‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 65 sur 97 · TOME VI · texte numérisé non relu

TOME VI

, ë& | 454 DE LA SPHÈRE

Parmi ces différens emblèmes , il en était un qui désignait assez clairement la belle constellation de Persephone : c'est la couronne que portait en pompe l'hiérophante ou le prêtre stéphanophore. Le nom d’anihesphores était donné à ces fètes. Cette couronne et ces guirlandes étaient des symboles évidens de la constellation que l'on honorait: On voit dans tous les monumens qui représentent l'enlèvement de Proserpine, la corbeille de fleurs qui est renversée. Dans les poëmes allégoriques sur l'enlèvement de cette Déesse, on faisait également allusion à la nature de l'emblème astro-

nomique, en supposant que Proserpine s’occupait à rassembler des fleurs et à composer des guirlandes lorsque son ravisseur la surprit (a). Ces allusions étaient fami- Bières aux prêtres astronomes, et elles n’ont point échappé à Manilius. Le poëte astrologue y tire l'horoscope de ceux qui naissent sous ce signe, €t il nous dit qu'ils aimeront les fleurs (b).

On voit que les poëtes ont conservé précieusement cette circonstance des guirlandes et des fleurs, qui était comme le mot de l'énigme , et qui contenait une allusion. délicate à la couronne céleste, appelée sertum et corolla. Claudien suppose mème que ce fut un stratagème de Vénus pour faire tomber Persephone dans les filets de Pluton, et il y ajoute la circonstance de la couronne: Se ignara coronat. À son exemple les femmes qui célébraient ces fêtes, cueillaient aussi des fleurs et se cous ronnaient, nous dit Strabon (c).

Enfin Ovide dit en termes formels que la couronne

(a) Ovid. Fast., 1. 4, v. 425. Metam., 1. 5, Fab. 11. — (b) Mani, 1. 5, v. 254. — (c) Strabon, 1.6, p. 256.

boréale, appelée autrement couronne d’Ariadne, est la fameuse Proserpine des anciens, de manière que ce que nous prouvons par notre système, se trouve confirmé ? e « , .e y CR CO qe Vi par le témoignage de l'antiquité. Voici ce qu'il dit (a):

Protinüs aspicies venienti nocte coronam Gnossida : Thesæo crimine facta Dea est.

Jam bené perjuro mutarat conjuge Bacchum,

Quæ dedit ingrato fila legenda viro.

I] suppose qu'Ariadne se plaint des infidélité de son amant, et que Bacchus qui l’écoutait l’'embrasse pour la consoler, et la place dans les astres sous le nom de - Libera où de Proserpine : |

Dixerat : audibat jamdudum verba quærentis Liber , ut à térgo forte secutus erat.

Occupat amplexu , lacrymasque per 6seula siccat î Et pariter cœli summa petamus ait.

Tu mihi juncta toro, mihi juncta vocabula sume , Jam tibi mutatæ Libera nomen erit.

Sintque tuæ tecum faciam monumenta CQronæ , Vulcanus Veneri quam dedit , Ula tibi.

Dicta facit, gemmasque novem transformat in ignes: Aurea per stellas nunc micat illa novein.

Hygin et Lactancé confirment la même tradition sur le nom de Libera, donné à Ariadne (è). Mie" Dans le beau monument qui représente le Mariage de Bacchus et d'Ariadne , un faune » Où Dieu à cornes de bouc, met la couronne sur la tête d’Ariadne, et Bacchus tent dans sa main un serpent, symbole visible du ser-

A ie AU Ge 0 (a) Ovid. Fäst., 1.3, v. 459. —() Hygin , Fab. 294. Lact. I. 1,

peut céleste dont l’ame du monde ou Bacchus prenait alors la forme , et auquel il s’unissait dans sa conjonction avec la couronne boréale : il était alors Bacchus Sarap (a). Hygin fait Ariadne ou Libera fille de la fameuse Pasiphaë qui aima le taureau des constellations ou de la pleïade placée sur ce taureau. C’est, en d'autres termes, la filiation de Proserpine qui naît des amours de Jupiier métamorphosé en taureau.

Ainsi Libera ou Persephone est certainement ou une constellation, ou la lune unie à cette constellation; et les aventures de cette Déesse ne peuvent être que des apparences astronomiques de la nature de celles qui, suivant Chérémon, avaient pour objet le soleil, la lune, les planètes, le zodiaque et les, astres en aspect avec eux ; fondement unique de toutes les fables sacrées. Il n’est donc point étonnant de voir Proserpine avec les : douze signes dans le monument qui représente l’enlèvement de cette Déesse, et d’y trouver à ses côtés Hercule ou Thésée , comme il l’est dans la sphère-des étoiles. Les planètes durent également lui être unies comme elles le sont aux autres astres génies , soit à Bacchus, soit à Apollon, etc. Aussi les anciens disaient que les planètes formaient son cortége et Les appelaient les chiens de Proserpine (b). La plupart des auteurs l'ont confondue avec la lune, reine de la nuit et de la végétation, à laquelle elle était intimement unie, comme lastre qui présidait aux signes inférieurs et à l'empire des ténèbres, et comme l'intelligence motrice de la sphère lunaire. |

Il sera donc aisé de la reconnaître encore lorsque,

{a) Ant. Expliq., t. 1, pl. 150. —(b) Porphyr. vit. Pythag.

ET DE SES PARTIES. 437 quittant les habits de la Déesse de la uwt, elle prend la parure de Vénus au printemps. C’est ainsi qu'on pourra concilier tont ce que disaient d'elle les anciens, et expliquer le bel hymne d'Orphée à Proserpine , qui, sans cette clef, renferme des idées presque contradictoires, telles que celles de ZLucifera, etc.

Viiæ datrix,

Quæ tenes inferni portas sub profunditatibus terræ,

Furiarum genitrix , subterraneorum regina ,

Temporum contextrix , LucrFeRA..… Fructibus florens, Benè lucens , verna, palustribus gaudens auris , Sacrum manifestans corpus, germinibus fructiferis

++... +... .. Autumnalis desponsata

Vita et mors sola, Persephone, quæ fers omnix

Et omnia occidis.

Audi, beata Dea , et fructus reduce à terra.

On voit qu'il suffit de la considérer dans la double époque qu'elle fixait par son lever et son coucher, et dans ses unions à la lune pleine ou nouvelle, pour expliquer toutes les dénominations, et concilier deux idées aussi contraires que celles de reine de la vie et de Ja mort.

Ainsi, sous quelque point de vue qu'on envisage, l’histoire de Proserpine, soit qu'on cherche l’étymologie de ses différens noms, soit qu’on explique la théologie monstrueuse de sa naissance et de son hymen, et ses antres aventures, soit qu'on examine l’horoscope de son enlèvement ou de ses amours avec le Dicu-serpent , tout s'accorde à prouver que Proserpine est la constel-

ation de la conronne boréale où d’Ariadne ; on au moins qu'elle est Ja lune pleine ou nouvelle dans la balance, en conjonction avec la couronne d'Ariadne ; car

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il a existé pour la lune la même confusion que pour le soleil. On a donné souvent son nom à la constellation qui Jui prêtait ses attributs , comme le soleil a donné son nom d'Hercule à la constellation voisine de la couronne.

Nonnus , dans ses Dionysiaques , (a), a parlé assez au long des amours d’Ariadne et de Bacchus, et de la consécration que ce Dieu fit aux cieux de la belle couronne d'Ariadne, pour y être un monument éternel de leurs amours. Comme ce morceau a été extrait dans notre chapitre sixième sur les Dionysiaques et sur Bac- . chus, nous y renyoyons le lecteur (b).

On donne à Ariadne les noms d’aridéla (c), c’est-àdire de très-claire. Peut-être le nom d’Ariadne , composé d'art, fort, et d’adné, lumineuse, signifie-t-il la même chose. Aratus et Théon lui donnent "celui d’agavé, d'agauos, splendidus (d).

On distingue surtout dans la couronne une belle étoile au milieu du bord circulaire qui la forme, et qui en est comme le nœud. Elle se nomme la perle, margarita (e),' gemma, Margarita coronæ, lucida coronæ, pupilla. Elle s'appelle aussi chez les Babyloniens a/pheta, alplecca, elepheta (f), alphacca, alphakako.

‘Chez les Arabes, mumir, munir, malfelcare (9), acliuschemalr, aclileuschemali, achliluschemali (h).

Chez les Hébreux, atarah, itter, pheer, phaar.

Chez les Grecs, stephanos (1) prôtos et boreios, ste phos, stemma.

(a) Nonnus, 1, 48, v. 971:1. 25, v. 145; 1. 47, v. 70. — (b) Ci-dess., t. 2,0. 6. — (c) Hesych. — (d) Arat., v.71. Theon, p. 15. —(e) Cæs., c. 12, p. 140. — (f) Leopold.—(3) Nabod. Astrol., p. 204.—(h) Bay., tab. 6. Ricciol., p. 127. Kirk. , p. 197. —(i) Hipparch., 1, €. 7. Aral.,. vV. 71:

Chez les Latins , corona , corolla , capitis insigne , corona ariadnea, gnossia corona dans Virgile (a) ; sertum (Bb).

Abulmazar la nomme cælum (c); ailleurs elle est appelée parma ; ici oculus. Ces noms viennent de sa rondeur.

Dans U lugbeigh, la luisante de la couronne (d) est nair al-phecca, phecca. à

La couronne elle-même, dit Hyde (e), se nomme chez les Arabes, aliclil, schemali, ou simplement aliclil.

Le vulgaire nomme ses sept étoiles circulaires, kdse shekèste, scutella fracta, käschi dervishan, scutella pau perum, kasü-almasäkin, kasäalsaälik. Le nom de naïr et d'alphecca (f), corrompu, a produit munir, malfelcare, elpheta, etc. ÆAlpheta ‘g), alpheva chez les Syro- Chaldéens, d’alphelia, d’alfalca, alfacca, alfalia (h). Deux des étoiles voisines de phecca se nomment alna- sakän et almusakän.

La couronne touche d’un côté l'épaule gauche du bouvier, et de l’autre le talon droit de l'Hercule ingéniculus. Elle se couche au lever du cancer et du lion, et se lève avec les chèles et le scorpion (à).

Columelle (j) fixe au 4 des nones de juillet le coucher du matin de la couronne ; au 3 des nones d'octobre (4) le commencement de son lever, avec annonce de la tempête; au 8 des ides d'octobre, le lever de la luisante de la couronne ; au 3 et à la veille des ides, le lever total du matin de la couronne : alors souffle le

vent auster accompagné quelquefois de pluie.

re

(a) Virg. Georg. , 1.1, v. 222. — (6) Martian. Capell., 1 2, 6. 1. — (ce) Cæs. , p. 140.— (d) Ulugbeigh, p. 22. —(e) Hyd. Comm., p. 16-17: — (f) Comm. sur Alfrag., p. 106. — (g) Tabl. Alph., p. 200-216. — (h) Sealig. not. in Sphær. Barb., p. 430. —(i) Hyg., 1.3, © 4. — æ (j) Colamell,, LL 15 , 0.2, p. 428. — (6) P. 4ar.

Ovide (a) marque au 8 des ides de mars un lever de la couronne. C’est à cette occasion qu'il rapporte ses amours avec Bacchus.

XIT. L'HERCULE AGENOUILIÉ.

La figure céleste, appelée engonasis chez les Grecs(b), ingeniculus chez les Latins, deux mots qui se traduisent par agenouillé, à cause de la position qu’elle à dans la sphère, a été regardée, par les anciens, comme celle d'Hercule , dont d’ailleurs elle a tous les attributs , tels que la massue, la peau de lion et la branche de pommes cueillies au jardin des Hespérides (c). Ce héros y paraît combattre et écraser sous son pied le terrible dragon (d) qui gardaiït l'arbre qui portait ces pommes précieuses (e). Souvent il portait un globe étoilé sur sa tête / comme s'il se fut chargé du fardeau d’Ailas. D'autres fois, c’était un hémisphère concave ou cadran solaire que ses statues portaient ( f).

Quelques auteurs ont placé, dans la constellation de l’Ingéniculus (g), Ceteus, fils de Lycaon , père de Mégisto, lequel semble pleurer le sort de sa fille changée en ourse. Car il est représenté agenouillé, les mains étendues (2) vers le ciel, et comme suppliant (à) les Dieux de la lai rendre. Cette peinture était plutôt celle de Céphée.

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