‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 5 sur 97 · CES · texte numérisé non relu

CES

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(a) Hyde, p. 163. — (& Apud Pook, p. 143:

qu'on pouvait appeler chaos et Tartare dans fe style des poëtes, et l’abîme dans celui de l'Écriture (a). On distinguait donc une terre de lumière et une terre des ténèbres, habitées par chacun des principes opposés et par les génies et les ames qui s’attachent à ces principes. Dans les fables grecques , les Titans et Îes géans quiont attaqué le Dieu de la lumière, Jupiter, Junon ou le so- Jeil peint avec les attributs de l'agneau, sont précipités dans l’abîime et dans les antres les plus profonds de Îa terre, dont les flancs ténébreux les avaient enfantés. Les. ténèbres et la matière qui avaient été leur berceau , devenaient aussi leur tombeau, et Jupiter vainqueur les enchaînait dans les gouflres du ‘T'artare. Chacun des rivaux, après la victoire, était rendu à sa terre et à son monde ; Jupiter à la Iumière , et les géans aux ténèbres. Ces idées , comme l’observe Plutarque (b), étaient la base de toutes les fables sacrées débitées dans les mystères. Dieu, dit Lactance (c), voulant former le monde, qui devait être composé de choses tout-à -fait contraires , commença par former deux sources de ces mêmes choses, lesquelles sont dans une opposition et dans une guerre continuelle ; savoir, deux esprits , l’un bon, l’autre méchant , dont le premier était comme la main droite de Dieu , et Le second comme sa gauche. Ces deux esprits sont le fils de Dieu et Satan. Ces deux principes contraires sont évidemment ceux de Zoroastre , la lumière. et les ténèbres, au premier desquels la droite était affectée, tandis que la gauche l'était au second (d) : c’est l'Ormusd et l’Ahrimane des Perses. Ce sont là ces deux

(a) Beausobr. , t.'1 | p. 508. —(b) De Isid. p.369. —(c) Lact. Instit., lv, c. 9. — (d) Plutarq. Isid., p. 369.

DÉ L'APOCALYPSE. 25 principes dont les deux chapitres que nous expliquons vont nous. représenter les combats. L'un s'appelle le Verbe, et l’autre Satan. Ormusd (a), par sa science universelle, connaissait ce que machinait Ahrimane. [l forma Le peuple céleste, et fut trois mille ans à Le former. Ahrimane , toujours opposé au bien , ignorait ce que savait Ormusd.

Ormusd, éclatant de lumière, était pur et faisant le bien ; il pouvait faire tout ce qui est pur. Regardant ensuite. au-dessous de lut, il aperçut Ahrimane qui était noir, et qui faisait le mal. Lorsqu'Ormusd vit cet ennemi , il pensa en lui-même et dit : Il faut que je fasse disparaître cet ennemi du milieu des êtres. Nous voyons effectivement dans l’Apocalypse que ‘tel est l'effet de la victoire de l'agneau (b). Il n'y aura plus, dit l’auteur, de malédiction ; il n’y aura plus de nuit, il n'y aura plus ni pleurs, ni cris, ni afiliction; la mort ne sera plus.

Le génie lumineux (c), monté sur le cheval blanc qui va combattre la bête, ne se propose d’autre but que la destruction des génies compagnons du mauvais principe ou du dragon, qui va lui-même être enchainé dans Fabime.

Lorsqu'Ormusd (d) eut produit tout ce qu'il y a de bien et de pur dans le monde, son ouvrage fut gâté par son ennemi, qui, s'étant levé et approché de la lumière, avait couru dans le monde pour en corrompre l'éclat. Mais, effrayé de sa clarté, il était retourné dans les ténèbres épaisses, qu'il habitait, et avait fait un grand

(a) Zend Avest., p. 345. — (b) GC. a2, v. 3, v. 5; 0. 21, v. 4. — {e) GC. 19, vs m1, etc. — (d) Zend Avest., p. 346.

nombre de dews ou de mauvais génies qui devaient tourmenter le monde.

Nous voyons dans l'Apocalypse (a) ces mêmes génies sous le nom de rois et de Compagnons de la bête, qui se sont assemblés pour faire la guerre à celui qui est sur le cheval blanc, et à son armée montée pareillement sur des chevaux blancs, et vêtue d'un lin blanc et pur. C’est cé génie que l’auteur appelle Ze ferbe de Dieu ou le logos , cette lumière qui éclaire tout homme venant au monde. Cette armée est véritablement ce que le Zend Avesta appelle Ze peuple céleste d'Ormusd , que va combattre Ahrimane avec les dews ou avecles génies malfaisans qu'il a formés au sein des épaisses ténèbres , et qui doivent être précipités avec lui dans l’abime après sa défaite.

Ormusd (8), par sa science souveraine , savait que dans le cours de neuf mille ans, lui, Ormusd, devait marcher seul pendant trois mille ans ; que pendant trois mille autres ses Opérations seraientgmélées à celles d’Ahrimane ; mais qu'à la fin Ahrimane serait sans forces, et l'auteur du mal éloigné des créatures. Ormusd savait qu'à la fin il serait victorieux ; qu'Ahrimane et les dews sans force disparaîtraient ; et qu’à la résurrection des Morts et au rétablissement des corps, le monde serait délivré de Petiaré ou d’Ahrimane pendant la durée des siècles.

Cette opinion philosophique fait exactement la base ou la matière du vingtième chapitre qui nous retrace la captivité, la délivrance, les combats d'Ahrimane et de son peuple pendant mille ans : Îles résurrections et la Re 2 er pit made Sinon éans

(a) G. 20, v, 19 et 20. — (h) Zend. Avest Lt'2,p, 346.

| DE L'APOCALYPSE. 25 défaite entière d’Ahrimane et des siens, ou du diable et de ses complices, qui sont jetés dans l'étang de feu et de soufre, pour ÿ être tourmentés dans les siècles des siècles. |

L'auteur de l’Apocalypse (a), au commencement du

ch. 20, nous présente le tableau d’un ange ou d’un Dieu ministre d'Ormusd, qui enchaîne Ahrimane ou le dragon , l’ancien serpent, pour mille ans ; après quoi il doit être délié et sortir de sa prison , et rassembler ceux qu'il a sédnits, et les mener à un dernier combat qui doit achever sa défaite. De même, la théologie des Perses suppose qu'Ahrimane est lié pendant trois mille ans ; et ensuite que, devenu libre, il s’unit aux dews ou aux mauvais génies pour faire la guerre à Ormusd ou au Dieu-lumière qui en triomphe à la fin (b).

Il est dit dans le Boundesh, ou dans la cosmogonie des Perses, qu'Ahrimane, qui était sans force, et que tous les dews virent l’homme pur, et qu’ils en furent abattus; qu Ahrimane fut lié, non pas simplement mille ans, comme dit l’Apocalypsé ; mais, ce qui est plus conforme à l'esprit de cette théologie et à la division des douze mille ans pendant trois mille ans, que pendant qu'il était lié, chacun des dews lui dit : Levez-vous avec moi, je vais faire la guerre à Ormusd ou au Dieu-lumière ; avec les dews je corromprai la lumière. Ahrimane pénétra dans le ciel sous la forme d’un dragon ; il sauta du ciel sur la terre dans le mois Farvardin, le jour Ormusd ; il courut du côté du midi.

Les déws où mauvais génies firent la guerre aux étoiles fixes (c), et Ahrimane forma le dessein de détruire le |

(&) Cao, v. 12-327. —(b) Zend, Avest., t. 2, p. 350,1.—(e) P. 355,

monde entier. On voit que dans ces combats il s’agit souvent d'étoiles et de constellations, et que ce n’est pas sans raison que nous expliquons ici, par des aspects. de constellations , les combats et les victoires des agens des deux principes Ormusd et Ahrimane. Dans les combats de Typhon contre Jupiter, décrits par Nonnus (a), on voit aussi celui-ci attaquer le ciel des fixes, et livrer des combats contre différentes constellations , soit. du zodiaque , telles que le bélier ; soit hors du zodiaque , telles qu'Orion , Sirius , etc. Il n’est donc pas étonnant ici de voir la baleine, Méduse , le dragon , agens des ténébres , s'unir contre l’agneau de la lumière qui va triompher du mauvais principe et préparer la régénération de la Nature au printemps. Dans la fiction théologique des mages sur les deux principes Ormusd et Ahrimane, et sur les vingt-quatre génies attachés à chacun d'eux (b)}, on voit qu'Ormusd établit Sirius chef des astres ou des intelligences qui y résident: en sorte que: l'astronomie se trouve essentiellement liée à cette théorie sur les combats et les victoires des deux principes , et conséquemment ils doivent être mis en scène. Non-seulement le ciel, mais la terre est le théâtre de ces combats, et, comme le Typhon de Nonnus, Satan attaque toute la Nature. « Alors, dit l'Apocalypse, Satan sera délié ; il sortira de sa prison, séduira les nations qui sont aux quatre coins du monde, et il les assemblera pour combattre. Leur nombre égalera celui du sable de: Ja mer: Je les vis se répandre sur la surface de la terre,

environner le camp des saints et la sainte cité. »

(a) Dionys., 1. 1, v. 198, etc., jusqu’à 255. — (b) De Isid., p. 37.

La théologie des Perses suppose pareïllement qu’Ahrimane et son armée infestent toute la Nature, le ciel, la terre et tous les élémens. Ahrimane, disent-ils (a) , alla sur le feu et en fit sortir une fumée ténébreuse ; ïl se mêla aux planètes et se mesura avec le ciel des astres, avec les étoiles fixes et avec tout ce qui avait été formé par Ormusd. Aussitôt la fumée s’éleva dans les divers lieux où il y avait du feu. Le peuple céleste, pendant quatre-vingt-dix jours ou trois mois ( l’allégorie des trois mille ans n’est plus ici employée, et l’auteur parle sans figure), combattit dans le monde contre Ahrimane et contre les dews ; il les défia et les précipita dans l'enfer. C'est ce combat et cette défaite qui sont décrits ici (b) dans ces deux chapitres. Nous y voyons la bête, le faux prophète, le dragon et leurs compagnons vaincus, jetés dans l'étang de soufre et de feu. Est-il une plus grande ressemblance ?

Dans les combats contre Le peuple céleste (c), le eiel secourt le peuple céleste de manière qu’Arhimane ne peut plus se mêler avec lui. Le ciel voulut , comme un soldat qui a endossé la cuirasse, se présenter devant Arhimane pour lui faire la guerre. Ormusd , du ciel ferme qu'il habite, secourut le ciel qui tourne. Les férouërs des guerriers, tenant en main la lance etla massue, se préparèrent en cet état à secourir le ciel qui tourne, et le secoururent. Arhimane prit la fuite (d).

Ahrimane précipité alla sur la terre, courut dedans et bouleversa tout ce qui était dans le monde. Cet ennemi du bien se mêla partout, chercha à faire du mal

(a) Boundesh. , ibid. 355. — (b) €. 19, v, 20; et c. 20, v. 9. — (e) Zend. Avest. , p. 355 , 358 — (d) P. 356.

dessus et dessous ; il mit une eau brâlante sur les arbres et les fit sécher sur-le-champ (a).

Mais Abrimane (6) sut que les dews ou les mauvais génies, ses Compagnons, disparaitraient, et qu'il serait lui-même absolument sans forces, parce qu'à la fin, la vicioire était réservée à Ormusd. Lors de la résurrecüon (c) et pendant la durée des êtres, les hommes seront rendus à la vie par ce qui viendra du taureau. On sait que cet animal occupait l’équinoxe avant l'agneau; mais c'est toujours la même idée cosmogonique : il en résulte seulement que cette théologie des Perses , d’où est dérivée celle des Juifs et des Chrétiens, est très-ancienne : et quon appliqua autrefois au taureau équinoxial les idées de régénération, qui furent transportées ensuite à l’agneau qui le remplaca à l’équinoxe par l'effet de la marche lente de la rétrogradation des nœuds équinoxiaux. Car les initiations aux mystères de Bacchus et d'Osiris aux cornes de bœuf, sont plus anciennes que celles d'Ammon aux cornes de bélier ou de l'agneau des Chrétiens. |

Le taureau , dans cette ancienne théologie, fait done la même fonction que fait ici l'agneau aux noces duquel sont appelés les initiés ; et cela au moment de la résurrection et du grand jugement (d).

En effet, on voit aussi , à ce même instant de la défaite d’Ahrimane et de la victoire d'Ormusd, dans la théologie des Perses, Sosioch, placé sur un lieu élevé, donner à tous les hommes ressuscités une récompense proporportionnée à leurs œuvres. Les morts ressusciteront ; ee

(a) Zend. Avest., 351. — (B) P. 358. (ce) P. 387 et 415.— (d) C. 19,

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