XIII. LE SERPENTAIRE
La constellation du serpentäire, nommée par les Grecs ophiuchus, et par les Latins anguitenens (a), est placée sur le scorpion, et représente un homme qui tient de ses deux mains un serpent qui lui enveloppe le milieu du corps. |
Les anciens astrologues (b) le nomment Esculape.
On a vu effectivement, dans notre article Sérapis et Esculape , où nous parlons du Dieu-soleil peint avec les formes du serpent, que c’est cette constellation qui nous sert à expliquer le culte d’Esculape et son histoire. merveilleuse, ainsi que la fable qui le fait naître des amours d'Apollon avec la pleïade Coronis. C’est cet Esculape, fameux par ses talens en médecine, qui ressusCItait les morts et qui rendit la vie au cocher céleste, lequel se lève à son coucher, et qui est connu dans la fable sous Le nom d'Hippolyte, fils de Thésée (c). Jupiterirrité l'avait frappé de sa foudre , lui eï sa maison ; mais , touché ensuite par Îes prières HT il Jui rendit la vie et le plaça aux cieux (d).
D'autres auteurs disent qu'il avait rendu à la vie Glaucus, fils de Minos (e); que Jupiter, pour l’en punir, brüla sa maison des feux de sa foudre; et qu’en considération de ses talens et d’Apollon son père, il le plaça aux cieux, tenant en ses mains un serpent. Voici la rai-
son de cet attribut. On dit qu'étant chargé de ramener
(a) Hygin, lo, c. 15. — (b) German., c. 5. Eratosth., c. 6. Hyg., c. 15. Serv. Comm. in AEneïd., 1. 11, v. 259. — (c) Eratosth., c. 6. Hyg., Lo, c. 15. — (d) German. ibid. Eratostb. ibid.— (e) Hyg., 1. 2;
C, lo.
. à la vie Glaucus, Esculape s'était retiré dans un lieu secret, tenant en sa main une baguette. Tandis qu'il révait aux moyens de ressusciter Glaucus , un serpent vint se glisser près de lui et de sa baguette. Esculape tronblé le frappa et le tua de plusieurs coups de cette même baguette. Îlen vint bientôt un autre, tenant à sa gueule une herbe qu'il lui laissa, et il s’en alla. C’est de cette berbe qu'Esculape fit usage pour ressusciter Glaucus. De-là est venu que le serpent a été mis sous la protection d Esculape, et placé aux cieux.
D'autres auteurs y ont vu Hercule (a) tenant le serpent qu'il avait tué près du fleuve Sangaris, en Lydie. Ce serpent ravageait le pays, désolait les moissons , et avait fait périr beaucoup d'hommes. Omphale ; reine de Ly-
die, récompensa par de riches présens ce service que lui avait rendu Hercule, et Jupiter, par admiration pour le courage de ce héros, le plaça aux cieux avec le serpent qu'il avait tué.
Certaines traditions y placent Friopas, roi de Thessalie, qui, pour couvrir et orner son palais, démolit un aucien temple de Cérès. La Déesse, pour le punir, le condamna à une faim que rien ne pouvait rassasier (b). Nous verrons bientôt Théon qui en fait le fameux Tantale dont la soif ne peut être étanchée. Vers la fin de sa vie, Triopas fut exposé à un serpent qui le tourmenta beaucoup, et qui enfin lui donna la mort. Cérès consentit depuis qu'il füt mis aux cieux. D’autres auteurs prétendent que c'est Carnobuta, roi des Gètes, que cette Déesse avait placé dans la constellation du serpentaire (c).
(a) Hygin, ibid. Theon, p, 116. — (b) Hyg. ibid. — (c) Hyg. ibid.
On dit que ce prince était monté sur le trône au même temps où Cérés fit la découverte du blé qu’elle communiqua aux mortels. En effet, Cérès, lorsqu'elle fit part aux hommes de ses présens, placa sur un char attelé de dragons Triptolème qu’elle avait nourri. La Déesse lui avait ordonné de parcourir l'Univers et d'y distribuer les semences des moissons , afin de retirer les “hommes de leur vie agreste et sauvage. Triptolème arriva chez Carnobuta, roi des (Gètes , qui d’abord le recut avec amitié ; bientôt après, il fut traité, non comme un étranger à qui on donne l'hospitalité, ni comme un bienfaiteur, mais comme un ennemi cruel; et celui qui voulait prolonger par ses bienfaits La vie des autres hommes, courut le danger de perdre la sienne. Carnobuta fit tuer un des dragons qui attelaient son char, afin qu'il ne püt pas fuir lorsqu'il s’apercevrait qu'on en voulait à ses jours. Cérès, qui vit le danger, se transporta en ces lieux et remplaça le premier dragon par un autre, en mème temps qu'elle punit ce roi de sa perfidie. Pour perpétuer dans la suite des siècles le souvenir de, cet événement, elle placa aux cieux Carnobuta , tenant en ses mans un serpent quil a l’air de vouloir tuer.
Les Rhodiens, adorateurs du soleil , voyaient, dans le serpentaire, Phorbas, qui leur avait été autrefois d'un grand secours en tuant les serpens qui infestaient Jeur île, appelée d’abord Ophiusa ou l'ile des serpens. Ces reptiles s'étaient multipliés à l'infini, et avaient fait de grands ravages. On parlait surtout d'un dragon , tel que celui qui est fameux dans l’histoire romanesque des chevaliers de Malte établis à Rhodes, lequel avait fait périr beaucoup de monde , et
forcé les Rhodiens à se bannir de leur patrie. Phorbas , fils de Triopas, vint par hasard aborder dans ces lieux. Il délivra l'ile de tous les animanx féroces qui l’infesaient, et tua le redoutable dragon. Comme il était chéri d’Apollon où du soleil , adoré des Rhodiens, ce Dieu le plaça aux cieux, où il est représenté tuant le serpent, et. son image y perpétue le souvenir de sa victoire. Ce serpent est le fameux Python dont Apollon lui-même iriompha. Toutes les fois que les Rhodiens s’embarquaient et entreprenaient quelque voyage éloigné, ils sacrifiaient à l’heureuse arrivée de Phorbas, et faisaient des vœux pour obtenir des succès aussi glorieux que les siens, lesquels lui avaient mérité une place aux cieux. Diodore de Sicile (a) raconte la même histoire qu'Hygin, avec cette différence que c'est d’après un ordre exprès de l’oracle de Délos, que les Rhodiens avaient été chercher Phorbas, né en Thessalie du sang des Lapithes, et l'avaient invité à s'établir dans leur île et à partager avec eux leur territoire; que Phorbas s'y était rendu ; qu'il avait purgé l'ile de serpens, et que les bienfaits dont il avait comblé les hommes durant sa vie Jui avaient mérité après sa mort les honneurs que l’on décerne aux héros.
Théon(b), outre le nom d’Hercule, donne au serpentaire ceux de Prométhée, de Tantale, de Tybris, de Thésée, d'Ixion. Il y voit Hercule ramassant les pierres que ce héros lance contre les Liguriens. Je crois que c’est une erreur, et qu'il a transporté à l’Hercule Ophiucus ce qui appartient à l'Hercule Ingéniculus, Prométhée : - Thésée, etc.
(a) Diod., 1.5, ce. 58, — (b) Théon, p. 116.