PROSERPINE
Au-dessus du serpent est une belle constellation qui fui sert Comme de couronne, et qu'on appelle en astro nomie couronne boréale et couronne d'Ariadne. Ce nom est 1endu en chaldéen par celui de phertsephon prononcé le plus souvent persephone par les Grecs , et c’est le nom de Proserpine. Nos livres d'astronomie n'ont conservé que la moitié du nom, c’est-à-dire pher, corona. Mais en y ajoutant l'adjectif tsephon on sephon, boreulis, ïl en résulte nécessairement phersephon , ei c'est le nom de Proserpine dans les Argonautiques d'Orphée et dans Denys d'Halicarnasse (a). Le nom sephon entre aussi dans Ja composition du mot PBéel sephon ou Dieu du nord ; nom de l’astre-génie qui veille sur le nord, et de sephon. Elle porte encore chez les Arabes l’épithète de phecca et phetta(b) que Grotius traduit par soluta. Cette épithète jointe au nom pher, couronne , nous donne également pherephaita, corona soluta , le flos solutus de Schikardus , nom de la couronne boréale en astronomie, et autre nom de Proserpine chez les Grecs qui nomment cette Déesse, tantôt pA ersephone, tantôt pherephatta.
Ces deux noms que les Grecs donnaient à leur Persephone sont donc encore des noms que la couronne boréale porte dans les livres d'astronomie. Les Latins lappelaient libera, nom qui a beaucoup de rapport avec alpheta ou soluta et Proserpina qui vient, non pas de Proserpere , comme l'a cru Varron (c), maisde præ serpens, c'est-à-dire antè serpens , celle qui précède le ser-
PO RE RAR RPM PER CRRNEE MER —— < —e AUSENNENS
(a) Dionys. Halic., p. 173. — (b) Ricciol., P- 127. Ulugbeigh, p. 22. Hyÿd. Comm., p. 16. Tab. Alph »P- 216. —(c) Varro de Ling. Lat., 1. 4, > 27
420 DE LA SPHÈRE pent, parce qu'eflecuvementelle précède immédiatement le serpent , sur lequel elle est placée, et qu’elle semble annoncer à son lever. C’est ainsi que le petit chien qui précède le lever du grand s'appelle en grec Procyon , et en latin antè canis et præ canis (a). Les étymologies que nous donnons ici sont toutes littérales, et forment un accord assez parfait entre elles, pour qu’on ne puisse douter que les différentes dénominations de la couronne boréale aïent donné lieu aux divers noms de Proserpine chez les Grecs et chez les Latins. Néanmoins ce n'est pas sur ce fondement que nous établissons notre théorie sur Proserpine. Il nous faut montrer, par notre méthode ordinaire , que cette couronne est celle de Proserpine, parce qu’elle explique tout ce qu'ont dit les anciens sur Proserpine , et mème les choses les plus disparates.
On sait que Proserpine était fille de Cérès. Dans notre sysième, les filiations des génies-étoiles sont la plupart fondées sur la succession des levers et des couchers. Cette clef, qui nous a déjà servi si utilement dans tant de fables, nous sert encore à expliquer la filiaion de Proserpine. La couronne boréale que j'appelle celle de Proserpine se lève immédiatement à la suite de la vierge et de son épi, et ce signe est censé lui donner la naissance , et la ramener sur l'horizon. Mais la vierge , en astronomie, porte le nom de Cérès et de spicifera. Hygin nous dit de cette constellation qu’on la nomma Cérès. Germanieus César l'appelle aussi Cérès. Enfin, dans l’horoscope que le vieux Astreus tire de Cérès etde Proserpiue, il dit à Cérès qu'elle est désignée dans les cieux par la
(a) Germ., €. 53. Hygin, 1. 2, c. 36. Tab. Alphon., p. 209.
ET DE SES PARTIES. A2 vierge el par son épi (a), et que l'ascension de ce signe annonce Cérès qui présidera aux moiïssons. Il est donc assez vraisemblable que Ja filiation de Persephone et son union à Cérès sont fondées entièrement sur les aspects et la succession des levers , dont l’un produit toujours celui de l’autre. Elle suit de si prés la vierge, que Manilius les unit ensemble dans leur ascension, et fait lever la couronne avec les quinze derniers degrés de la vierge céleste ; ce qui peut avoir lien vers le quarantième degré de latitude septentrionale ().
Voilà donc déjà un des traits de Persephone qui con vient parfaitement à la couronne boréale,
En Phénicie et en Egypte, elle ne se levait qu'avec les
dernières étoiles de la vierge et avec les premiers degrés de Ta balance , signe sur lequel elle est placée ; et lorsque le soleil parcourait ce signe, elle était alors en conjonc= tion avec cet astre , et se levait cosmiquement (c). C'était précisément dans ce temps que se célébraient les grands mystères de ces Déesses, lorsque la vierge finissait de se lever béliaquement ou sous la balance : « Circà » Hbræ signum , Cereri ac Proserpinæ augusta 1l{a et ar- » Cana mysierla instaurari solent (d).
On à trouvé à Rome une statue sur la ceinture de laquelle est représenté l'enlèvement de Proserpine (e). Cette Déesse et le char qui l’enlève sont placés sûr un bas-relief où sont tracés les douze signes du zodiaque ; et la place qu’elle y occupe avec son char répond à la vierge et à la balance, c’est - à - dire qu’elle répond aux mêmes signes auxquels elle répond dans le ciel. On Ÿ
(a) Nonnus Dionys., 1. 6,:v: 102, — (ë) Manïi., 15, v. 249: —
(c).;Theon, ‘p. 169. — (4) Julian. Orat. 5. — (e) Aleand, Jun, et Montfauc. , &. 1, pl. 41, fig. 1.
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voit aussi, près du char, sur le signe suivant, un Hercule armé de sa massue ; et il est impossible d’y méconnaître l'Hercule céleste placé pareïllement dans les cieux à côté de la couronne boréale , à laquelle il est uni sous le nom de Thésée : aussi elle porte le nom de couronne de Thésée qui figure comme un des acteurs de cet enlèvement dans la fable de Thésée et de Pirithoüs (a).
. Peu de jours après que le soleil était arrivé à la constellauon du scorpion , la couronne boréale , le serpentaire et son serpent se couchaient lhéliaquement , descendaient au sein des flots de la mer d'Hespérie, et disparaissaient, aux veux d’un Phénicien, sur la Sicile. C'est précisément où l'on placait la scène de son enlèvement. Orphée même suppose que Pluton l’enleva le soir (), à travers la mer ou à travers l'Océan ; et le même auteur fixe en automne ses noces avec le Dieu des enfers, automnalis desponsata (c). Aussi était-ce en octobre qu'on célébrait la fête de l'enlèvement de Proserpine au lever du soir du taureau céleste, auquel ce mariage avec Jupi ter-serpent donne naissance. Le taureau se levait en effet au coucher du serpent et de la couronne (d). C'était alors que se couchait la couronne , au lever du soir du taureau dont les pleïades , vergtiliæ , font partie. C'était au commencement des semailles auxquelles Proserpine présidait au lever du taureau et des pleïades qui, dans le
calendrier rural, fixaient cette époque importante (e).
Diodore de Sicile ( f) nous dit aussi que la recherche de Cérès se célébrait au temps des semailles.
(a) Cedren. , p.81.—(b) Jules Firmic. de Prof. Relig. 19.—{c) Orph., FHym. in Pherseph. Poet. Græc. — (d) Plat. de Isid., p. 378. — (e) Theon, , p. 135, — (f) Diod. Sic., L 5.
Théou unit dans leurs aspects la couronne boréale et la queue du taureau ou les pleïades (a), et il fait lever la moitié de la couronne avec la balance.
Peu de jours auparavant, la couronue précédait le char du soleil , et fixait, par son lever héliaque , le passage de cet astre dans les signes inférieurs (b), et le commencement du règne de la nuit et de l'empire de Pluton. Elle était donc alors comme le génie des signes inférieurs auxquels elle présidait conjointement avec le serpent. Voilà pourquoi elle était regardée comme la reine du Tartare ou de l'hémisphère inférieur et de nos antipodes : aussi Macrobe dit-il : « Physici terræ superins hemisphe- » riuMm, cujus partem incolimus, Veneris appellatione » coluerunt : inferius vero hemispherium terræ Proser- » pinam vocaverunt. Ergd apud Assyrios sive Phoœnices, » lugens inducitur Venus qudd sol, annuo gressu , per » duodecim signorum ordinem pergens, pariem quoque » hemispherii inferioris ingreditur , quià de duodecim » signis Zodiaci , sex superiora, sex inferiora censentur, » et cum est in inferioribus , et ideo brevicres dies facit, » lugere creditur Dea, tanquam sole raptu mortis tem- » poralis à Proserpinà retento (c). Voilà pourquoi Proserpine portait le nom de Juno infera. On sait égale ment que l’oracle de Claros donne le titre de Jupiter inferus ou d'adés au soleil, lorsqu'il parcourt les signes inférieurs. Ainsi, l’union de la couronne avec le soleil lorsqu'il passe dans le règne inférieur , et qu’il va échauffer le côté du pôle qui est sous nos pieds, est aussi naturelle que celle de Proserpine avec le roi du Tartare ; So
(a) Theon, p. 169. —(b) Columell. , L 14, €. 2, p. 431. —(c) Macrob.
Sat. 1.14 ©. 21. :
424 DE LA SPIÈRE car par Pluton l'on doit entendre le soleil peint avec les formes d’'Ophiucus et de son serpent , comme nous l'avons prouvé ci-dessus.
Dans le calendrier rural, cette constellation déterminait le temps des semailles , auxquelles elle présidait , et -0n linvoquait comme le génie dépositaire de la force germinatrice qui se développe dans le sein de la terre. Ce rapport à la terre et à la végétation obscure qui s'opère alors dans son sein, lui fit donner l’épithète de chtonia ou de terrestre qui lui était commune avec Pluton : « Ge- » nitabilem et alendo aptum spiritum sioïci de sacris » disputando Dyonisium nominant..….. Cererem vero et » Proserpinam spiritum per terram et fruges permean- » tem (a). Cicéron , en parlant de ceux qui définissaient leurs Dieux d’une manière incomplète, en ne considérant qu'un attribut particulier et une de leurs fonctions principales, nous dit : « Pluto Proserpinam rapuit, quæ » Persephon græcè nominatur, quam frugum semen esse » volunt (b). » Porphyre nous en donne une idée encore plus juste : « Proserpina omnium ex semente nascen- » Uum præses (c). » Augustin, nous développant les idées théologiques des anciens sur Proserpine, nous dit d’après Varron (d): « In Cereris sacris prædicantur illa » eleusinia quæ apud Athenienses nobilissima fuerunt , » de quibus Varro nihil interpretatur, nisi quod attinet » ad frumentum , quod Ceres invenit , et Proserpinam » quam, rapiente orco, prodidit, et hane ipsam dicit si- » gnificare fæcunditatem seminum.…. Dicit deindè multa » in ejus mysteriis tradi, quæ nisi ad frumenti inventio- ————————————
(a) Cie. de Nat. Deor. , 1 à, c. 26. —(h) Cicer., ibid. — (e) Porphyr. de Ant. Nymph. — (d) August. de Civ. Dei, L »
» nem non pertineant. » Il'dit ailleurs : « Proserpinam » }eam existimatam frumentis germinantübus ; » et dans un autre. endroit: « Eam esse terræ inferiorem par- » tem : » deux traditions qui se concilient dans notre théorie.
Eusèbe donné aussi une explication fort approchante de la nôtre (a). « Proserpina seminum virtus est : Pluto » vero sol, qui tempore hyemis remotiorem mundi » partem perlustrat. Idcirco raptam ab eo Proserpinam » dicunt, quam Ceres sub terrà latentem quæritat. » C'est bien là notre système, qui fait de Pluton le soleil peint avec les attributs de la constellation dans laquelle le soleil se trouve en automne , et qui, par son coucher accompagné de celui de la couronne, fixe l’époque où il va éclairer l'hémisphère inférieur, les régions australes et le pôle, « Quem sub pedibus Styx atra videt ma- » nesque profundi in bi : | Proserpine, qui par son lever héliaque déterminait le passage du soieil aux régions australes, et à l’hémis-
phère inférieur, déterminait six mois après , par son lever du soir, le retour de cet asire vers nos régions ae” lorsque l’astre du jour ramenait la lumière dans nos
climats. Ovide fixe ce lever (e) au 8 des ides de mars, quatorze jours ou une demi-lunaison avant l’arrivée du soleil au bélier, Alors la couronne présidait à l’hémisphère supérieur où boréal , règne de la Inmière, et fixait les moissons égypüennes. qui se font à cette Époque. De là cette fable qui suppose qu'elle était six mois aux enfers et six mois dans le ciel, avec Cérès sa mère.