle des Égyptiens, cite ponr exemple ja constellation de l’hydre, à la place de laquelle ces derniers dessinaient le Nil, ou même, ditl, qu'ils appelaientle Nil. Jablonski cite l'autorité de Théon. Ce qui parut une différence essentielle à Jablonski , loin d'être destructif de mon système , confirme de la manière la plus frappante l'explication allégorique à laquelle m'avait conduitmon hypothèse, et qui était la suite de la fonction que dut faire primitivement ceite constellation (b). Cet heureux accord de mes conjectures, avec des faits que j'ignorais d’abord, s’est retrouvé plusieurs fois dans mes recherches, et c’est une des choses qui a le plus servi à me convaincre de la vérité de mon système.

Après avoir examiné l’origine des constellations qui présidaient au solstice d'été, et qui fixaient le commencement du débordement, passons à la seconde époque de l’année rurale égyptienne pour trouver l’origine de quelques autres constellations. On divisait l’année en trois époques principales ou trois saisons ; le débordement, le labourage et les récoltes : ces époques sont séparées chacune par un intervalle de quatre mois (c).

(a) Hyg., 1 2, ©. 33. — (b) ‘Theon ad Arat. Phœn., p. 150. — (c) Solin, p. 8.

DES CONSTELLATIONS. 5 « #07 Cette division de l’année en trois saisons qu'on sait avoir eu lieu chez les Égypti ens , et qui a passé chez d’autres peuples , était assez bizarre ailleurs ; mais en Égypte elle était donnée par la nature même du climat. Le Nil se déborde en juillet : on laboure en novembre ; on récolte en mars ; trois époques intéressantes pour le cultivateur | égyptien, et qui ont dû former la première division de ses travaux. Il laboure , recueille et se repose ; et ces intervalles sont fixés par la Nature même à une durée de quatre mois chacun. On peut donc regarder les Égyptiens comme les inventeurs de cette division du temps. . C’est à l’ôtiverture de leurs travaux en novembre , ou au signe que le soleil parcouraït alors, que nous ferons l'application de notre principe. Voyons parmi les constellations extrazodiacales qui se levaient ou se couchaient alors, s’iln’y en avait pas qui, fixant l'entrée du soleil au signe du bœuf agriculteur, présentassent aussi quelque idée relative au labourage. La première et la plus brillante qui s’offre à mes regards, c’est un homme armé d’un fouet, placé sur le taureau, et qui par son coucher héliaque marquait l’entrée du soleil dans ce signe.

Je crus voir du dessein dans les attributs de cette constellation , et le nom d’arator qu'elle porte encore aujourd’hui dans Blaeü (a) justifiait mes conjectures. Nigidius prétend qu’elle est la même qu'Orus , qui enseigna l'agriculture aux Égyptiens. Tous ces rapports réunis donnaient une espèce de raison de la liaison de cet arator avec le bœuf agriculteur. Néanmoins, comme il Er être une invention des derniers âges où le cocher , à à l'équinoxe de printemps, était censé conduire le char du so-

(a) Cæs. Cœl. Astron., p. 125.

leil, je laisse au temps à décider, et au lecteur à juger de l’origine de cet emblème. Car , quoique je croiïe qu’il y a des constellations dont les symboles et les noms remontent à la position primitive , je ne pense pas qu'il en soit de mème de toutes , et je crois qu’on doit fixer l’époque de leur institution dans l’âge où elles avaient un usage naturel et présentaient un sens net. Il ne faut pas raisonner sur les constellations comme sur les douze signes qui ont été inventés ensemble , et qui ont dû avoir l'origine la plus ancienne de tous les astérismes.

La troisième époque qui nous reste à considérer est celle des récoltes. Quatre mois après que Fa terre avait été ensemencée , le soleil arrivait dans la constellation de la vierge ou dans le signe de la moissonneuse , et cette entrée était annoncée par le coucher héliaque d’une constellation remarquable par une belle étoile , et qui se couchait au-dessus de la vierge, comme le cocher, quaire mois auparavant, au-dessus du taureau. Cette constellation est le bouvier, bootès, dont l'étoile la plus brillante porte le nom d’arcturus. On y peignit encore un laboureur (a), icare , en hébreu; mais au lieu de fouet, on lui mit en main une faucille , et devant lui marchait un char attelé de bœufs pour voiturer ses récoltes, sousle nom de chariot et de bœufs d’icare :

Flectant Icarn Sidera tarda boves, (Properce. )

La belle étoile de la vierge, dont le coucher précédait de peu de minutes celui d’arcturus , s’appela l’épi ; et on

y peignit un épi dans les mains d’une moissonneuse (b)

(a) Plut. parall., p. 3. 397. Hygin, L 2, c. 5. — (b) German. Cæsar.,

qui prit elle-même le nom de fille d’'Icare ou du laboureur : Érigone car filia. Ttaquè complures Icarium bootem, Erigonem virginem nominaverunt (a).

La constellation obscure qui se trouve entre fcare et ses bœufs, et qui se levait alors héliaquement avec arcturus dE les moissOns , fut désignée par un faisceau d’épis , suivant l’ancien manuscrit que consulta Bayer ( Cæs. p.134), et garda chez les Arabes le nom d’Ausimethon, manipulum seu fascem aristarum, au lieu de celui de chevelure de Bérénice, qu’elle porte aujourd'hui, depuis Conon et Callimaque. Ces emblèmes , dont le rapport avec les moissons est si naturel, ne semblent pas réunis dans la même partie du ciel sans dessein ; et on sent assez que le génie symbolique qui donna l'existence aux premières constellations créa aussi les autres. La grande ourse précède le lever de l’homme qui porte la faucille , et il semble la conduire devant lui. Les Latins l'appelaient terio ou septemtriones (b), à cause des sept étoiles brillantes de cette constellation. C'était le nom qu'ils donnaient aux grosses charreites qu’ils employaient à fouler les épis et à détacher les grains de blé, à terendis frugibus. D’autres prétendent que c'était un attelage de bœufs, et alors ce serait la traduction de bœufs d’Icare ou de l’attelage de son char : Sed ego (c) cum Lælio et Varone sentio, qui triones , antiquo vocabulo , boves appellaios scribunt. Æntiqui Græcorum amaxan dire-

runt; nostri quoqué veteres à bobus junctis Septemtriones dus Les Égyptiens appelaient ce chariot vehiculum Osiridis , le chariot de leur Dieu du labourage.

(a) Hygini, L. a, — (b) Germ. Cæsar., ©. 2. — (c) Aul. ,t. », c. 11. Varro de Lang. lat. , 1. 6, p. 48.

Ainsi, de quelque manière qu’on envisage cette constellation , soit comme chariot ou mème traîneau destiné à écraser le blé, soit comme un attelage de bœufs , elle est toujours un emblème relatif aux moissons. « En eflet, comme le dit Goguet (a), la pratique la plus usitée dans l'antiquité était de préparer en plein air une place en battant bienla terre , d'y répandre des gerbes et de les faire fouler par des bœufs ; il paraît que , du temps de Moïse, c'était la méthode des peuples d'Asie et d'Égypte. En Italie , ajoute le même auteur, en emploie les charrettes et les traîneaux à cet usage , {eriones. » Ù

Voilà une jeune fille qui tient un épi; accompagnée de son père qui tient lui-même une faucille (D), et qui est précédé d'un attelage de bœufs , etentre eux une gerbe de blé. Il serait difhicile que des figures jetées au hasard eussent entre elles une liaison aussiintime et des rapports si marqués avec la moisson égyptienne à cette époque, sans que les inventeurs des constellations eussent eu du dessein. La même constellation du bouvier a pu fixer le commencement des moissons en Égypte par son lever acronyque dans les derniers âges , lorsque le solstice d’été coïncidait avec les premiers degrés du lion, ainsi nous ne pouvons pas décider si la faucille qu’il tient à la main est de la sphère primitive , ou si c’est dans la dernière époque qu'on lui mit en main l'instrument symbolique des moissons. Il sufit de voir qu'au moins il y a du dessein dans ces emblèmes, et que, dans l’une et l’autre époque , c'est toujours aux moissons qu'ils ont rapport.

Dans le premier âge , c’est-à-dire pendant tout le temps qu'il a fallu au solstice d'été pour parcourir en sens ré- Sn ne ve Re

(a) Orig. des lois, t, 1,1. 2. —(b) Theon, p. 121.

DES CONSTELLATIONS. 191 trograde les trente degrés du sagittaire, l'étoile la plus belle qui parût dans le voisinage du pôle était la lyre ou la constellation du vautour ; elle était comme le pivot sur lequel roulait toute la sphère. Le symbole qu’on y peignit fut un oiseau et un instrument de musique, deux emblèmes bien diflérens , et que nous allons cependant chercher à rapprocher. Nous insisterons sur l’origine de cette constellation, parce qu’elle fut comme le point central du système céleste , le point de départ de toute la sphère et de l’année astrale ; celle qui fixa l’époque où il faut remonter pour trouver l’origine de toutes les périodes subordonnées à la grande période ; c’est l’étoile dont le retour au pôle doit tout rétablir dans son état primordial.

L'astre le plus apparent au commencement de la grande période ou de la révolution des fixes, qui se trouvait aux environs du pôle, dut naturellement fixer les regards des premiers hommes. La forme de son mouvement, ainsi

que la lenteur de sa marche , comparée à celle des autres belles étoiles, fournirent plusieurs emblèmes assez na= turels pour la caractériser , et elle était d’un usage trop important pour ne pas la distinguer par un signe. Ceux qui n'envisagèrent que son mouvement circulaire antour du pôle, et qui la voyaient toujours planer et faire la roue dans les cieux, tandis que les autres astres, pour la plupart , se levaient et se couchaient , la comparèrent à l'oiseau qui décrit plusieurs cercles en l'air avant de fondre sur sa proie. On y peignit donc un épervier ou vautour ; et on appela cette nouvelle constellation œultur cadens (a), ou le vautour considéré au moment de sa

(a) Ulugbeigh., p. 19. Stofller , c. 14.

chute, pour la distinguer de la constellation de l'aigle , qui s'élevait perpendiculairement vers le zénith, et que l’on nomma vultur volans ; noms que portent encore ces deux constellations. D’autres, au contraire, ne considérant que la lenteur de son mouvement, l’appelèrent tardum sidus , et prirent une tortue pour symbole, et désignèrent par ce nom leur étoile polaire. Elle s’appela donc testudo(a) en latin ,eten grec kelus; nom qu’elle conserve encore aujourd'hui; mais comme Îles premiers instrumens de musique furent montés, dit-on , sur l’écaille de la tortue ou plutôt eurent cette forme , comme la mandoline etle sistre allemand , le nom de testudo devint également celui de l'animal et de l'instrument de musique ; et la constellation fut dans la suite désignée par ce double emblème. Peut-être celui de lyre n’eutl lieu que dans les derniers âges, lorsque cette constellation fixa le solstice d’été par son coucher du matin, et l'équinoxe de printemps par son lever du soir ; ce qui arrivait dans la Haute-Égypte , lorsque le solstice d’été coïncidait avec les derniers degrés du lion. Le solstice, et conséquemment le débordement du Nil, étaient annoncés pour lors par le coucher du matin de la lyre testudo , et par le coucher du soir du corbeau; ce qui a produit une fable égyptienne (b) qui a passé chez les Indiens, et qui est conservée dans l’Esour-Vedam (c). On représente sur le mont Nilo , dans un étang , une tortue aussi ancienne que. le monde, et au bord de l'étang une corneille qui jouit de l’immortalité. C’est sur l’écaille de cette tortue que Mercure , dit-on , avait monté sa lyre; aussi cette cons-

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