‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 77 sur 97 · IV. or1oN · texte numérisé non relu

IV. or1oN

La constellation d'Orion est incontestablement la plus belle de toutes. Elle renferme deux étoiles de la première grandeur et plusieurs de la seconde. Elle occupe un champ très-vaste aux cieux, au midi du taureau et des gémeaux. Elle a trois belles étoiles vers le milieu, qui sont de seconde grandeur, et posées en ligne droite, l’une près de l’autre. Le peuple les appelle les trois rOIS.

On fait Orion fils de Neptune et d'Euryale , fille de

(a) Columell. , 1, rr, e. 2, p. 434. — (b) Kirk. OEdip., t. 2, part. 2, p. 199. Scalig., p. 438. Cæs., p. 247. — (c) Comm. Alfrag., p. 108 . Hyd. Comm. Ulugbeigh, p. 49. — (d) Ulugbeigh, p. 122.—(e) Hyd. Comm. , p. 225. —(f) Nonn.; L r,p. 238. Arat., v, 338. —(g) Arat., v..369-594. —(h) Germ., ©. 32.—(i) Ces, , ©. 4, p.247. Bay, tab. 57.

PHCGIol. , p.127.

Minos (a). Son père lui avait accordé la faculté de marcher sur les eaux comme sur la terre; de même qu'il avait été donné à Îphiclus de voler sur la surface d’une moisson sans briser les épis.

Ceux-ci le font naître d'Hyrée, ceux-là de Caubrisa, d’autres de Musée roi des Bistoniens , et racontent ainsi sa naissance (b) : On dit que son père, soit Hyrée, soit Caubrisa, reçut chez lui deux Dieux, Jupiter et Mercure ; d'autres disent trois, en y ajoutant Neptune. Il n’avait pas d'enfans, et il pria ses hôtes de le rendre père; il venait d’immoler un bœuf qu'il leur avait servi à table. | Les Dieux s’en firent apporter la peau, et, ayant. uriné dedans , ils lui recommandèrent de l’enfouir en terre. Au bout de quelque temps, il en naquit un enfant mâle qu'Hyrée nomma Ürion, dont on fit par la suite Orion. C'est lui qui fut placé aux cieux dans la belle constellation qui se lève à la suite du taureau, et qui se nomme d’abord Urion , dit Germanicus (c), ab urind , à cause de l'abondance des eaux qu’elle fait naître. Car, par son lever d'hiver, elle bouleverse la terre, la mer et les eaux. On ne doit voir dans tout cela qu'un mauvais conte fait sur une étymologie également mauvaise ; le nom d’Orion vient de la même racine que celui d'Orus dont il est l’astre. Sa filiation d’un taureau est simple, puisqu'il se lève toujours à la suite du taureau céleste, sous lequel il est placé. Son influence sur les mers enfit un fils de Neptune; car on appela astres de Neptune,

suivant Théon, ceux qui exerçaient leur influence sur les

(a) Hyg., L 2, 0. 25: Germ., c. 31. Eratosth., c. 32. Theonp , p. 140. — (b) Germ., ibid. Hyg., ibid. et Fab, 195. — (6) Germ., ibid, Isid., LS CAN

eaux (a). Il était, ajoute Théon , singulièrement observé par les navigateurs à cause de sa position dans l’hémisphère austral d’où partent les tempêtes. Cette influence qu'avait Orion sur les eaux de la mer et sa position sur le fleuve Éridan qui sort de son pied gauche, fit dire que ce fils de Neptune et du taureau marchait sur les eaux. C’est ainsi que nous verrons bientôt que sa position relativement au scorpion auquel il est opposé, et qui le fait tous les jours coucher, fit dire qu’il mourut piqué par le scorpion de nos constellations.

Orion, devenu grand , quitta Thèbes, patrie de Bacchus-taureau , pour se rendre à Chio, chezle buveur de vin ou chez OEnopion dont il voulut , dans un moment d'ivresse , violer la fille appelée Mérope du nom d’une des pleïades placées sur le taureau , et qu'Orion semble toujours poursuivre.

OEnopion, piqué d’un semblable outrage, punit Orion en lui faisant crever les yeux ; et il le chassa de son île. Orion se retira à Lemnos , île consacrée au Dieu du feu ou à Vulcain qui lui donna un certain Cédalion pour le conduire. Orion le mit sur ses épaules, comme pour lui servir d’yeux et le guider. {1 marcha ainsi vers l'Orient, et vint s'unir au soleil qui lui rendit la vue (b), et bientôt il retourna à Lemnos pour se venger.

On aperçoit aisément l’origine de cette fiction: Orion, se couchant avec les pleïades, et conséquemment avec Mérope , aux approches du printemps , disparaît à notre vue par son coucher héliaque. Mais au bout de quelques mois , lorsque le soleil approche du solsiice, Orion se

‘ lève héliaquement , et reparaît le matün au bord orien-

(a) Theon, p. 182. — (b) Eratosth., c. 32.

tal. Aussi /le calendrier des pontifes fixe au 15 des calendes de juillet l'entrée du soleil au signe du cancer , et le lendemain le lever héliaque d’Orion (a). IL marque huit jours après () le lever héliaque des étoiles de la ceinture du mème Orion, et il annonce pour ce jour-là le solstice d'été. Le même Ovide avait marqué le coucher d’Orion deux mois et demi auparavant, au 8 des ides d'avril (c), onze jours avant l'entrée du soleil au tauveau, et quatre jours après, un lever des pleïades , au nombre desquelles il met Mérope (d). Alors se couchait la balance, signe consacré à Vulcain, qui donne un guide à Orion. 11 marque un autre coucher au 7 des nones de mai (e), cinq jours avant le lever des pleïades. C’est à cette occasion qu'il rapporte la naissance d’Orion, fils du bœuf et des deux Dieux, Jupiter et Mercure, et sa mort par la piqüre du scorpion.

Lorsqu'Orion retourna à Chio, OEnopion s'était caché sous la terre pour échapper à sa vengeance. Peutêtre que cet OEnopion est le bootès, Icare, le fameux inventeur du vin, qui est alors effectivement couché. Théon nous apprend qu'OEnopion était fils de Bacchus et de la couronne d’Ariadne , qui suit le bootès, et qui se lève au moment des vendanges ( f) ; il régnait sur l'île de Chio, fameuse par ses bons vins. Cette île était infestée de serpens, d’où elle prit le nom d’Ophiusa ; e’était pour la purger de ces reptiles qu'Orion était venu d'abord de Béotie, à la sollicitation d'OEnopion. Dns ce second voyage, Orion venait pour se venger; mais,

re?

(a) Ovid. Fast., 1 6, c. 719. — (b) V. 588. — (c) Ovid. Fast., I. 4, w. 389. — (d) V. 195. — (e) Ovid. Fast., 1. 5, v. 495-545-600. —

( f) Fheon, p. 170-1

désespérant de trouver son ennemi , il passa en Crète. Là il se mit à chasser avec Diane sur le mont Chélippion (a), et il lui promit de détruire tous les animaux et de n’en laisser aucun sur la terre. D'autres, au contraire , prétendent qu'il voulut faire violence à la chaste Diane (8); que cette Déesse le perça de ses traits , et qu'elle Le plaça dans la suite aux cieux à cause de la rèssemblance des goûts. Certains auteurs disent qu'il était chéri de Diane qui pensa l’épouser : ce qui fâcha Apollon. Un jour qu'Orion nageait , Apollon aperçut sa tête s'élever au-dessus des flots, et le reconnut. Il proposa à Diane un défi; c'était de prouver son adresse à tirer de l'arc en décochant un trait sur un corps noir qui surnageait ; c'était la tête d'Orion; les flots portèrent son corps au rivage. Diane le reconnut : désolée de son erreur , elle répandit beaucoup de larmes sur son cadavre et elle plaça son image aux cieux. Cette fable s'explique aïsément, quand on sait qu'Orion, comme le dit Hygin (c), se couche au lever des derniers degrés du scorpion et des premiers du sagittaire. Ce dernier signe est affecté à Diane dans la distribution des douze grands Dieux entre les signes. Le premier renferme ce redoutable scorpion que la terre suscita contre Orion , et dont la morsure le fait périr. Jupiter , à la sollicitation de Diane et de Latone, compagnes de chasse d’Orion en Crète, plaça aux cieux Orion et le scorpion qui l'avait piqué, et les dis- . posa de telle manière , que, lorsque le scorpion se lève, Orion se couche (d). Ces deux constellations opposées occupent un vaste champ dans le ciel (e).

3; Ode4, v.71.—

A Fheon, p. 170. —

(a) Germ., ©. 31. — (b) Hyg. ibid. Horace, Moy, 91 C0 td) 14 3, €, 29, p.09

(c) Germ., e. 31.

On dit que ce scorpion fut envoyé par Diane qui préside au sagittaire que le scorpion précède immédiatement dans son lever.

On explique aisément les amours d’Orion pour Diane, quand ‘on sait que Diane est la lune qui a son exaltation au taureau , sous lequel est Orion , et avec lequel il se couche; et son domicile au cancer, avec lequel Orion

se lève (a). Il aïma la lune qui a son exaltation au tau-

reau, comme il aima les pleïades qui sont placées sur ce

même taureau.

Enfin, il est des traditions (b) qui font d’Orion le fameux musicien de Lesbos, Arion , que sauva le dauphin,

et dont nous avons déjà parlé à l’occasion de cette cons-.

tellation. Arion avait été aimé de Périandre , roi de Corinthe ; qui, charmé de son talent, l'avait comblé de richesses. Lorsqu'il s’embarqua pour retourner dans sa patrie, ses esclaves, de concert avec les nautonniers, voulurent le faire périr. Arion obtint d'eux, pour dernière grâce avant de mourir, de jouer de sa lyre. Les sons harmonieux qu'il tira de cet instrument attrouperent autour de lui une foule de dauphins ; il se jeta sur un d'eux, qui le recut sur son dos, et le porta à Corinthe, chez Périandre. Le dauphin oficieux , après avoir déposé son fardeau, expira sur le rivage. Jupiter le plaça aux cieux avec Ârion. Je crois que cet Arion est plutôt Île Pégase Arion qui se lève à la suite du dauphin. Quoi qu'il en soit, on ajoute qu'Arion, arrivé à Corinthe, raconta à Périandre son aventure , et que ce prince fit enterrer le dauphin, auquel même il éleva un tombeau. Quelque temps après, le vaisseau qui devait porter Arion dans sa

(a) Hyg., 1.3, c. 33. Theon, p. 165-182. — (b) German., c. 31.

patrie, revint à Corinthe. Le roi fit venir les matelots, et leur demanda des nouvelles d’Arion. Ils lui dirent qu'il

était mort. Eh bien! leur dit le roi, demain vous viendrez affirmer ce que vous m'annoncez sur le tombeau du dauphin. En même temps, il donna des ordres pour qu’on s’assurät de leurs personnes, et il commanda. à Arion de s'habiller tel qu'il était lorsqu'il se précipita dans les eaux, et de se tenir caché dans le tombeau du dauphin. Les matelots vinrent jurer dessus avec sermênt qu'Arion était mort: aussitôt celui-ci se montra , et confondit par sa présence leur impostiure ; le roi les fit aussitôt pendre. ;

Théon ajoute aux récits différens sur Orion quelques circonstances particulières (a). I dit qu'Orion , chassant dans l’île de Chio , apercut Diane et toucha son voile , et que cette Déesse irritée fit naître le SCOrpion qui tua Orion. De-là vient, dit-il, qu encore aujourd'hui Orion a l’air de craindre le scorpion, puisqu'il se cache à son lever ; car le scorpion , en montant sur l'horizon , effraie Orion, et le force à se coucher. Le scorpion réciproquement se couche au lever d'Orion , comme celui-ci au le ver du scorpion: car ils sont, en eflet, diainétralement opposés, remarque Théon. Aratus peint Orion effrayé de la vue du scorpion , et se sauvant à l'extrémité de la terre. Toutes ces réflexions sont de Théon qui ajoute que le même Orion semble poursuivre et chasser devant lui les astres qui se couchent avani lui (b). Ce sont ces réflexions qui doivent frapper le lecteur le moins clairvoyant, qui m'ont donné la clef de la mythologie ancienne ; car il ne me fut pas difficile de reconnaitre que

men ur,

(a) Theon, p. 150-191..— (b) P. 206. :

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