XIV. LE SERPENT
LE serpent que tient Esculape (b) touche presque avec sa tête la couronne , et traverse le corps d'Ophiucus. La partie supérieure de son corps est plus longue que celle qui dépasse le corps du serpentaire. L'extré-
mité de la queue du serpent joint le cercle équinoxial avec la queue de l'aigle. Théon dit qu'il a sa tète près des chèles ou des serres du scorpion (c). C’est le serpent qui fut mis sous la protection d’Esculape et placé aux cieux (d).
L'étoile du milieu des trois qui suivent le premier pli de la tête sont Unuk al-hauja (e). Al-ahaiïja en arabe est le nom du serpent femelle (f).
Les Hébreux l’appellent a/chaia, chaia ; les Arabes, el-evan (g) ; les Perses, le serpent d'Eve (2).
On l'appelle enchelus, anguilla (i), coluber, anguis, ophis, serpens Ophiuchi , serpens sangarinus , Esculapii, Laocoontis, Cœsi seu Glauci; lesbius draco ,
tiberinus (j), dibar, diban (k).
(a) Hygin ,1.3. c. 13.— (b) Ibid. — (c) Theon, p. 117.—(d) Hyg., l.2,c. 15. — (e) Ulugbeigh, p. 46. — (f) Hyd. Comm. 24. Comm. Alfrag., p. 106.—(g) Kirk. OEdip., t. 2, part.2, p. 197.—(k) Chardin, t. 3. — (i) Bay.,t. 14. — (j) Cæs., c. 14, p. 153. — (4) Hesych.
ET DE SES PARTIES. 453 XV. LA LyRE ou 1e VAUTOUR.
CETTE constellation passe pour être la lyre que Mercure se fit avec une écaille de tortue , et qu'il remit ensuite à Orphée, fils de Calliope et d'OFagrius (a) ; aussi porte-t-elle les noms de lyre de Mercure ét de lyre d'Orphée (8). Elle porte également celui de lyre d’Ingéniculus ei de Thésée (c), à côté de qui elle est placée.
On raconte (d) que le Nil, après s'être débordé » étant rentré dans son lit, laissa à sec une tortue, laquelle tomba en putréfaction, à l'exception de ses nerfs que toucha Mercure, et qui, sous ses doigts, rendirent des sons. Mercure, à l’imitation de ce qu'il avait fait avec cette écaille, composa un instrument musieal de la même forme. Il le donna à Apollon; d’autres disent à Orphée qui était fils de Cailiope, une des Muses. Celui-ci établit dessus neuf cordes, nombre égal à celui des Muses. Les sons de cet instrument étaient si harmonieux qu'il attirait à sa suite les arbres, les bêtes, les rochers même sensibles à ses accens (e). Il descendit avec aux enfers pour en urer Eurydice sa femme. On dit que, comme il bonorait singulièrement Apollon, en qui il voyait le plus grand des Dieux, et qu'il ne rendait aucun honneur à Bacchus , à qui il devait une partie de sa gloire, ce Dieu l'en punit. Il était sur le mont Pangée, attendant le lever du soleil pour être le premier à lui rendre hommage UE). lorsque Bacchus détacha contre lui les bacchantes qui le mirent en pièces. Après avoir rassemblé ses membres ;
: ! 3 (a) Hygin, 1.2, €. 8. — (b} Lucian de Astrol., p. 988. — (oc) Hygin , E 1, c. 7: Arat! 615. KiPk 3 -p. 107 "Coins, > © 23... Isidor. Orig., 1.3, c. 4. — (e) Lucian. , ibid. — (J) Eratosth. , ce. 24.
elles l’ensevelirent sur les monts de Lesbos , et donnérent sa lyre à Musée. Elles prièrent Jupiter de placer aux cieux cette lyre pour perpétuer le souvenir de son nom et de son goût pour la musique (a). On prétend que ce furent les Muses (b) qui, du consentement de Jupiter et d’Apollon, rassemblèrent les parties de son corps , leur donnèrent la sépulture à Libethris, et placèrent sa lyre aux cieux, nesachant à qui la donner. On dit que les cordes étaient formées des nerfs des bœufs d’Apollon ; que d'abord le nombre des cordes était de sept, égal à celui des pleïades, dont Maïa, mère de Mercure , était une; et qu'Orphée, fils de Calliope, une des Muses, en porta le nombre à neuf, nombre égal à celui des Muses.
* Quelques auteurs pensent que le nombre sept des cordes était relatif, non aux pleïades, mais aux planètes (c). Ils ajoutaient qu'Apollon l'ayant donnée à Orphée, elle passa à Musée après la mort de celui-ci ; et que Musée obtint de Jupiter qu’elle fùt placée aux cieux. On prétend qu'elle était un ouvrage de Mercure, qui la fabriqua étant encore enfant; car il n'avait encore que trois jours (d). Elle fut placée près de lngeniculus, et destinée à l'instruction de Thésée ou de l’/ngéniculus , qui porte les noms d'Hercule, de Thésée et d'Ixion. Certains auteurs prétendent. (e) qu'Orphée, étant descendu aux enfers pour chercher son épouse Eurydice, y fit l'éloge des Dieux à l'exception de Bacchus qu'il oublia, comme OEnus avait oublié Diane. Onditqu'Orphée, étant sur le mont Olympe près de la Thrace, d'autres
PP
(a) Eratosth., c. 47.—(b) Hygin, La, c. 8. —(c) Theon , p. 135. — (d) P. 167, —(e) Hygin, 1.2, c. 8. |
disent sur le Pangée, occupé à jouer de la lyre, fut attaqué par les bacchantes qui le mirent en pièces. Mais, suivant quelques autres, il n’éprouva ce malheur que parce qu'il avait porté un œil curieux dans les mystères de Bacchus ; car ce fut toujours un crime que de chercher à sonder les mystères. Un docteur chrétien dit : Garde-toi de raisonner. Un hiérophante disait : Gardetoi de sonder la profondeur des mystères.
Il.cst d’autres traditions (a) qui supposent que Mercure forme sa lyre sur le mont Cillène en Arcadie. Elle fut de sept cordes à cause des pleïades, du nombre desquelles était Maïa sa mère. Ensuite, lorsqu'il eut enlevé les bœufs d’Apollon et qu'il eut été surpris dans son larcin par ce Dieu, il en fit présent à Apollon pour se réconcilier avec lui , et il consentit qu'il s’en dit l’inventeur. Apollon, de son côié, lui-donna une baguette qu'il porta avec lui en Arcadie. Sur sa route, il rencontra deux serpens qui se baitaïènt et s’entortillaient entre eux. Mercure les força à se séparer en jetant au milieu d'eux sa baguette qu'il regarda dès ce moment comme un instrument de réconciliation et comme un symbole de paix. C’est là l’origine du caducée formé d’une baguette qu’entrelacent deux serpens : c’est aussi à son exemple que les athlètes, dans leurs exercices, se servent dè la baguette. Apollon, ayant reçu la lyre , enseigna la musique à Orphée, à qui il remit dans la suite cette lyre. On ajoute que, dans la dispute qui survint entre Vénus et Proserpine pour savoir à qui d'elles deux resterait Adonis, Jupiter avait donné pour juge aux Déesses Calliope, mère d'Orphée, laquelle , pour les accorder, décida que
| do D A Be à dre (a) Hygin, L 2, 0c.8.
chacune d'elles le posséderait la moitié de l’année tour à tour, Vénus, mdignée de ce jugement, inspira à toutes les femmes de Thrace un si violent amour pour Orphée, qu'en se le disputani elles le mirent en pièces afin d’en avoir chacune un morceau. Sa tête, jetée dans les flots, fut portée par la mer dans l'ile de Lesbos où on lui donna la sépulture; et les Muses, comme nous avons dit, placèrent sa lyre parmi les astres. D’autres enfin disent qu'Orphée, ayant introduit le premier l'amour des jeunes gens, parut par-là faire outrage aux femmes, et qu'elles s’en vengèrent en le mettant en pièces. Le nombre des étoiles de la lyre est de neuf, ou égal à celui des Muses (a).
On distingue dans cette constellation une étoile trèsbrillante qui porte par excellence le nom de la lyre ;'et les autres étoiles composent le vautour qui la porte dans ses serres (b). Cette belle étoile est de première grandeur ; elle est connue chez les auteurs aabes sous le nom de oûd (c) , de vega (d), wega, brimek , brinek; chez les Latins, de pupilla , testa , fidicula (e).
Ülugbeigh-(f) nomme cette constellation shelyak et al-nesr al-wäki. |
On la nomme aussi chez les Arabes, par corruption du latin, alhira et al-ohore (g).
Ulugbeigh la désigne encore par sulhaphät, testudo , animal ou la tortue en latin, comme il l'avait désignée . par shelyàk, mot altéré de chelys en grec. Les Persans 2 LL
(a) Eratosth,, c. 24. Hygin, 1. 3, c. 6. Germ. 23. — () Hyd. Comm. , p. 18. — (c) Hyd. Vet. Pers. » P. 285. — (d) Alph. tab: 217. Bay. aux 8. Scalig., p. 34r. Ricciol, p. 128. Stofl., c. 14. — (e) Cæs.,
c. 19, p. 186. — (f) Ulngbeigh, p. 20. — (8) Hyd. » P. 18-10. Tab. Alpb., p.217. Kirk., p. 197.
ET DE SES PARTIES, 457 l’ontnommée ciengh-rümi, cythara (a). Hyde prétend que c'est l'étoile brillante qui se nomme al-nekr, al-wàki où vultur cadens, gups cathièmenos.
On l’appela aussi al-wakab , lyre tombante (b).
Du mot persan ciengh, les Arabes ont fait par corruption sengi et sangue, INeSSangue, asSangue ; AZZAN20 , Orinek (c). |
Le peuple la nomme dik-päye , chytropos. On l’appela aussi al- begale, schaliaf, nablon (d).
Les Grecs lui donnent le nom de lyra (e) , lyré et chelys , lyré ermaié ou cyllenié (f).
Les Latins l’appellent /yra (g) , fides , fidicula (h).
On lui donna encore d’autres noms qui se trouvent dans Blaeü (:), Bayer, Riccioli, Nabod, Gosselin, Stoffler, etc., tels que ceux-ci : cythara, lyra Amphionis, lyra aquilaris, decachordon, psalterium , nablium, tympanum , canticum , testudo, chelys marina, lutaria , lyra catopherès , dans Aratus ; ou lyra declivis, exilis Lyra, phor- MmyX (j), eitharis, citharion , chelyné, cheloné, mus : emus , musculus, testudo marina : nablion ou nablon , psalierium , falco sylvestris.
Vultur deferens psalterium , Pupillam et testam ; fidicen , aquila marina , bellua aquatica, Jaico, basanos en grec , ou tortor en latin ; en arabe nesrussa-kat, nesrus-
(a) Hyd. ibid. Alfrag., c, 22.—(b) Comm. Alfrag., p. 107. —(c) Cæs., c. 19. Scali., p. 431. — (d) Bay., tab. 8. Comm. Alfrag., p. 106. — (e) Prociam., c. 14. Hipp., Lr, c. 7: "(f) Arat. y v: 565-615-64. — (8) Ovid. Fast. , 1. 1, v. 316-654; La, v, 96; L. 5, v. 45. Germ., c. 23. Mygin; 1.2/6 8,:1: 01e. 6. — (h) Varro de re Rustic. PA 5: Columell., L. 11, c. 2. Plin., 1. 18, c. 26. —(i) Cæs., c. 19, p, 185- 186. Riccicl., p. 125.-126. Bay. , t. 8. Stofll. » Ce 14. Nabod. , p. 205. Gossel, p.7.—(j)Nonn, v. 256, *:
sakito, aquila cadens , nesron , lyra Arionis, Dœdalio.
Les Péruviens l’appellent urcuchillay (a) , etils y peignent un bélier de diverses couleurs.
La lyre est placée à côté de l’Ingéniculus et près du cercle arctique. Elle paraît se coucher au lever de la vierge , et se lever avecles premières étoiles du sagittaire (b).
. Golumelle (c) fixe au 11 des calendes de février son coucher du soir accompagné de pluies. Ce coucher est rapporté par Ovide au 9 des mêmes calendes (d).
Le même Ovide marque un lever de la même constellation au jour des nones de janvier (e), avec annonce de pluies amenées par d’épais nuages. Columelle en parle aussi, et le fixe au même jour: il appelle lever du matin, et marque ce jour-là temps variable (f). Le même auteur (2) place un coucher de la lyre au 3 des calendes de février, et un autre aux calendes même ; il marque pour ce jour-là le souffle de l’eurus, quelquefois de l’auster , accompagné de grêle. Aux nones de février, toute la Iyre est couchée avec le milieu du lion. Ce jourlà . soufflent le corus, le vent du nord, et quelquefois le favonius. Ovide rapporte ce coucher total au 4 des nones de février (k). Columelle place au 9 des calendes de mai (1) le lever de la lyre, à la pointe de la nuit, avec annonce de tempête. Ovide en fixe un au 3 des nones de mai (j). Columelle marque pour le 3 des ides de mai un lever du maun de la lyre avec annonce de tem-
(a) Cæs., ibid. — (b) Hygin , 1. 3; c. 6. — (c) Columell., 1. 15., c. 2, p- 420-421. — (d) Ovid. Fast., L. 2, v. 654.—(e) V. 316.—(f) Columell. ibid. , p. 435. — (g) P. 421-423. — (h) Ovid. Fast. 1. 2, v. 76. — {i) Columell. ibid. , p. 425. — (j) Ovid. Fast., 1.5, v. 417.
pête (a) ; un autre aux ides, accompagné de l’eurus , de lPeuro-notus et d’un temps quelquefois humide. Il annonce, pour la veille des ides d’août (b), un coucher du main de la lyre au commencement du premier automne. Il place au 13 des calendes (c) du même mois le passage du soleil dans la vierge ; le lendemain tempête, et quelquefois tonnerre. Ce jour-là , il fait coucher la lyre avec la vierge qui sert de domicile à Mercure, à ce Mercure à qui on dit appartenir la lyre , comme étant une de ses découvertes.
Nous nous rappelons ce que nous avons dit quelques lignes plus haut, que la lyre se couche au lever de la vierge. C’est, sans doute, cette liaison de la Iyre à la vierge ou au signe dans lequel Mercure à son domicile et son exaltation qui a été le fondement de la fiction sur Mercure et sur cette lyre; elle se lève avec le sagittaire ou au coucher des gémeaux où est Amphion avec sa lyre.
Columelle fait naître (d), du coucher de cette constellation, des tempêtes et des pluies au ‘To des calendes de septembre. Il marque (e) au 3 des nones de novembre un lever du matin de la lyre avec annonce de froid et de pluie ; an 8 des ides un lever total , avec souffle de l’auster , quelquefois du favonius; souvent il y a du froid. Au 16 des calendes de décembre répond un leveï du matin de la lyre; l’auster , et quelquefois un violent aqui- Ion, soufilent.
(a) Columell, ibid, p. 425. — (b) P. 428. — (c) P. 429. —(d) Ibid. — (e) P. 433.