XX. LE CHEVAL PÉCASE
La constellation du cheval céleste porte le nom de Pégase, fils de Neptune (j)et de la gorgone Méduse (k). C'est lui qui, sur le mont Hélicon, fit jaillir la célèbre fontaine appelée fontaine du cheval ou Hippocrène (1), allusion manifeste à la source d’eau du verseau qui se lève toujours avec le pied de Pégase placé au-dessus d'elle.
(a) Columell., ibid. , p.428 —(b) P. 435. — (c) Varro de re Rustic., LL 2,c. 5.— (d) Comm. sur Alfrag. 4, p. 106.—(e) Ulugbeigh et Hyde, p. 25. —(f) Ricciol., p. 128.—(8) Cæs., c. ar, 208. Ricciol. , p. 126- 129. Bay., t. 19. — (h) Arat., v. 31.—(i) Alfrag., ©. 22.—(j) Theon, p. 128. — (k) Hesiod. Thoogon., v. 281. — (/) Hyg. ,L2,c. 10. Germ., c, 17. Ératosth, c. 18. Ovid. Fast, 1. 3, v. 456.
478 DE LA SPHÈRE En effet, suivant Hygin (a), il porte sa tête sur la main droite de l’homme du verseau avec lequel il se lève. Quelques auteurs en font la monture de Jupiter (b), d'autres celle de Bellérophon, qui monta dessus pour aller combattre la Chimère; et après la chute de ce héros, le cheval s’envola aux cieux où il est placé (c). On raconte qué dans le temps où Bellérophon se rendit chez Prœtus, fils d'Abas, roi des Ârgiens, Antüas, épouse de ce prince, devint amoureuse de lui, et lui promit que, s’il voulait répondre à ses désirs, elle le placerait sur le
trône de son époux. Nayant pu le faire consentir à ses
vœux, et craignant qu'il ne trahit son secret, elle prit.
les devants, et l’accusa auprès de son époux d’avoir: voulu lui faire violence. Le roi, qui aimait Bellérophon, ne voulut pas le faire périr par lui-même; mais il le chargea d’une mission auprès d'Iobates, père de la reine, que les uns nomment Antia, d'autres $Sthenobée, avec un ordre secret de venger l’honneur de sa fille, et d'exposer Bellérophon à la Chimère qui ravageait alors la Lycie par les feux qu'elle vomissait. On sentque ce monstre, composé des parties du lion, auquel s’uait le soleil au fort des chaleurs de l’été, n'a pas peu contribué à faire dire que la Chimère brülait tout de ses feux qui s’étéignent à la chute de Bellérophon ou du cocher, à la fin: de l'automne, au coucher du soir de Pégase. Belléro-" phon vainqueur, après avoir trouvé les sources d’une fontaine , s'éleva aux cieux, et lorsqu'il fut à une ceitaine hauteur il voulut regarder en bas. La crainte le saisit et lui tourna la tête. Il fut précipité des cieux, (a) Hygin, L3,c. 17. Thcon, p. 1795. —(b) Germ. ibid. — (c) Erat. ibid,
comme Phaëton » et il périt. Son cheval s’envola au ciel où il fut placé par Jupiter au nombre des constellations. Il-est bon d'observer ici que , lorsque le soleil approche du milieu du bélier, le cocher se couche , et le matin son char est précédé de Pégase et de Persée; et qu'on peut dire alors que Bellérophon ou le cocher et son Pégase sont séparés. Quelques auteurs ajoutent qu'il ne fut pas calomnié par Antia, mais que, fatigué de ses sollicitations , 1l s’était retiré à Argos.
Euripide (a) place dans cette constellation Ménalippe, fille du centaure Chiron, appelée auparavant T'hétis. Il dit qu'étant nourrie sur le mont Pélion, occupée des exercices de la chasse , elle s’était laissé séduire par Éolus , fils d’'Hellen , et petit-fils de Jupiter ; qu’étant devenue mère et prête d’accoucher, elle s'était sauvée dans une forêt pour échapper à l'œil de son père qui la croyait vierge. Son père l'y ayant poursuivie, elle demanda aux Dieux de ne pas être aperçue de lui au moment où elle accoucherait. Les Dieux l’exaucèrent et la changèrent en jument qu'ils placèrent ensuite au cieux. Quelques auteurs en ont fait une prophétesse qui, dévoilant les secrets des Dieux, fut changée en jument. D’autres prétendentqu'elle fut ainsi métamorphosée par Diane, parce qu’elle avait cessé de chasser avec elle et de lui faire sa cour ; on ajoute que c’est parce qu’elle cherchait à se soustraire à son père, le centaure Chiron, qu'ils ne se trouvent point en présence aux cieux; et que, pour cacher son sexe , on n'ya pas figuré la partie postérieure du corps du cheval. Il est certain que toutes les fois que le Pégase ou Ménalippe , cheval céleste , monte sur l’horizon. le centaure Chiron
RE TR NE + ue de (a) Hygin, 1.3, c. 10.
achève de se coucher. Il semble même que le centaure ait la moitié du cheval dont le Pégase forme l’autre moiié, et qu'en réunissant les deux parties de ces constellations, on aura un cheval en entier. De-là , sans doute, est née la fiction qui fait le Pégase fils de Chiron, sous le nom de Ménalippe, nom qui lui-même signifie cheval céleste, de l’oriental m#ino , et du grec hrppos. C’est ainsi que du même mot mino ou céleste, on fit minotaure ou taureau céleste. On trouve ailleurs, dans Hygin (a), . une fable sur Ménalippe avec d’assez longs détails. Neptune, dans cette fable, jouit de ses faveurs, comme il avait joui de celles de Cérès métamorphosée en jument (b); et il en a deux fils, Éolus et Bœotus. Le lecteur peutconsulter Hygin en cet endroit. Ératosthène (c) prétend que ce fut Diane qui, sensible à sa piété et à celle de son père, la placa aux cieux où elle ne put être aperçue de Chiron qui est sur la même routé, mais diamétralement opposé à elle, suivant Théon (d). On ajoute que c'est par pudeur que la partie qui pourrait trahir son sexe n’y paraît pas (e).
On donne à ce cheval le nom de sacer ou d’hieros (f), de pélor ou grand (g), de endios, d’habitant du palais de Jupiter (A), d'hemitelès (i), parce qu'il est à demi figuré. Aussi appelle-t-on la partie qui est tracée aux cieux hippicé, cephalé (j) ou tête de cheval, protomé hippou (k), cheval à demi parfait (1), ou d’hemiphanès, Libys hippos (m).
(a) Hyg., Fab. 186. —(b) Pausan. Arcad., p. 256. — (c) Eratosth., c. 18. — (d) Theon, p. 195. —(e) Eratosth. ibid. Germ. ibid. — (f) Arat., v. 215. — (g) V. 205. — (h) Thcon, p. 129. — (i) P.138, — (Go VAral, y. Goo. —(k) Procl., c. 16. — (4) Theon, p. 129. — (m) Nonnus.
Il prend aussi les noms d’Ærion ou Ærion, de scythius et de scyron (a). Scyth, dans Hésychius , ‘désigne une tête, cephalé. Damnos est aussi le nom du cheval chez les Toscans (b).
On disait de ce cheval qu'il alimentait la foudre et qu'il portait le tonnerre (c). di.
On le nomme le cheval ailé (d). Chez les Hébreux c’est le cheval cornu (e). |
Les Arabes l'appellent a/pheras (f) et alathem. A1pheras ou alferas veut dire cheval (g) ; alpharaso (h).
Ulugbeigh le nomme pharas a'dam, le grand cheval (1); alpharas, al-thäni, le second cheval. La première étoile est ras almar'a al-mosalsala ou la tête de la femme enchaînée, sirra al-pharas, le nombril du cheval.
C’est celle qui, dans les tables persiques , est appelée omphalos ippou , du grec ;en latin, umbiticus equi. Bouilland veut que ce soit la première de l’aile de Pégase , appelée markab , vehendi aut equitandi locum. Celle du dos, dans Ulugbeigh , se nomme gjendh al-phäras. La troisième étoile est menkib al-pharas, l'épaule du cheval. La quatrième est matn al-pharas , le dos ou les reins du cheval. La troisième et la quatrième comprennent la vingt-sixième station de la lune, alpherg atmukadden, effusionis locus anterior. La première et la deuxième comprennent la vingt-septième station, a/pherg-al-muaccher , deplendi locus posterior. Quelquefois on y interpose le vase ou la coupe du verseau , al-
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(a) Serv. Comm. ad Georg., L. 1, v. 13.—(b) Fheon, p.228. Hesiod, Theog., v. 286. —(c) Alph., p. 221. — (d) Kirk. OEdip., t. 2, par .2, p- 198. — (e) Stofil., c. 14. —(f) Comm. Alfrag., p. 106.—(g) Scalig., p. 434. — (h) Cæs., p. 218. —(i) Hyd., p. 26-v.