VERSEAU
Queiques auteurs ont prétendu tirer la forme et le nom du verseau des pluies qu'il occasionait à son lever.
On a vu nos conjectures à cet égard dans notre disserta- M
tion sur l’origine de l'astronomie. Quelques-uns veulent que ce soit le fameux échanson des Dieux, Ganymède, fils de Tros et de Callirhoë (4), lequel, chassant sur les somméts de l’Ida, fut aperçu par Jupiter qui fut épris de ses charmes , l’enleva aux cieux par le moyen de son aigle, et le mit au nombre des signes célestes. Il y prit le nom d'Aquarius de la fonction qu'il paraît exercer près des Dieux. Il tient une coupe dans sa main, et il
en verse une abondante liqueur (e) que les uns disent
être ‘un courant d’eau et un fleuve ; ce qui le fait appeler
verseau ; d’autres disent du vin, ce qui le fait nommer Ganymède , que sa beauté rendit digne de servir le
pectar aux Dieux : aussr la liqueur qu'il verse passe-t=
(a) Columell. ; 1, 11, €. 2, p:434. — (à) Quint. Smyrn. , 1. 7, v. 300. —(c) Hesych. -— (d) Germ., c. 26, Hyg., c::30.— (e) Theon.,, p: 146: Ovid. Fast., 1]. 1, v. 652. +
elle pour être le nectar dont s’abreuvent les immortels.
Ceux qui y voient un torrent d’eau l’appellent Deucalion , dont le nom est fameux dans l’histoire des déluges. C’est l'opinion d'Hegesianax, cité par Hygin (a), et celle de dNigidius, cité par Germanicus César (b). Ce dernier raconte que Deucalion, roi de Thessalie, au moment du déluge resta avec Pyrrha sa femme sur les sommets de l'Etna. Frappés de la dévastation de l’Univers , et se trouvant seuls, ils prièrent Jupiter ou de les faire aussi périr, ou de réparer les ruines du genre humain. Le Dieu leur ordonna de jeter par derrière eux les pierres qu'ils rencontreraient devant eux; ce qu’ils firent. Toutes les pierres que jetait Deucalion se changeaient en hommes ; et celles que jetait Pyrrha se changeaient en femmes. Ainsi fut réparée l'espèce humaine.
Eubulus prétend, lui, que l’homme du verseau est l’ancien roi des Athéniens, Cécrops ; car, avant la découverte du vin , on faisait des libations aux Dieux avec de l'eau, et Cécrops régnait avant'que le vin fût connu des mortels. |
D'anciens auteurs ont dit qu'il était Aristée (c), fils d’Apollon et de Cyrène, dont ce Dieu obtint les faveurs sur le mont Orphée. Aristée passe pour avoir été instruit dans toutes les sciences et dans tous les arts, et avoir fait usage de ses connaissances pour le bonheur des hommes. Son nom même semble indiquer son caractère bienfaisant. Les influences malignes de la canicule ayant corrompu les fruits et donné naïssance à des maladies
(a) Eratosth. , c. 26. Theon., p. 136. — (b) Hygin., 1. 2,c, 30. — (c) Germ., c. 26.
contagieuses parmi les hommes, Aristée obtint des Dieux, et surtout de Neptune, d'arrêter les effets désastreux du lever de cette étoile, en obtenant des vents frais qui en corrigeassent les ardeurs brülantes. En conséquence , les Dieux ordonnèrent qu'au leve# de la canicule, tous les ans, les vents soufilassent pendant quarante jours, chassassent par leur souffle salutaire les exhalaisons pestilentielles qui corrompaient l'air. Ce sont les vents étésiens qui tous les ans soufflent à cette époque. ÂAristée lui-mème fut placé par les Dieux au nombre des signes célestes.
L'origine de cette fiction est aisée à apercevoir quand on sait que tous les ans au solstice d'été, au lever de Sirius, le verseau montait le soir. Alors soufilaient les vents étésiens que l’on attribuait au signe qui montait le soir, et à son influence fraiche et humide, comme on attribuait les ardeurs du jour à l'étoile qui le matin s’unissait au soleil. C'est par une raison semblable que les Égyptiens disaient du verseau, que, d'un coup de son pied , il faisait sortir les eaux du Nil hors du ht du fleuve (a), qui se déborde effectivement à cette même époque solsticiale. Par Ta mème raison aussi on Jui attribuait l’espéce de déluge qui couvrait alors toutes les terres de l'Égypte. De-là vint le nom de Deucalion, qui lui fut donné, ainsi que la fable sacrée faite sous ce nom, comme on a pu le voir dans notre dissertation sur les apoeatastases.
Dans la fable de Ganymède, on sait que celui des douze grands Dieux que l’on peignait sous la forme d’un jeune
homme qui tient une coupe, fut censé être celui qui ver-
(a) Theon., p. 156.
sait à boire aux autres. Comme il ne monte jamais sur l'horizon sans être précédé de l'aigle céleste, on dit qu'il avait été enlevé au ciel par un aigle. Voilà en peu de mots l’origine des principales fictions faites sur ce signe.
Hygin le fait fils d’Assaracus (a); ailleurs il est fils d'Éricthonius ou du cocher (b).
On lui donne différens noms.
Les Arabes l’appellent sakib al-m4 (c), delu, aldelu(d), idrudurus (e), elkausu , elkusu, elkaus.
Les Hébreux, deli (f).
Les Syriens , daulo.
Les Perses, dûl.
Les Turcs, Aügha.
Tous ces noms désignent une urne et une cruche (g).
Les Égyptiens , monius (le).
Les Indiens le nomment del ou dol en pelhvi (ti), coumbum en brame (j). |
Les Grecs , hydrochoos (4) , calpé (1).
Les Latins, aquarius et amphora, situla , urna (m), fusor aquæ , fundens latices (n), tyramus aquæ , py'xis, cotylè (ve), amnis aquart (p), juvenis regens aqua (q); Hermidonè (r), Junonis astrum, Idœus , Jovis cynædus, catamitus , pincerna, hydridurus, ydrochoos (s).
Les Arabes y peignent un mulet portant deux seaux (4).
(a) Hygin., Fab. 224. — (b) p. 251. — (c) Hyd. Comm. ad Ulugp., p. 42-45. — (d) Bay, t. 32. — (e) Ricciol., p. 126. Stoff,, p. 81. — (f) Kirk. OFdip. , t. 2, part. 2, p. 199. — (8) Hyd. ibid. — (h) Cæs., c. 11, p. 92. —(i) Anquetil. —(j) Gentil. —(%) Hipp., L 1, c. 3. Procl., c. 6. — (1) Germ., p. 5. — (m) Ausonius. — (7) Germanic., c. 36. — (o) Stoff., p. 14. — (p) Manil., 1. 1. — (q) Ovid. Fast., 1. 1, 652. — 4) Vitruv. , 1 9, c. 6. —(s) Cæsius, p. 92. — (t) Scalig., p. 440.
On distingue plusieurs parties ; l’urne ou le vase du verseau , Calpé (a); le courant d’eau, effusio aquæ (b); enfin vestis, ou son manteau, ephaptis (c), mantile. L'étoile de la jambe s'appelle scheat (d).
Ulugbeigh (e) appelle la plus brillante des deux qui sont à l'épaule droite, sad al-melik; celles de l'épaule gauche, sad al-siud ; les trois de la main gauche, sad bula ; celles de la droite, sad al-achbijà ; celle de l’extrémité de l’eau , qui est dans la bouche du poisson austral , al-diphda al-auwal, phäm al-hüt al-genub.
Sad al-melik signifie la fortune du roi (f) ; sad at-siud, la fortune des fortunes ; c’est la vingt-quatrième station de la lune. Sad bula ou fortuna deglutientis , est la vingtiroisième station. On compte auprès quelques étoiles appelées alana. |
Säd al-achbija, fortuna tenloriorum, est la vingtcinquième staiion.
L'étoile de la bouche du poisson austral est diphda auwal, première grenouille , ou phem al-hüt gjenubi, bouche du poisson austral.
* Bula est composé de deux étoiles , dont l’une obscure \ et l’autre brillante. Celle-ci, par son éclat, semble engloutir et absorber l’autre. Elle se lève dans la nuit du second mois canün, et se couche à la fin du mois ab.
Aquarius étend sa main gauche jusqu’au dos du caprieorne (g) ; de la droite , il touche presque la crinière du Pégase. Il regarde le levant, et descend sous les flots à reculons. L'eau de son fleuve se termine au poisson s0-
RE 6 hs 20 CR AAA
(a). Hipp., L 2, ©. 22. — (b) Ârat., v. 393-399. — (c) Hipp. , ibid, — (d) Bay. » tab. 32. — (e) Ulugbeigh, p. 98-104. — (f) Hyd.» P. 42-43. — (g) Hygin, L. 3, c. 28. Theon. > P: 136.
> ot Gt
hiaire ou unique , connu sous le nom de poisson austral. Il se couche et se lève la tête la première.
Vers la trentième partie d’Aquarius , se lèvent, avec le signe même , la faulx, le loup , le lièvre , le petit aquarius et l'autel, suivant Firmicus (a).
Ce signe est le domicile de Saturne, le siége de Junon, dans la série des douze grands Dieux. Il est consacré à l'élément de l’air. |
Columelle (b) fixe au dix-sept des calendes de février l'entrée du soleil dans le verseau. Ovide le marque au. quinze (c). Ce même jour, Columelle marque un lever du verseau accompagné du souffle du vent africus et de tempêtes. Aux nones de février, le lever du milieu du verseau (d) avec vent et tempête. Ovide le fixe au même jour (e). |
Columelle marque (f) au huit des calendes d'août le commencement du coucher du milieu d’aquarius, avec annonce de brouillards et de chaleurs.
On donnait au verseau , sous le nom de Cécrops, pour filles Aersé (g), rosée, et droson ou pandroson qui signifie la même chose.
Le calendrier rustique (4) des Romains y peignait un
jeune homme portant une cruche.
(a) Firmic., 1. 8, c. 29. — (b) Columell., L 11, ©. 2, p. 422. — (c) Ovid. Fast., L. 1, v. 652. —(d) Columell. ibid. p. 422. — (e) Ovid. Fast., L. 2, v. 145. —(f) Columell., p. 428. — (g) Hesych. Hersé."— (h) Cæs., c. 11, p.93.