TOME VI
raison fondée. Nous ne connaissons de leur science que ce que les Grecs nous en ont dit; et nous savons que leurs prêtres étaient très-mystérieux, et ne découvraient point aux étrangers les élémens de leur théorie. Il est naturel de penser qu'un peuple, qui avait autant de génie et de suite dans ses observations, a dû porter loin l’astronomie qui était la grande science des prêtres ; sans cela aurait-il passé chez les autres peuples pour l’inventeur même de la science. Le climat de l'Égypte était très-favorable à ces observations, et les besoins du culte encore plus que ceux de l’agriculture les rendaient nécessaires. Je dis de plus que rien ne nous prouve que les tables dont se servent les Indiens soient l'ouvrage des anciens brachmanes et le résultat de leurs observations. En effet, il est très-possible que les savans de l'Inde aient recu cette science, soit des Chaldéens , soit des Égyptens, et cela dès la plus haute antiquité. Car enfin, on ne peut pas douter que l'Inde autrefois n'ait communiqué facilement avec l Égypte par la Mer-Rouge. Ce qui ferait même croire que les Indiens ne sont pas les inventeurs des méthodes qu'ils employaient, c'est qu'ils n’y ajoutent rien, et qu ils font machinalement leurs calculs comme des hommes dressés à fare usage d'une machine créée par d'autres. Maïs enfin, quand bien même encore ils seraient les inventeurs de leurs méthodes , il ne s’ensuivrait pas pour cela qu'ils fussent les inventeurs des figures hiéroglyphiques tracées dans Ja sphère qui en sont absolument indépendantes, comme nous l'avons déjà observé.
Ce qui nous détermine à les rapporter aux Égyptiens \ c’est d'abord que les auteurs anciens leur en font hon-
? » 4 neurs c’est qu'on y trouve des symboles consacrés éga-
DES CONSTELLATIONS. 21IT lement dans leurs temples et dans les cieux ; ce qui lie essentiellement l'astronomie de ces peuples à leur culte; c'est que, si les Indiens étaient les inventeurs de ces signes, l'éléphant et d’autres animaux particuliers à l’Inde devraient naturellement s'y trouver; c’est que l'écriture hiéroglyphique s’est conservée » Et a été employée en Égypte plus que partout ailleurs , et que les figures des astérismes remontent aux siècles où cette écriture était en usage, et qu'elles en font partie ; c’est que le zodiaque indien , imprimé dans les Transactions philosophiques, offre le poisson OXyÿrinque uni au capricorne , et que ce poisson est un poisson du Nil, honoré d’un culte spécial dans les temples de l'Égypte. Enfin , il est une dernière considération, c’est qu'il est une époque , dans la suite des siècles qui nous ont précédés , où le zodiaque, tel que nous l'avons , donne une correspondance en grande partie complète avec l'état du ciel et celui de la terre : et cela en Égypte.
Il est vrai qu'il faut remonter bien au-delà des époques chronologiques qui nous sont connues. Mais » Outre que nous avons fait voir par l'explication des anciens poëmes, qu'on s’est étrangement mépris en fait de chronologie, et quil nous est diflicile de remonter bien loin pour établir des dates sûres, nous répéterons ici que dans un monde éternel on ne doit jamais être embarrassé par l'antiquité des époques. Laïssons ces scrupules à ceux qui croient que la divinité a limité la durée de cette immense machine, qu’elle remplit d'elle-même à cinq où six mille tours d’une très-petite planète. Dans l'Univers-Dieu , dans l'Univers éternel, tel que Pline et les plus savans philosophes l’ont concu, on ne compte point de date. Le temps n'y est pas divisé ; il marche en masse comme la
Nature qui ne connaît ni passé ni avenir, et dans Îaquelle tout est présent. Les durées sont proportionnées aux masses , et l'éternité y correspond à l’immensité. Il serait même possible qu’en faisant partir la division primitive du capricorne placé au solstice d'été, il y eût déjà plusieurs périodes de vingt-cinq mille ans d’achevées ; car nous n’osons répondre que celle-ci soit la première , et que nous ne soyons qu'au huitième mois ou au huitième signe de la grande période de vingt-cinq mille ans, qui date du capricorne. Néanmoins nous le présumons , quant à l’origine du zodiaque ; car il n’est guère vraisemblable que les sciences se conservent dans un même . pays pendant un si long espace de temps. Tout change dans la Nature : les arts et les sciences, comme le soleil, promènent leur lumière autour du globe durant l’immensité des siècles. Tel pays qui jouissait de leur lumière bienfaisante passa ensuite dans la nuit de l’ignorance et de la barbarie. Ce sont ces réflexions qui nous ler seulement de quatorze à quinze mille ans avant notre siècle l'invention, non pas de l’astronomie,
ont fait recu
mais celle des figures hiéroglyphiques tracées dans le zodiaque que les Grecs ont reçu des Égyptiens et des Chaldéens , et que nous avons encore aujourd’hui. Quant aux autres figures ou aux constellations extra- zodiacales, nous convenons qu'il en est plusieurs qui sont des siècles postérieurs, et dont l’origine ne remonte pas à une si haute antiquité. Nous en parlerons dans le traité suivant , et nous rappellerons les diverses fables qu'on a pu faire dessus , ainsi que sur les signes du zodiaque, et dans lesquelles on leur attribue une origine historique , qui nest antre chose que le résultat des diverses fictions qui ont été faites dessus par différens poëtes.