XI. LA COURONNE BORÉALE
Cerre couronne qu’on appelle boréale, pour la distinguer de celle qui est au midi près du sagittaire, passe pour avoir appartenu à la fille de Minos ,.à Ariadne , et
a) Germ., c. 42. —(b)Theon, p. 119. Arat., v. 91. Hipp., 1. 1, ©. 2. — (c) Museus in Leandro. Homerus. Hygin, 1. 3, c. 3. — (d) Martian Capel.,L.2, c. 1. —(e) Hygin, 1 3, c.3.—(f) P. 180. — (4) Theon, p. 165. — (h) P. 168.
avoir été placée aux cieux par Bacchus son amant (a). On raconte que cette jeune princesse , s'étant mariée à Bacchus dans l'ile Dia, ou au Dieu des vendanges auxquelles cette constellation préside par son lever, elle reçut cette couronne, en présent de noces, de la main de Vénus qui préside à la balance, et de celles des heures. Elle avait été fabriquée par Vulcain (b) qui préside aussi, comme un des douze grands Dieux, à la balance avec laquelle la couronne boréale se lève. D’autres disent que Bacchus, étant venu en Crète chez Minos pour jouir des faveurs d’Ariadne , il lui fit présent de cette couronne dont l'éclat la séduisit et la fit consentir à accorder ses faveurs à Bacchus. On dit que Vulcain l’avait composée d’or et de pierres précieuses de l’Inde, dont le brillant servit à éclairer Thésée dans les sentiers obscurs du labyrinthe. On dit aussi que ce sont les cheveux de celte princesse que l’on voit près de la queue du lion (c). Elle a neuf étoiles posées circulairement, dont trois sont très-brillantes près de la tête du serpent. Ceux-ei en font une couronne ce lierre. Ils disent que c’est celle que portait Bacchus, et qu'il quitta et plaça aux cieux après la mort d’Ariadne , pour être un monument de ce malheur {d). Ceux-là en font un monument de son hymen avec Bacchus. Certains auteurs (e) la font de laurier, d’autres de myrte, d’autres de lierre avec sa grappe GF ceux-ci radiée, ceux-là de méliloi (g) où de la mème plante dont était composée celle qu'Isis trouva sur le bord
(a) Hygin., |. 2, c. 6. Germ., c. 4. Eratosth., c. 5. Theon, p: 115. Apollonius Argon, 1. 3, v. 997. — (4) Hygin. ibid. — (ce) Eratosth., c. 6. Germ., c. 4. — (d) Theon, p. 115. — (e) Bayer, t. 6. — (f) Theon, ibid. — (5) Photius Cod. 190.
de Ja mer en cherchant Osiris qu’elle venait de perdre (a). Voilà quelles sont les traditions crétoises. Voici celles d’Argos : On dit que Bacchus, ayant obtenu de son père de ramener des enfers Sémélé sx mère , vint dans l'Argolide, cherchant ‘un lieu par où il pût descendre au séjour de Pluton. Il rencontra un certain Hypolipnus qui lui en marqua la route ; Cest celui que d’autres nomment Prosymnus. Mais son guide exigea de lui une promesse qui ne fait point honneur à ses mœurs, ni à celles du Dieu qui la ui fit. Bacchus, avant de descendre , déposa sa couronne dans la constellation appelée stephanos; il ne voulut pas lPemporter avec lui, dans là crainte qu’elle ne füt souillée dans l’empire des morts. Après qu’il eut ramené sa mère il plaça aux cieux sa couronne pour y perpétuer le souvenir de son nom.
Il est à propos de remarquer ici que Bacchus est le soleil, et que sa descente aux enfers est son passage aux signés inférieurs, ce qui arrive lorsqu'il s’unit au serpent d'automne sur lequel est placée la couronne boréale, schemali (b), dont peut-être on a fait Sémélé ; à moins que Sémélé né soit, comme nous l'avons pensé, une des hyades, Thyonë, fille de Cadmus comme Sémélé, et une des nymphes hyades. Ces étoiles reparaissent le. soir à l’orient, au coucher du soleil en automne, lorsqu'il s’unit à la couronne boréale et qu’elle devance le matin son char.
La couronne boréale précède aux cieux l'Hercule Zngéniculus, connu sous le nom de Thésée (c) ; aussi l’ap-
(a) Plut. de Iside, p. 356. — (b) Cæs., c. 12, p. 140. — (c) Hygin, L.2,c, 6-7. Arat., v. 91.
belle-t-on la couronne de Thésée, et elle est placée à côté de lui. C’est elle qui le tira du labyrinthe et qui le ramena-à la lumière, comme la couronne ramène tous les jours Hercule sur l'horizon. On rapporte , dit Hygin > que Thésée étant venu en Crète chez Minos, accompagné de six autres jeunes gens et de sept filles, Minos chercha à faire violence à une d'elles » Péribœa, qui était d’une éclatante beauté. Thésée dit qu'en qualité de fils de Neptune, il croyait devoir Sy opposer, et défendre cette jeune fille contre la brutalité du tyran. Minos lui contesta son titre de fils de Neptune, et pour l'obliger à le prouver il tira de son doigt un anneau d’or qu'il jeta dans la mer, en ordonnant à Thésée d'aller le chercher, s’il voulait qu’on le crût fils de Neptune. Il ajouta que pour Jui , il ne lui serait pas difficile de pronver qu'il était fils de Jupiter; et en eflet, à sa prière, ce Dieu fit aussitôt briller des éclairs et gronder son tonnerre pour annoncer qu'il l’avouait pour son fils. Thésée, sans rien répondre , se précipita au fond des flots, où il fut recu par une foule de dauphins, qui le conduisirent aux grottes humides des Néréides, lesquelles lui remirent l'anneau de Minos , et une couronne de diamans très-brillante , dont . Vénus avait fait présent à Thétis ; Pour ses noces. C’est celte couronne que Thésée donna eu présent à Ariadne, dont son courage et ses hauts exploits ni avaient mérité la main. Elle fut dans la suite placée aux cieux par Bacchus, après la mort d'Ariadne.
Le sens de cette fiction n’est pas difficile à saisir quand on sait que la couronne boréale descend au sein des flois avant l’/rgéniculus, Thésée : que celui-ci s'y précipité aussitôt après elle, et qu'il reparaît ensuite à l'Orient précédé de la couronne, qu'il semble rapporter avec lui.