GÉMEAUX
. Les astronomes et les mythologues anciens ont placé dans ce signe les dioscures (f), ou les deux frères gémeaux , fils de Tyndare, ou plutôt de l'épouse de T'yn-
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(a) Columell., L 11, c. 2, p. 426. —(b) P. 433. — (ce) P. 334. — (d) Germ. Cæs., c. 42. — (e) Hygin, 1,3,c. 20. — (f) Eratosth, c. 10.
s 206 DE LA SPHÈRE dare et de Jupiter (a), connus dans la fable sous le nom de Castor et de Pollux (b), divinités tutélaires des navigateurs, adorés en Laconie et surtout à Samothrace (c). Toute l'antiquité a vanté leur union fraternelle et leur amour pour la plus parfaite égalité entre eux; ce qui leur a mérité d'être placés aux cieux par Jupiter au nombre des astres les plus brillans (d). Neptine crut aussi devoir les récompenser en leur donnant les chevaux dont ils se servent, et en leur accordant le privilége singulier de protéger les navigateurs contre les naufrages (e). Je remarquerai ici que dans les monumens anciens, et même dans ceux du moyen âge, on trouve encore les gémeaux avec des chevaux. Ils sont ainsi représentés dans le monument trouvé dans l'église de Notre-Dame de Paris, lequel remonte au règne de Tibère, et sur le portail de l’église de Strasbourg.
Leur apparition bienfaisante les fit appeler des divinités salutaires ou des Dieux sauveurs (f). Nigidius les nomme les divinités de Samothrace, dont il n’est pas permis de révéler la nature, à cause du secret qu'exigent ceux qui président à ces redoutables mystères (g). Le même auteur prétend que Castor et Pollux, fils de Tyndare, furent honorés du titre de sauveurs après avoir rétabli la tranquilité sur les mers qu'infestaient les pirates. Compagnons de Jason et d'Hercule dans la fameuse expédition en Colchide, ils firent preuve du plus grand courage sur la mér au milieu des orages les plus violens; et sur la terre, en bravant toutes les fa-
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(a) Hygin. Fab. 155. —(b) Germ. Cæs., ps 9 Hygin,, Lac: — (ce) Germ. ibid. — (d) Hygin, 1. », c. 23. — (e) Diod. Sic., L 4, c. 43. — (f) German. , c. 9. — (g) German. ibid,
tigues et les dangers de la guerre. Jupiter, pour récompenser leur courage , les plaça aux cieux, et ils lui demandèrent de les fixer dans un lieu où ils pussent encore servir les hommes, et veiller à leur conservation : ce qui leur fut accordé; et encore aujourd’hui, leur vue inspire de la confiance aux mortels qui ont besoin de leur secours.
On raconte (a) qu'Idas et Lynceus , fils d'Apharée de Messène , avaient pour amantes Phébé et Hilaria, filles de Leucippe, deux jeunes filles d’une éclatante beauté. L'une, Phébé, était prêtresse de Minerve , et sa sœur prêtresse de Diane. Castor et Pollux en devinrent amoureux et les enlevèrent. Leurs amans prirent les armes pour les délivrer des mains des ravisseurs. Le combat s’engagea ; Castor tua Lyncée dans l’action. [das , après la mort de son frère, abandonna ses armes et le soin de reprendre son amanite , et il ne songea plus qu'à donner Ja sépulture à son malheureux frère. Tandis qu'il rassemblait les débris de son corps et qu'il se préparait à lui élever un monument, Castor survint et voulut s'y opposer , disant qu'il l'avait terrassé comme il aurait fait d’une timide femme. Idas indigné tira son épée et l’enfonçca dans l’aîine de Castor qu'il tua. À peine Pollux en fut instruit qu'il accourut pour venger son frère. [das expira bientôt sous ses coups. Il s’occupa de suite de donner la sépulture à Castor. Comme il avait lui-même recu de Jupiter une étoile, tandis que son frère Castor n’en avait pas, parce qu'il était né du sang de Fyndare
ainsi que Clytemnesire, au lieu que lui était, amsi
(a) Hygin, Fab. 80. Tat. Cont. Gent, , p. 150. Ovide. Fast , L. 5,
qu'Hélène, du sang de Jupiter, Pollux demanda à son père de partager avec son frère cette marque distinctive ; ce qui lui fut accordé et ce qui donna lieu, dit-on, d'imaginer qu’ils se remplaçaient successivement dans la vie. Les Romains retracent cette idée dans leurs courses où un seul cavalier court avec deux chevaux. Quelques auteurs veulent (a) que Castor ait été tué dans la guerre des Athéniens contre les Lacédémoniens, et qu'il ait péri à La ville d’Ariadné. On trouvait en Laconie beaucoup de monumens (2) qui rappelaient les événemens prétendus de leur vie, et qui consacraïent leur mémoire par un culte religieux. On les représentait à Lacédémone par deux bâtons unis, symbole simple et semblable au caractère abrégé par lequel on désigne encore ce signe (c). D’autres mythologues désignent les denx gémeaux sous les noms d’Æpolilon et d’Hercule (d). Effectivement on les trouve souvent, dans les anciens monumens, décorés des attributs de chacun de ces Dieux; l’un tient en main la lyre, et l’autre la massue. Chez les Germains on adorait Castor sous le nom d’Æ{cis, qui est un des noms d'Hercule , Ælcides (e).
Certains auteurs y ont vu Z'riptoléme et Jasion (f) chéris de Cérès, et qui jouent un rôle dans l’histoire de cette Déesse, surtout Triptolèême.
D’autres enfin les ont appelés Æmphion et Zéthus (g), qui bâtirent les murs de Thèbes au son de la Iyre : l’un
d'eux était représenté tenant une lyre, et l'autre avait une ceinture.
(a) Hygin, L 2,0. 23. German., c. 9. — (b) Pausan. Lacon. — (ce) Plut. de Amor. Frat. — (d) Hygin,l. 2, c. 23. Varro de Re rust., 1.2, c. 1. — (e) Tacit. de Morib. Germ., c. 43.— (f) Hygin, J, 2, c. 23. — (g) Germ. Cæs., c. 9.
Oppien (a) donne à Castor l’épithète de lumineux ou de phaësphore. Les Argiens appellent Castor Mixarchagétès ,.-et révèrent Pollux comme un des Dieux de lOlympe (b). Hésychius appelle ces astres agastores (c).
On donnait encore d’autres noms aux gémeaux dans les diverses langues
Les Arabes les nomment algeuze (d) et elgeuze.
Ils appellent le premier des gémeaux avellar et aphellan : c’est Apollon; et abracaleus et iracleus : c'est Hercule (e).
D’autres sphères y peignent deux paons ( f); les Perses deux chevreaux (2).
Les Indiens les nomment doupexer (h) en pelhvi (à, et mitouna en langue brame.
Les Hébreux les appellent tomim et tamim (j); les Chaldéens tammech ; les Grees didymoi (k), dioscurot , cabeiroti , les cabires ou grands Dieux.
Les Latins, germini , ledæi juvenes , tyndaride.
Blaeü (7) les nomme Phœbi sidus, Helenæ fratres, T'yndaride puert, OEbalii juvenes, Gemini lacones, dioscuri, Jovis fil, Di Samothraces , Dü germani, anaces , hephæstioi, præsides.
On distingue dans cette constellation plusieurs étoiles. La brillante de la tête du premier des gémeaux s'appelle étoile d’Apollon (m), de Castor, et en arabe, ras-algeuze (n) et elgieuze.
(a) Oppian, L 2, v. 14.—(b) Plut. Quest. Græc., p. 296.—(c) Hesich. —(d) Cæs., c. 3, p. 38. Comm. sur Alfrag., p. 108. Kirk. OEdip., p- 198. —(e) Bayer, tab. 24. Alphons., p. 210. — (f) Scalig., p. 435- 444. — (g) Hyde de vet. Pers. Relig. —— (h) Anquetil. — (i) Gentil, Voy. de lPInde, t. 1. — (j) Epiph. adv. Hæres. Ricciol, , v. 126.— (k) Hipparch., L r.c. 2.—(1) Cæsius, c. 3, p. 38 —(m) Riccioli, p.125. Alph., p. 224. Stofller, p. 89. — (x) Bayer, t. 24.
Celle de la tête du second s'appelle Pollux , Hercule, ÆAbrachaleus (a).
Celle du pied gauche de Castor se nomme calx. = Les deux étoiles de Ja tête sont des étoiles de seconde grandeur. La précédente du pied des gémeaux se nomme propus (b) ; elle est près du cancer (c). C’est celle du pied gauche, suivant Ératosthène (d).
Les gémeaux paraissent placés à la droite du cocher au-dessus d'Orion , de manière qu'Orion cependant réponde à l'intervalle qui est entre les gémeaux et Le taureau. [ls paraissent se tenir embrassés et descendre les pieds droits en avant. Ils semblent au contraire inclinés | et couchés en se levant (e). Les phénomènes de leur lever et de leur coucher ont donné lien à la fiction qui suppose que Pollux partagea avec son frère son immortalité , et qu’alternativement , de deux jours l’un , ils paraissent briller à nos yeux (f).
Ülugbeigh (2) appelle les étoiles des gémeaux gjiauza ; celle de la tête du premier gémeau , ras-al-tawim-al-mulkdim; celle qui est un peu rouge, et qui brille à la tête du second , ras-al-tawim-al-muchir. Celle du pied gauche et du droit du second s'appelle a/-hena. Hyde, dans son Commentaire sur Ulugbeigh (4), observe que des noms grecs Apollon et Hercule, les Arabes ont fait par corrupuon Îles noms d’aphellan, d’aphellar , et ceux d’he= raclus, abrachileus, qu'ils donnent aux gémeaux. Les
Arabes, ditl, les appellent aussi tawamän, les Hébreux,
(a) Bayer, tab. 24. — (b) Hipparch., 1. 3, c. 5. Germ., p. 7. Procl., c. 16. — (c) German. , p. 9. — (d) Eratosth., e. 10. Stoffler, p. 89. —(e) Hygin, L'3,c. 21.—(f)E. à, c. 23. — (g) Ulugbeigh, p. 68-72. — (h) Hyde, p. 33-35.
teomim , les Syriens , tomé, noms qui se traduisent tous par gémeaux. Les mêmes Arabes leur ont aussi donné le nom de gjauza, les Turcs celui de küz siphètla burgi, en persan ghurdeshän.
On appelle aussi dirä le bras , et l’on y fixe une des Stations de la lune , la cinquième ; et dans le lieu appelé alhena, on y place la sixième (a). On donnait le nom d’elhahak aux têtes des gémeaux; et à celle de Pollux, ceux d’'elhenat et de ketpholt summan (b).
Ce signe était affecté à l'élément de l’air ; il était le domicile de Mercure. Aussi disait-on que Mercure avait fait présent d’un cheval à Pollux (c).
C'était le siége de Phœbus ou d’Apollon , dans la distribution des signes entre les douze grands Dieux (d). Martianus Capella suppose (e) que Mercure et Phœbus se métamorphosent sous une forme brillante ei traversent ce signe qui leur est familier,
Columelle (f) fixe au quatorze des ce de juin -le passage du soleil aux gémeaux. On célébrait à Rome en juin, au lever des gémeaux, l'apparition de Castor et -de Pollux, dans le combat contre les Latins (g).