TOME VI
la vierge eut quitté ce solstice. Cet emblème se retrouve dans les monumens égyptiens , et dans les fables on fait souvent allusion à ce symbole. Quoique sa dernière fonction soit celle qu'on y ait le plus souvent envisagée, on a besoin quelquefois de remonter à la mière époque. F3
Dans la dernière époque, elle présidait au mouvement ou au départ des sphères, comme les autres génies de l’équinoxe , le cocher ou Pan, le serpentaire ou Esculape, ete. Voilà pourquoi Manilius,: liv. 1 , dit de cette constellation :
Nunc sidera ducit, Et rapit immensum mundi revolubilis orbem.
CMAQUSS LV: 0)
Le temps où l’on fait vivre Tao tombe présisément sous le signe équinoxial du taureau. Dans cet âge, ou lorsque le taureau était à l’équinoxe, le lever du soir de la lyre ou de la tortue céleste fixa long-temps l'équinoxe et le départ des sphères.
On y trouvera l’origine et le sens de cette fable, dans laquelle les Chinois supposent que le monde est soutenu par un serpent, à qui une tortue a donné naïissance. Kirker, te Chinä illustratä, p. 137,nous dit : Sub numine xE, draco volans , quem spiritum aeris et monstrum dicunt, “westudinis scuto tectus # conspiciendum se exhibet, quam fabulam à Brachmanibus mutuati aïunt , mundum dracont seu serpenti ex testudine nato insitere.
La tortue et le dragon custos hesperidum sont placés près du pôle, et se lèvent ensemble dans les climats méridionaux ; l’un et l’autre soutiennent le monde, dans ce sens qu'ils sont voisins du pivot ou du pôle. C'est
ainsi que le bouvier, bootès, et la constellation d'Hercule passaient pour soutenir le ciel, c’est-à-dire le pôle ou l'axe du monde : il en est de même de toutes les cons. tellations circompolaires. Manilius dit d'elles: Cælumque et sidera torquent (a).
On retrouve jusque chez les Hurons et chez les Iroquois une fable de la tortue, dans laquelle il est question du soleil et de la lune: « Hs représentent six hommes dans le monde. Un de ces hommes monte au ciel pour y chercher une femme, nommée Atahensie, avec laquelle il eut un commerce dont cn s'aperçcut bientôt, Le maître du ciel la précipita du hant de son empire : elle fut recue sur le dos d’une tortue : ensuite elle mit au monde deux enfans dont l’un tua l'autre. » Ils disent qu'un de ces enfans est le soleil. Cette fable pourrait être relative à l’équinoxe de printemps, fixé alors par le lever de la tortue et par le concher de Sirius, astre d'Isis, de cette Isis qui disait d'elle-même : Ego sum, quæ in sidere canis exoricr ; et qui, dans un autre endroit, dit aussi: Frucius quem perperi est sol.
Au reste, je ne m'étendrai pas ici sur les différens noms que cette seule constellation a portés dans les dernicrs âges, et sur les diverses fables auxquelles elle à donné lieu, lorsque, par ses levers et ses couchers elle fixait les équinoxes et les solstices. C’est ce que je détail. lerai dans le traité qui va suivre. Je n'envisage ici cette constellation que dans l’époque primitive , lorsqu'elle était étoile polaire, etje ne considère que les rapports qu'elle avait avec le système général des cieux au temps où je place l'invention du zodiaque et de la sphère. gen ha a au ii
(a) Manil., L 1, v. 250.
ï ete ORIGINE
Dans le temps où la lyre était l'étoile polaire , la constellation de l'aigle fixait le solstice d'été par son coucher héliaque, de mänière qu'on püt désigner le point le plus élevé de la course du soleil par le capricorne ou par le quadrupède [44] qui monte le plus haut, et par l'aigle ou l'oiseau qui s'élève le plus. Il est mème certain que laccipiter de l'Égypte , suivant Horus - Apollon ( chap. 6 ), était un symbole de l’élévauon : Altitudinem pingentes pingunt accipitrem. Clément, dans son cinquième livre des Stromates (a), dit qu'il était le symbole de l'élévation du soleil; et Avenar nous assure que les Égyptiens peignaient l’accipiter dans la constellation où les Grecs mettaient l’aigle (b).
Au reste, je n’attache pas à mes idées sur l'origme des constellations extrazodiacales , la mème importance qu'aux preuves que j'ai apportées en faveur de l’origine des douze signes; mais quelle que soit l’époque de leur invenlion, au moins je suis persuadé qu'elles ont un sens relatif à l’état du ciel, à celui de la terre et an passage du soleil dans les différens signes, et qu'on ne peut découvrir ce sens qu'en remontant à la plus haute antiquité, et qu’en suivant les déplacemens successifs de la sphère et des points équinoxiaux produits par la précession. Ce qu’il y a de certain, c'est que, dans l'explication que j'ai donnée des fables par l'astronomie , j'ai retrouvé toujours l’équinoxe au moins au taureau , et qu'alors les figures des constellations étaient déjà inventées ; de manière qu’il faut remonter à cette époque, et mème plus
haut, pour apercevoir une raison de ces différens emblèmes.
raies rarement RER CRC RE
(a) Strom., 1. 5, p. 567. — (b) Kirk. OEdip., t. 2, part. 2, p. 204.
‘ Après avoir déterminé la position primitive des cieux, lorsque les hommes créèrent les symboles astronomiques qui no usrestent , et avoir fixé la position des points solsticiaux et équinoxiaux, et celle du pôle, relativement aux étoiles à ceite époque, nous nous croyons en droit de conclure, par le rapport frappant qu’a une telle sphère avec l’agriculture égyptienne et éthiopienne , que les rives du Nil ont vu naître cette science (a) ; que le zodiaque est l'ouvrage des peuples de ce ciimat, puisqu'il a un sens chez eux, et qu'il n’en peut avoir que chez eux; qu'enfin, il est à eux, puisqu'il n’est fait que pour eux. Cela se conclut d’après l'hypothèse simple qui suppose un sens à ces emblèmes ; hypothèse née de la connaissance que nous avons du génie hiéroglyphique de ces peuples, confirmée par le témoignage de Macrobe et par celui de Lucien qui voyagea dans ces climats, ei qui nous dit expressément, en parlant des dénominations données aux astres, qu'elles n'étaient pas seulement rzomina, sed rerum signa.
Cette conclusion est aussi parfaitement d'accord avec l'opinion recue chez les Grecs et chez les Romains , que les sciences astronomiques étaient nées en Égypte.
Hérodote (b) dit que les Égyptiens sont les premiers inventeurs de la division de l’année en douze mois, et que cette division du temps était calquée sur celle des astres: Et hœc ex astris excogitasse; qu'ils furent aussi les auteurs des noms qu'on donnait aux douze grands Dieux, ou, suivant nous, aux douze astres génies protecteurs des signes. Macrobe (c) assure qu'ils sont les seuls
(a) August. de Civ. Dei. 1. 18, c. 59-40. — (b) Herod., 1, 2, c.4, c. 82. — (c) Maorob. Sat. 1,1. 1, ©. 12.
qui , dès la plus haute antiquité, aient eu une année bien réglée.
Diodore de Sicile et Strabon assurent que les prêtres égyptiens (a) étaient habiles non-seulement dans la géométrie , Mais aussi dans l'astronomie et dans l’astrologie [45 | ; qu'ils avaient de temps immémorial des tables astronomiques qui marquaient les révolutions des planètes et leurs mouvemens diurnes , stationnaires et rétrogrades, et qu'on y voyait leurs influences sur les êtres sublunaires. Tel était le cercle d’or d'Osymandias, qui avait une coudée de large et trois cent soixante-cinq coudées de tour , où chacune des coudées répondait à un jour de l’année, et où les levers et les couchers d'’étoiles étaient marqués, ce qui annonce déjà une astronomie bien ancienne. Mais Achille Tatius ( {sagoge ad Arati Phœromena, c. 1 ) dit quelque chose de plus précis: Ægyptios primos omnium tam cælum , quam terram esse dimensos , ejusque rei scientiam ad posteros incisam columnis propagasse. En cela il est d’accord avec Macrobe et Lucien. On attribuait à Hermès la division du zodiaque (b).
Martianns Capéila (c) introduit Pastronomie qui dit d'elle-même: Per immensa spatia sæculorum , ne pro- Jana loquacitate vulgarer, Ægyptiorum clausa adytis occuliabar.
Court de Gebelin (+. 4, p. 11) convient qu'on aperçoit encore à présent, dans les calendriers des peuples du Nord, des rapports surprenans avec le calendrier
égypüen; ce qui suppose, dit-il, une origine commune
(a Miod#Sic,,-L1, ©. 0, 1 ro, c. 8; Strab., 1. 17, p. 816, — (b) Synceile, p. 40. — (c) Mart, Capell., L 8, p. 274.
antérieure au temps des premiers Chaldéens , dont on cite des observations astronomiques depuis plus de mille neuf cents ans avant Alexandre-le-Grand (a).
Je pourraïs citer une foule d'auteurs qui attestent le mème fait; et si leur suffrage ne prouve pas la vérité que j'avance , il prouve au moins qu'elle n'est point un paradoxe, et que je suis d’accord avec le plus grand nombre des historiens.
Les figures astronomiques que nous avons viennent donc d'Egypte ; etil paraît que tous les peuples qui ont ces formes les ont tirées, ou des inventeurs de cette science , ou des peuples qui les avaient reçues de l’'Egypte. L’universalité des noms des douze signes qui sont les mêmes en Égypte , dans l’Inde , dans la Perse, dans
AT
la Phénicie, dans la Grèce et dans l'Italie, décèle une source commune. |
Les Chinois sembleraient d’abord faire une exception ; néanmoins on aperçoit dans leur astronomie moderne les traces de l’ancienne astronomie. La révolution qu'a subie chez eux ceite science ne nous permet pas de trouver un accord parfait dans leur zodiaque et dans leurs constellations avec les nôtres. On sait qu'ils ont été obligés de créer un zodiaque, de nouvelles constellations, après que l’empereur Tsin-Chi-Hoang eut fait brûler tous les livres astronomiques, et qu'il ne restait plus
(a) Bailly, Astron. ancienne, t. 1, p. 182, reconnaît que les Egvptiens avaient pour témoins de l'ancienneté de leurs découvertes astronomiques, leurs pyramides parfaitement bien orientées , l’année de trois cent soixante-cinq jours un quart, connue chez eux dés la plus haute antiquité , et la découverte du vrai mouvement de Mercure et de
{ ; V'éous , et que l'astronomie dut y être établie au moins trois mille ans EC
avant l’ère chrétienne,
alors, dit le père Souciet (a), que des traditions confuses sur les anciennes constellations. Ce sont ces traditions confuses que nous croyons aujourd'hui apercevoir dans leur nouvelle astronomie , quoiqu’elle nous offre un autre ordre de choses et une distribution particulière. Le capricorne, dans notre hypothèse, était le premier des douze signes. Chez eux la première constellation s'appelle ko, qui signifie une corne dans leur langue. Il paraîtrait que , comme le nom d’aries signifie chez nous le premier signe , quoique la constellation de ,ce nom n'y réponde plus, celui de la corne, symbole abrégé du caper, pouvait aussi désigner la première division. Joïgnez à cela qu'ils donnent au capricorne lui - même une dénomination assez conforme à l’idée de priorité que nous lui attribuons en l'appelant d'un nom que le père Souciet traduit par Siderum Annales (b). C'était là en effet que commençait la première époque astronomique , et qu'était fixé le point de départ de l'année astrale ou de la révolution des fixes. Dira-t-on que c'est l'effet du hasard? Maïs cette ressemblance n’est pas la seule que leurs constellations aient avec les nôtres. Le dragon est chez les Chinois; comme chez nous, un animal céleste, comme nous l’avons vu plus haut (c). Ils appellent mao, ou l’astre mao, l'étoile que nous appelons maia. Mao , lucida pleiadum, dit Souciet. Ils retinrent ce nom par préférence , parce que cet astre annonçait l’'équinoxe de printemps, époque intéressante chez tous les peuples. Ils ont retenu également l'indication du signe qui , dans le même âge, était signe solsticial d’hiver, où ils commencaient leur année ; ils désignent en effet par
(a) Soaciet, t. 2, p. 2. — (b) T. 3, p. 98. — (c) T2, p: 180.
DES CONSTELLATIONS. | 20i
l’eau le signe céleste où nous plaçons le verseau. On retrouve chez eux sur ce signe la même tradition fabuleuse que celle qui nous a été transmise par les Grecs. Ces derniers avaient placé leur Deucalion dans le verseau , et il en porte encore le nom. Les Chinois ésalement ont un Dictionnaire appelé Eulya (a), où il est dit expressément que hiven-mao, signe céleste (que nous appelons nous amphora et Deucalion ), est le symbole du règne dé Tchouen- Hin, et désigne cet empereur sous lequel il y eut un grand déluge. Voilà donc le signe du verseau qui, chez les Grecs, s'appelle Deucalion , et qui, chez les Chinois, désigne 7'chouen-flin, deux princes sous le règne desquels ces deux peuples placent un déluge. Il n’y a évidemment de différent que le nom; mais le fond de l’histoire est le mème, et tombe sur le même signe célesie ou sur le même symbole astronomique. Voilà done encore un rapport entre l'astronomie chinoise et celle des anciens Grecs, Égyptiens, Phéniciens , etc. , qui annonce une filiation commune. Nous avons\vu aussi plus haut que leur fable sur la tortue de mille ans ne doit s'entendre que de la constellation appelée chélus par les Grecs, et testudo par les Latins ; que la tortue allégorique est la tortue célesie, nom qu'elle à exactement dans leur langue. Mais les Chinois ont une suite de douze animaux répondant à un cycle de douze ans , qui ne sont autre chose que nos constellauons extrazodiacales ou les paranatellons qui fixaient, par leur lever ou leur coucher, l'entrée du soleil dans chacun de nos signes. C'est ce que je vais faire voir en parcourant les levers et les couchers d'étoiles qui répondent
(a) Souciet, t. 3, p. 35.
aux douze signes, auxquelles ces animaux correspondent ‘dans le cycle, tels qu'ils sont rapportés dans le père Gaubil (a). Ce cycle se retrouve dans tout l'Orient, au Catay, chez les Fartares , chez les Turcs, les Arabes, les Perses, les Indiens , chez les Malayens , les Tonquinois , les Siamois , les Japonais , ete. On prétend même que c'est le zodiaque, de ces derniers peuples, et que c'était le nom des douze signes primitivement connus en Orient. Cette supposition conjecturale sera détruite par Pexplication suivante ; et loin d'y voir un second zodiaque différent du nôtre et plus ancien que lui, on verra que ce n'est que la succession des douze astres génies inspecteurs des signes ou des douze constellations extrazodiacales qui étaient en aspect avec,.eux ; ce qui formera une nouvelle preuve de notre hypothèse.
Voici dans quel ordre le père Gaubil nomme ces douze animaux, et les signes auxquels ils correspondent (b).
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Capricorne. . . . LE peu.
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Consultons la suite des levers et des conchers des
(a) Gaubil, t.2, p. 174. — (Bb) Hyde de vet. Pers, Relig., p. 225
DES CONSTELLATIONS: 203 constellations sous chaque signe, à l'époque où le taureau occupait l’équinoxe sous la latitude de trente degrés environ.
Le soleil au verseau vers le solstice d'hiver; coucher du soir de la Iyre. Parmi les noms que les anciens lui ont donnés, ceux de mus et de musculus lui sont restés (a).
Soleil au capricorne. Lever héliaque d’une partie du sagittaire, vrai centaure. Ces monstres furent, dit-on, peints originairement moitié homme, moitié bœuf, et celui-ci retient encore le nom de taurus (b). Il répond donc au bœuf du cycle , génie du capricorne.
Soleil au sagittaire. He: loup céleste finit de se lever héliaquement. Il s'appelle aussi parthera et leopardus , espèce de tigre (c). Kirker (d) dit que les Hébreux l’ ve pellent pardus.
Le soleil au scorpion. Coucher du lièvre.
Le soleil dans la balance. Lever du serpent. Les Hé- ‘ breux appellent ce mois encore éthanim , et les Égyptiens
paophi ou serpent. |
Le soleil dans la vierge. Coucher de l’hydre.
Le soleil au lion. Lever du soir du cheval.
Le soleil répond au cancer. Lever de la constellation de Céphée , dans laquelle on peignait autrefois en Orient un berger avec ses moutons (e). Ce sont les brebis qui sont désignées dans le dernier des travaux d’'Hercule.
Le soleil dans les gémeaux. Coucher du Procyon.
Dans l'explication des fables indiennes, nous avons
(a) Cæs. Cæl. Astron., p. 185. Bayer, tab. 8. — (2) Cæsius, p. 84. — (ce) P. 286. — (d) Kirker, t. 2, p. 197. — (e) Cæsius, p. 114; et Hyde de vet, Pers. Rel., p. 131.
toujours trouvé que Procyon était le fameux singe Hanuan. Il fixe le lever du sagittaire , avec lequel le singe est en aspect (a). |
Soleil au taureau. Lever héliaque de la poule et de ses poussins; ce sont les pleïades qu’on a appelées poussinières. On la trouve également placée à la station du bœuf dans le planisphère égyptien de Kirker (b).
Le même auteur (c) met dans la station des pleïades gallina cum pullis, et Blaeü , massa gallinæ (d).
Soleil au bélier. Lever de Persée. Les Arabes l’appellent canis ou caleb et chelub, chien (e). Il à les attributs du fameux Mercure des anciens, qui prit aussi, comme Sirius , le nom de chien : Ob wigilandi et custodiendi studium.
Soleil aux poissons. Coucher ou passage au méridien inférieur de la grande ourse que les Syriens appelaient porcum ferreum ; c’est le pourceau qui accompagne Typhon dans l’histoire d'Osiris ; c’est celui qui tue Adonis ; c’est le sanglier d'Érymanthe , ete. , comme nous l'avons fait voir. Kirker, nous donnant la sphère des Orientaux, dit qu'ils mettent le sanglier dans les constellations à la place de la grande ourse : Ursæ majoris loco ponunt porcum ferreum (f ).
IL est donc certain que les constellations qui fixaient alors , par leurs levers et leurs coucliers, le passage du soleil dans chaque signe, etqui , à ce titre, y présidaient comme génies , se retrouvent dans nos sphères en aspect avec ces mêmes signes à peu près sous les mêmes noms et dans le même ordre.
(a) Kirker, OEdip., t. 2, pars 2, p. 201.—(b) Page 206.—(c) P. 242. — (d) Ces, p. 34: —(e) P, 190. —(f) Kirker, OEdip., t. 2, pars 2, P: 201.
Peut-on regarder cet accord comme l'effet du hasard, surtout quand on sait que telle était la forme de tous les calendriers anciens ? Atiaquera-t-on l’authenticité de plusieurs de ces dénominations différentes données aux constellations ? Mais 1l en est plusieurs qui ne tiennent rien de la dénomination , et qui se succèdent visiblement dans le ciel, comme les animaux du cycle; tels sont le cheval, les deux serpens et le lièvre qui se suivent dans l’ordre des levers etdes couchers immédiatement , comme ils se suivent dans le cycle des Orientaux ; et qui répondent aux mêmes signes du zodiaque.
Ce mème cheval se trouve placé sous le signe du lion, dans la suite des douze animaux qui sont sous les douze signes dans le fragment du calendrier égyptien trouvé à Rome en 1705, et envoyé à l’Académie des sciences en 1708, par M. Bianchini, monument précieux et trop méprisé par Fontenelle qui n'en comprit pas l'utilité. Les autres animaux n'y sont pas tout-à-fait les mêmes ni dans le même ordre; mais c'est parce qu’ils sont empruntés d’autres constellations. La chèvre céleste, par exemple, qui se lève en aspect avec la balance, est casée, dans ce planisphère , sous la balance, tandis que le planisphère des Orientaux y met un dragon; mais le principe sur lequel il a été construit est le même ; c’està-dire qu'il est fait sur les aspects des levers et des couchers des constellations avec les douze signes.
Il résulte de cet accord entre les douze animaux des Orientaux et les douze signes du zodiaque : 1° qu'il faut supposer une haute antiquité aux constellations extrazodiacales , puisqu'elles ont servi à former un cycle lorsque le taureau occupait l’équinoxe de printemps trois mille ans avant l'ère vulgaire ; 2° que le cycle des douze ani-
maux n'est pas un zodiaque , en sorte qu'on ne peut pas dire qu'il soit un zodiaque différent du nôtre ; 3° enfin, que les emblèmes astronomiques désignés sous le nom de ces douze animaux sont les mêmes que dans nos sphères, et que cette partie de l'astronomie des Chinois et de tous les Orientaux a une filiation commune avec la nôtre.
Tous ces traits de ressemblance sont comme les débris de leur ancienne astronomie : peut-être qu'une étude approfondie de leur astronomie moderne pourrait y montrer encore de nouveaux rapports.
Enfin , les Américains (a) mêmes, quoique séparés de notre continent par de vastes mers, et inconnus à nos régions pendant tant de siècles, ont conservé des iraces d’une communication ancienne avec les nations savantes de l’ancien monde. Les peuples de la rivière des Amazones appellent mâchoire de bœuf les étoiles de la iète du taureau céleste (b). Les Troquois appellent ourse les mêmes étoiles que nous (c). Ainsi, la constellation voisine du pôle, ou la polaire , qui servait de guide aux anciens pilotes, et le taureau, signe équinoxial de printemps; divinité universelle de tous les peuples, ont échappé à l'ignorance de ces nations. Si ces étoiles ressemblaient à un bœuf eu à une ourse, peut-être pourrait-on supposer que cette ressemblance aurait pu conduire les peuples des deux hémisphères, sans aucune communication, à désigner par le même nom les mêmes étoiles. Mais je soutiens qu'un homme qui ne connaïîtrait aucune étoile, et à qui l’on dirait de chercher dans le
ciel le taureau et l’ourse, ne choisirait pas les étoiles
(a) Les Américains en ont conservé quelques noms. — (b) La Condamine, Acad. des Scienc, 1745. —(c) Lafiteau, t. 2, p. 236,
DES CONSTELLATIONS. 207 qui portent ces noms. Ainsi, l'accord des peuples qui habitent les deux hémisphères sur le nom de ces asté- rismes, accord qui ne peut être l'effet du hasard, annonce une ancienne communication, |
Il paraît donc par ce Mémoire que l'astronomie part d’nne source unique; qu’elle est née sur les bords du Nil, sous le tropique même; qu’elle s’est ensuite propagée chez les différens peuples du monde, à diverses époques ; et que l’état du ciel au temps de la distribution des signes , qui est venue jusqu’à nous, était tel, que le solstice d’été devait répondre au capricorne , et que l'équinoxe de printemps, celui qui, chez tous les peuples, a été le plus observé, était alors marqué par le signe hiéroglyphique de la balance.
L'époque de cette invention remonte bien au-delà du icrme fixé par nos chronologistes pour la création du monde à laquelle nous sommes bien éloignés de croire ; car il nous semble éternel.
Quel que soit à cet égard l'opinion de nos lecteurs, il nous suffit d’avoir trouvé un rapport marqué de notre zodiaque avec le climat de l'Égypte >) à une certaine position des équinoxes ; accord qui a lieu pour ce pays exclusivement à tout autre. C’est une espèce de démonstration, à moins qu'on ne s’obstine à regarder Îes symboles tracés dans le zodiaque comme des figures bizarres établies sans aucun dessein. Mais comment se peut-il faire que des figures jetées au hasard et sans objet, les fruits bizarres d’une imagination qui ne se serait proposé aucun but, aient un sens irès-naturel et un rapport si marqué avec les époques les plus importantes du calendrier astronomique et rural dans un tel pays et à une
telle époque ? qu’elles donnent un tableau sensible de
PU
l'harmonie de la terre et des cieux? C’est une difficulté que nous laissons à résoudre à ceux qui n’admettent pas notre hypothèse que nous sommes prèts de sacrifier à une meilleure. | |
Nous ne dissimulons pas que quelques écrivains , tels que le Gentil, ont voulu profiter de nos idées pour attribuer aux Indiens une invention que nous croyons devoir appartenir aux Égyptiens. Mais leur tentative ne nous à pas paru assez heureuse pour nous faire abandonner notre hypothèse. L'astronomie , sans doute , remonte à une très-haute antiquité chez les Indiens, chez les Chinois, comme elle y remontait aussi chez les Chaldéens et chez les Égyptiens. Car quoi de plus ancien que l’idée de chercher dans les cieux des mesures du temps , et de comparer ces diverses mesures entre elles, et avec les mouvemens célestes qui nous les donnent? Mais il ne s’agit pas ici de déterminer l'antiquité de l'astronomie en général et celle de ses calculs, qui, dans un Univers éternel, doit se perdre dans l’immensité des siècles qui nous ont précédés. Les hommes ont pu avoir des tables du ciel et de ses divisions , sans y appliquer des figures hiéroglyphiques, et sans y tracer autre chose que des lignes qui fixassent la position respective des étoiles, et des cercles qui marquassent leurs routes apparentes el les routes réelles des planètes.
Ce n’est point de cela au’il est ici question. IL s’agit de savoir qui a tracé aux cieux les figures symboliques que nous avons, lesquelles marquent et remplissent les douze divisions de la route annuelle du soleïl, et groupent les divers assemblages d'étoiles connues sous le nom de constellations. Il s’agit aussi de savoir à quelle
époque du temps, dans les siècles qui ont précédé les
âges qui nous sont connus, ces figures hiéroglyphiques dont l’origine nous est inconnue, et que nous trouvons employées plus de deux mille cinq cents ans avant l’êre chrétienne, ont été dessinées dans la sphère. Nous ne parlons pas même de toutes les figures que différens peuples dans l'éternité ont pu y peindre. Nous ne parlons que des figures du zodiaque et des constellations que les astro nomes grecs, qui avaient étudié en Égypte , nous ont transmises, et qui se trouvent gravées sur les plus an-
ciens monumens de l'Égypte et de Îa Perse. Voilà à quoi se réduit toute la question. Or, nous disons que Îles auteurs anciens, pour la plupart, s'accordent à faire honneur de cette invention aux Égyptiens ; que quelquefois cependant ils en font partager la gloire aux Chaldéens, célèbres dans l’antiquité par leurs connaissances astronomiques. Nous ne voyons pas qu'ils aient atiribué cette invention aux Indiens, quoique les Indiens ne fussent pas inconnus aux Grecs, surtout depuis l'expédition d'Alexandre dans l'Inde. Les auteurs qui nous ont parlé des brachmanes ou des philosophes indiens, ne dissimulent pas qu'ils étaient versés dans l'astronomie ; mais ils ne les font pas les inventeurs de cette science ; honneur qu'ils attribuent soit aux Égyptiens , Soit aux Chaldéens. Ils ont parlé des connaissances astronomiques des Indiens , comme d’autres auteurs ont parlé de celles des druides qui habitaient notre pays , et qui cependant ne nous en ont laissé aucunes traces. Qu'on ne dise pas que les tables astronomiques des Indiens, et leurs calculs sous certains aspects, présentent l’état de cette science beaucoup plus parfait qu'il ne fat jamais dans l'Égypte. Je réponds à cela que, n'ayant point les tables des Égyptiens, nous ne pouvons pas établir de cOmpa-