‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 7 sur 97 · V.— (c) Épiph., e. 49e · texte numérisé non relu

V.— (c) Épiph., e. 49e

» Les armées qui sont dans le ciel le suivaient sur des chevaux blancs vêtus d’un lin blanc et pur.

» Et il sortait de sa bouche (a) une épée à deux tranchans pour frapper les nations; car il les gouvernera avec une verge de fer, et c’est lui qui foule la cuve du vin de la fureur du Dieu tout-puissant. »

Et il porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse : « Le roi des rois et le seigneur des seigneurs (b). »

Le ciel qui s'ouvre ici, c’est l'aurore qui blanchit l'horizon. Elle ouvre les portes du jour qui chasse devant lui les ténèbres de la nuit, laquelle désormais va succomber et céder l'empire au Dieu de la lumière qui entre dans son règne. Le cheval blanc caractérise bien la monture du Dieu dont le char était attelé de chevaux blancs , et la lumière orientale qui s’échäppe du séjour d'Ormusd.

La milice céleste qui marche à sa suite monte également des chevaux blancs, et porte des habits de la même couleur ; c’est-à-dire, les livrées du bon principe et du Dieu de la lumière.

C’est contre cette armée que le mauvais principe et ses génies familiers marchent dans le dernier combat où se couronne leur défaite.

« Et je vis la bête (c) et les rois de la terre , et leurs chefs assemblés , faire la guerre à celui qui était sur le cheval blanc et à son armée.

5 Mais la bête fut prise, et avec elle le faux prophète qui avait fait des prodiges en sa présence, par lesqueis :] avait séduit ceux qui avaient reçu le caractère de la bète, et qui avaient adoré son image, et tous deux furent jetés vivans dans l'étang de feu et de soufre (d).

je DOS TI ER D EEE DRE 8 VE 7 2 ANNE UN DENT 1 | CR ARENE: EX

(a) €. 19, v. 15. — (b) V..146. — (ec) V. 19. (d) Ve 20.

» Le reste fut tué par l'épée qui sortait de la bouche de celui qui était sur le cheval ; et tous les oiseaux du ciel se soûlèrent de leur chair (a). »

Mais quel est ce génie armé de l’épée qui triomphe de la première et de la seconde bête ? Il est évident que, si ces deux monstres sont + Comme nous l'avons fait voir plus haut, la Méduse et la baleine, le génie lumineux est nécessairement Persée leur vainqueur, qui se trouve à l’orient aux portes du jour; Persée, armé de son arpè ou poignard ; Persée, le seigneur et le Dieu des Perses, Persée , que ROUS avons vu plus haut avec une couronne d'or , et. peint comme ici avec les iraits du fils de l’homme (b).

Il est placé, comme le Mithra des Perses > Qui, suivant Porphyre , avait son siége dans l’antre représentatif du monde sur la division du bélier et du taureau , et qui portait, continue Porphyre (c), l'épée du Dieu Mars, qui a son domaine dans aries , de Mithra, «ui était le demiourgos ou le maître souverain de la force génératrice.

Mithra, confondu $ouvent avec le soleil, était l’intelligence qui présidait au mouvement de cet astre, et le Dieu tutélaire de la lumière qu'Ormusd répand par le soleil, Il était, pour les Perses , cc que le Verbe, le /o- 8958, était pour les Chrétiens.

Les livres zends nous représentent Mithra comme un génie intimement lié avec le soleil, et pr jours confondu avec le soleil même. Il a les aitributs de la planète de Mars > qui préside au signe et au mois pendant lequel le soleil atteint l’équi-

esque tou- » comme ici,

DR un NN OR ONE te D HE) se (a) C° 19, v. 21. — (bY C. 14. v. 14. — (c) Porphyr. de ant, Nymph,, pra

noxe, et qui lui donne son influence avec ses symboles caractéristiques. On le peint un poignard à la main, tel qu'il est dans nos monumens mithriatiques où ce Dicu, muni d'ailes , ressemble fort au Persée de nos sphères ou à la figure symbolique du soleil de printemps, qui a été peinte dans nos constellations, et que l’on connaît sous le nom persique de Persé ou Pharsé, le cavalier : eques , ippolés , COMME l’appellent les livres astronomiques. C’est l'homme qui monté le cheval blanc. Hésiode, dans le Bouclier d'Hercule, v. 216, donne à Persée l’épithète d'ippotés. |

Ainsi, regardant l'effigie de nos constellations, qu'on nomme Persée , comme celle de l'intelligence solaire ou du soleil équinoxial d'artes , et regardant cette intelligence solaire elle-même ou le Dieu-soleil d'aries, comme l’Ammon des Égyptiens et le Mithra des Perses, nous chercherons à rassembler quelques traits de Mithra, épars dans les livres zends, et qui le rapprocheront du génie de l’Apocalypse , que nous voyons ici combattre. armé de l'épée, et monté sur le cheval blanc.

On lit dans ces livres (a) : « Lorsque l’aube du jour va paraître , que l’éclatant Mithra s'élève dans les montagnes brillantes. Le soleil, disent-ils ailleurs, comme un coursier VIGOUreUX ; s’élance du haut de l’Albordi et donne la lumiere au monde. »

Dans les prières qu'on adresse à Mithra , on le prie de venir avec la lumière.

On lui dit de venir avec le bonheur et la joie , appor-

tant la santé (b).

On l’appelie le soldat élevé qui monte un coursier vi- (a) Zend. Avesl., t. , pars 2, p. 419 — (b) T,a,p.2,p. 205.

DK L'APOCALYPSE. 57

goureux. Ceci ressemble assez au génie monté sur le cheval blanc (a), qui va combattre avec l’épée.

Il est, dit-on, le premier des izeds célestes (b}, comme Persée , qui marche à la tête des constellations placées hors du zodiaque, puisqu'il monte le premier avec le premier signe.

Il est cet ized céleste (c), ce fort Mithra qui donne la grande lumière , et le grand roi à tous les kesvards de la terre , au nombre de sept.

Il est le sublime des sublimes (d), comme le génie de l’Apocalypse est le seigneur des seigneurs. |

Il a le bras levé (e) ; c’est un guerrier qui frappe les dews ou les mauvais génies , compagnons d’Ahrimane, que noûs avons vus représentés par les deux bêtes et par les autres rois malfaisans.

Il les frappe de son épée (f), comme dans l’Apocalypse , c. 19, v. 11. Ce génie lumineux a une épée tranchante des deux côtés pour frapper les nations, et avec laquelle il défait, v. 21, le reste de ses ennemis.

C'est Mithra (3), cet immortel coursier vigoureux, qui garde bien la partie d'Ormusd, et qui le premier a habité la haute montagne d’or. Lorsque la couleuvre (k) (ou le dragon de l’Apocalypse ) désole le monde d’Ormusd , c'est ce pur Mithra qui le frappe , ainsi que les dews (i). C’est lui qui anéantit le mal, quelque abondant qu'il soit; il le frappe. Il est pur et élevé, comme lasire taschter, et tout son corps brille de lumière (ÿj). Nous nous bornerons à ce petit nombre de traits, par

(a) GC. 19, v.r1 ebr5.—(b) Zend. Avest., 206.—(c) P.207.—(d)P. 215. (€) P. 209. — (f) P. arr. — (g) P. 206. — (h) P. 204. — (à) P. 293.

2 {}) Puaôr.

lesquels les livres théologiques des Perses caractérisent leur Mithra. [ls suffisent pour faire voir qu'il ressemble fort au génie tutélaire du jour , au moment où le soleil du printemps ‘vient terrasser le germe du mal que le principe des ténèbres avait répandu dans ka Nature. Il s'unit à cet astre dans son triomphe équinoxial, comme Persée qui, sur l'agneau , ouvre en ce moment les portes du jour.

Une nouvelle raison qui nous fait rapprocher du soleil, dans ses rapports astrologiques et théologiques, le génie lumineux de l’Apocalypse, c’est que son prochain triomphe est annoncé par un ange qui est dans le soleil.

À peine l’auteur de l’Apocalypse nous a-t-il peint le Dieu-soleil équinoxial ou son génie avant-couretr, Persée, image du soleil, qu'il ajoute au verset suivant : « Alors (a) je vis un ange debout dans le soleil, qui cria d’une voix forte, en disant à tous les oiseaux qui volaient par le milieu des airs : Volez et assemblez-vous pour être au grand souper de Dieu (2) ; pour manger la chair des rois, la chair des officiers de guerre, la chair des puissans , la chair de tous les hommes libres et esclaves , petits et grands ; et tous les oiseaux du ciel se soùlèrent de Jeur chair (c). »

On remarquera encore une circonstance qui nous force dé reconnaitre le génie des mages et des Perses dans cet ouvrage ; c’est qu'en effet, chez eux on ne donnait point aux morts de sépulture; maïs on les exposait aux oiseaux qui se nourrissaient de leur chair. L'auteur fait donc allusion à un usage particulier à ce pays.

Les épithètes (d) de fidèle et de véritable que l’Apo-

calypse donne à ce génie, conviennent à un génie qui combat et qui juge, et rentrent dans les idées de vérité et de justice, deux des six attributs que les Perses donnaient, suivant Plutarque (a), à Ormusd ou au génie chef de la lumière.

Le titre pompeux de roi des rois, de seigneur des set gneurs , que l’Apocalypse lui donne ici (b), est celui qui plus haut est donné à l'agneau que la bête et les rois qui l'accompagnent doivent combattre, et par qui ils seront vaincus. C’est donc le même génie qui estappelé plus haut l'agneau (c) qu'ici on appelle le Verbe, le fidèle et le vrai, monté sur le cheval blanc, puisque c’est lui qui attaque Ja bête et qui en triomphe. C'est donc un nouvel emblème du soleil équinoxial qui a le siége de son exaltation au bélier, l'Ammon des Égyptiens, le Mithra des Perses, etc. ; car ces deux noms font pañtie de la foule de ceux qu'a eus le soleil, et dont Martianus Capella fait l'énumération dans son hymne au soleil (d).

Te Serapim Nilus, Memphim veneratur Osirim Dissona sacra Mithram.……..

Arnmon et arentis Labyes, et Biblus Adonis.

Le nom de Verbe, que le même auteur de VA pocalypse donne à ce génie vainqueur de la bête , est un des noms de la lumière première et intellectuelle.

Jean , dans son Évangile , définit le Verbe , la lumière, source de toute lumière et de nos intelligences. Martianus Capella donne le même caractère au Dicu- soleil,

PCT OO ol Un qu

(a) Plut. de Isid., p. 370. — (b) C. 19, Ve 16, — (c) 19, v. 14. — (4) Martian. Cap. de Nupt. Philol. , t. ETS

mentis fons, lucis origo. I] l'appelle force sublime du père inconnu, son premier né, le roi de la Nature, l'éclat brillant de l'Olympe : lui seul voit son père placé hors des limites du monde, et contemple le grand Dieu qui échappe à nos regards [9] : caractères que les docteurs chrétiens donnent au Verbe, au fils de Dieu, dont la naissance était célébrée le 15 décembre , c’est-à-dire le même jour où les Perses fixaient la naïssance de leur Mithra, du soleil invincible qui devait àl’équinoxe reprendre sous le taureau anciennement , et ensuite sous l’agneau , son empire sur toute la Nature. Ce guerrier qui combat etqui juge noussemble doncêtre le Dieu-soleilde l'agneau.

C'est ce soleil que Platon appelle le fils unique de Dieu , et dont le nom, suivant Philon (a), est celui du Verbe divin , archétype de l’astre visible qui achève son cours dans le ciel. C’est lui dont nous croyons que l’image symbolique fut figurée dans les étoiles même qui sont au-dessus de l'agneau, et auxquelles le soleil s’unit au moment de l’équinoxe. C’est pourquoi nous avons cru voir dans Persée et dans ce génie des traits communs , em regardant Persée lui-mêmecomme l’ange solaire et comme l'expression symbolique du soleil équinoxial. Son union avec l'agneau est marquée par les sphères anciennes, qui, au troisième décan , comme nous l'avons déjà dit, les unissent ensemble dans leur ascension simultanée (b }; Perseus corpus arietis. C’est eette union qui a donné l'idée de grouper ces deux constellations, et d’en faire un seul génie, ou un homme dont la tête est coïflée des cornes du bélier, et qui est, dans la division de l’agneau ou d’aries , appelée porta Deorum etregnum Ammonis | 10 |,

{a) Philo. de Somnis , p. 449. — (b) Scalig. nov. ad Manil, p. 335.

comme on peut le voir dans le planisphère égypüuen de Kirker (a). La sphère persique, au lieu de nommer Persée, met juvenis in solio sedens. Et celle des Indiens peint un homme qui se dispose au combat, et dont le vêtement rouge ressemble assez à celui du guerrier de l’Apocalypse. Ces attributs me semblent être analogues au caractère de Mars qui préside à cette planète. C'était l'ange du mois adur (b), qui répondait à Mars, et qui avait tous les caractères du feu. C'était à l’entrée du soleil dans ce signe et dans le domaine de Mars qu’on célébrait des fètes de joie à l’occasion de la fin de l’hiver. Entre autres cérémonies, on faisait monter à cheval un jeune homme sans barbe, qui portait un éventail pour désigner le retour de la chaleur , tandis que le peuple lui jetait de la glace. Cette cérémonie était destinée à peindre le dernier combat des deux principes, et la victoire prochaine du Dieu source de lumière et de chaleur, la destruction des productions d'Ahrimane , sa défaite et celle de ses génies, et le triomphe d’'Ormusd qui allait renouveler toute la Nature au Neuroux, ou à la fête du nouvel an équinoxial, à l’entrée du soleil dans l’agneau , comme l’a traduit

M. Hyde (c).

Page 1