‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 70 sur 97 · XVI. re CYGNE · texte numérisé non relu

XVI. re CYGNE

Les Grecs nomment cette constellation ornis, l’oiseau en général ; mais les plus instruits la désignent par le nom d’un oiseau particulier qui est le cygne (a). On rapporte que Jupiter , étant devenu amoureux de Némésis , et ne pouvant rien obtenir d'elle , eUt recours à une ruse. Il engagea Vénus à se métamorphoser en aigle , et il prit lui la forme d’un cygne qui semblait fuir devant l'aigle ravisseur, et se soustraire à sa poursuite. C’est sous cette forme que le cygne timide alla chercher un asile sur le sein de Némésis qui l’accueillit, et, le serrant tendrement entre ses bras, elle s’endormit. Jupiter sut profiter de cet officieux sommeil et, après avoir joui des fruits de son artifice , il s’envola aux cieux où son image est encore avec celle de l'aigle qui paraît le poursuivre. Effectivement , l'aigle céleste se lève immédiatement après le cygne, un peu plus au midi que lui. Némésis devint mère; et, comme elle avait eu commerce avec un oiseau, elle accoucha d’un œuf dont s'empara Mercure, et qu’il porta à Sparte où il le jeta dans le sein de Léda. Il en naquit une fille d’uné éclatante beauté que Léda adopta pour sa fille; c'était Hélène. D'autres auteurs rapportent que c'était avec Léda elle = même qu'avait eu commerce Jupiter métamorphosé en cygne. Cette dernière tradition est celle que nous à conservée Germanicus () qui donne à la mère d'Hélène le double nom de Némésis et de Léda. Théon les admet toutes les deux, et il en fait naître Hélène et les dios- Lt Len

(a) Hÿygin, À. 2, c. 3. — (b) Germ. ; ©. 24:

cures , Castor et Pollux (a). Ératosthène (à) ajoute que le cygne, qu'il appelle le grand oiseau , est la forme sous laquelle Jupiter réussit à plaire à Némésis qui prenait successivement toutes les formes pour se soustraire à ses poursuites , afin de garder sa virginité. Comme elle s’était métamorphosée en cygne , Jupiter prit la forme de cet oïseau et dirigea son vol dans l’Attique, prés de Ramnunte , où il obtint les faveurs de Némésis. Cette union produisit l'œuf dont naquit Hélène, suivant le poëte Cratès. De retour dans l’'Olympe, Jupiter plaça parmi les astres l’oiseau dont il avait pris la forme, et il lui a conservé les ailes déployées (c), comme il les avait quand il s’envola aux cieux. Théon dit qu'il a les ailes étendues , comme s’il volait en s'abattani sur la terre (d). Il le plaça près la main droite de Céphée. Théon rapporte aussi une autre tradition , laquelle suppose que ce. fut en honneur d’Apollon qüe le cygne fut placé aux cieux à cause de son chant.

Hygin (e) fait Léda fille de Thestius. Jupiter , sous la forme de ce cygne, obtint ses faveurs, selon lui, près des rives de l'Eurotas en Laconie. Elle en eut Pollux et Hélène ; Castor et Clytemnestre étaient de Tyndare.

Une des ailes du cygne s'appuie sur la circonférence du cercle arctique, et touche l'extrémité du pied gauche d'Ingéniculus. L'autre aile s'étend vers le tropique , près des pieds du Pégase (f) ; l'extrémité de sa queue s’unit à la tête du Céphée. Il se couche avec la vierge et la balance, la tête la première. Il se lève avec la fin du sagittaire et avec Le capricorne; conséquemment au coucher

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(a) Théon, p. 136. — (b) Eratosth., c. 25, — (c) Germ. c. 24. — (d) Fheon, p. 136. — (e) Hygin, Fab. 95, — COMyE A4, 6.7.

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des gémeaux qui renferment les dioscures. Lorsque Île soleil est dans les gémeaux, le cygne monte avec la nuit.

Ovide (a) le désigne sous le nom de milvus ou du milan, et il en fixe le lever au 16 avant les calendes d'avril, cinq jours avant l'entrée du soleil au bélier. Il raconte à ce sujet une histoire sur les motifs qui l'ont fait consacrer aux cieux (b). On suppose que Saturne avait été détrôné par Jupiter, et que, pour s’en venger, il avait appelé à son secours les Titans. La terre avait mis au monde un taureau monstrueux, dont la partie pos-

térieure était un serpent. Styx, par ordre des Parques ,.

l'avait enfermé dans une sombre forêt, et entouré d’un triple mur. Les destins avaient promis la victoire sur les Dieux à celui des géans qui brülerait sur les autels les entrailles de ce bœuf. Briarée, armé d’une hache du métal le plus dur, l'immole, et déjà il se préparait à brûler les entrailles du bœuf, lorsque Jupiter ordonne aux oiseaux de les enlever. Le milan s’en saisit et les lui apporta. C’est ce service qu'a récompensé Jupiter en le plaçant aux cieux.

Si on se rappelle que l’équinoxe de printemps, époque du triomphe de Jupiter sur les Titans et les géans, répondait au signe du taureau céleste , et celui d’automne au scorpion avec lequel se lève le dragon ou le serpent,

on concevra aisément que le taureau et le serpent ser«

virent à composer un emblème astronomique, destiné à exprimer les termes extrêmes de la route du soleil danss les signes supérieurs. Le milvus, étant alors supposé se lever, au moins pour les pays qui ont peu de latitude M

(a) Ovid. Fast. , 1.3, v. 594. — (b) V. 795-808.

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annonçait aux mortels la victoire de Jupiter. C’est sur ce même fondement que fnt établie la fable de la conquête de la Toison-d'Or gardée par un taureau qui vomissait des flammes et par un dragon. J'ai pris le mibus pour le cygne ; mais il pourrait être aussi bièn le vautour qui uent la lyre. Germanicus parle du lever du mitvus en Attique (a) ,'en mars , et il l’unit à un lever d'Orion. Il parle encore du lever du milvus au 3 des calendes d'avril, quelques jours après le coucher du matin du Pégase.”

La dénomination générique d'oiseau ou de grand oiseau, que les anciens ont donnée à cette constellation, est cause de la différence des oiseaux qu'on y peint, quoique le cygne soit le nom le plus connu. Quelques-uns l'ont appelé le coq ou la poule. C'est surtout chez les Arabes et. les Hébreux qu'il prend ce nom (Bb).

Ulugbeigh (c) appelle l'étoile du bec, minkär-al-desglägje ; celle de la poitrine sadr-al-deggjäsje ; la luisante de la queue, al-ridph, deneb-al- deggjägje ; l'étoile boréale du genou droit, rucha-al-degojäsje. Ce nom degsjägje signifie fa poule, gallina, dit Hyde (d); on l'appelle aussi aftafr, l'oiseau, et par corruption, kirseym dans certains globes, IL a la forme de l'oiseau katha, dont le cou et les ailes sont allongés. Sur ses aies on remarque quelques étoiles appelées alphäwren, les cavaliers. Katha est un oiseau aquatique semblable, par sa forme et sa grosseur , à une colombe. On l'appelle en persan ispherüd, et en turc Baghirtik.

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| (a) Germ., ec. 42. — (b) Kirk. OEdip., t. à, part. à, P. 197. - Ulugbeigh., p. 30-32. Hyd., p. 19. Scalig., p.432. Comm. d’Alfrag., P: 106-107. Bay., tab. 9. Ricciol., p, 127. — (c) Ulugbeigh, p. 30-32. — (d) Hyd. Comm. , p. 19.

On nomme la brillante de la queue arided (a), arioph; celle du bec albireo (b); celle de l’extrémité de la queue azelfage et elhanaf (c). Le nom de la brillante, arided, signifie chez les Arabes redolens lilium ; ils Éébpèlle aussi la rose. Le peuple nomme le cygne la croix, à cause de la position de ses étoiles (d).

Les Latins le nomment olor, cycnus, milyus. Ce mot . de milyus se rend chez les Grecs par ictynus et dictys (e). Les Grecs lenommentornis ( f). Aratus y ajoute l’épithète de æolos, varius (2). |

Voici ses noms tels qu’ils se trouvent dans Blaeü (A) : Ales canora, Helenæ genitor, ales Jovis, olor ledæus, Ledæ adulter, Phœbi assessor , volucris phœbeius, avis Veneris, ciconia, milyus ; en grec cycnos, ornis; en. arabe, altayr, hirezim, arided, adigege , digegi, adigegt, addigagato , gallina, thar nigoleth (à i), crux. Celle de la queue se nomme arrioph, aridef, denebedigge , denebaldigaga, denebadigege, dhaubod-disageti, cauda galline.

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