‹ Origine de tous les cultes, ou religion universelle (volume 2)Chapitre 91 sur 97 · XV. LE POISSON AUSTRAL · texte numérisé non relu

XV. LE POISSON AUSTRAL

Nous avons déjà eu occasion de parler du poisson austral appelé par excellence le grand poisson (a), lorsque nous avons parlé des deux poissons du zodiaque, qu’on dit être ses enfans. Comme Îa fiction sacrée est commune aux uns et aux autres, et que d’ailleurs nous avons donné quelque étendue à l'explication de cette fiction dans noire article de la Déesse de Syrie et de Dagon (b), nous aurons peu de chose ici à dire.

Ce Poisson, qui est à l'extrémité du verseau dont il semble boire l’eau, passe pour avoir autrefois sauvé la vie à Isis, et c’est ën reconnaissance de ce service qu'il

(a) Eratosth., e. 38. Germ., e. 37.— (b) Ci-dessus, t. 2. 34*

fut placé, lui et ses petits, an nombre des constellaüons. C’est aussi par une suite de cette consécration que plusieurs Syriens ne mangent point de poisson , et honorent, comme Dieux pénates , des images dorées de poissons (a).

On dit qu'il fut aperçu pour la première fois dans un lac près de Bambyce, et qu'il sauva la vie à Derceto qui était tombée dans la mer pendant la nuit; cette Derceto passe pour Déesse chez les Syriens. Les deux autres poissons sont les enfans de celui-ci ; ils ont été placés aux cieux avec lui, et les uns et les autres sont révérés par les Syriens. Tel est le récit d'Ératosthène à l’article de ce poisson (b). Théon l’appelle le poisson du capricorne et le grand poisson qui reçoit dans sa bouche l’eau qui coule de l’urne du verseau (c). Effectivement , il se replie sous le capricorne, et c'est peut-être même cela qui a fait représenter le capricorne avec une queue de poisson , en unissant les deux symboles. Dans le planisphère indien des Transactions philosophiques , le capricorne n'a pas de queue de poisson ; mais en récompense il y a avec lui, dans la même case, un poisson à nez effilé, c’est l'Oxyrinque.

Germanicus César (d) suppose que Phacetis , fille de Vénus , étant tombée dans un étang, y futmétamorphosée en poisson, et devint, sous cette forme, la Déesse de Syrie. D’autres disent, ajoute-t-il, que ce poisson avait sauvé la fille de Vénus tombée dans les eaux; et que c’est de-là que vient le respect des Syriens pour les poissons dont ils ont consacré les images en argent dans

(a) Hyg., 1 2, 0. 42.— (b) Eratosth., c. 38. — (c) Theon, p. 146. — (d) Germ., c. 37.

ET DE SES PARTIES. 533 leurs temples. Il est placé dans la partie la plus australe, recevant dans sa bouche l’eau du verseau, et se levant en partie avec les poissons (a). Il est situé entre le cercle antarctique et le tropique d’hiver, entre le capricorne (6) et le verseau. Il regarde lorient et la queue de la baleine qui le suit; il se couche au lever du cancer. C’est alors qu'il donne à la lune, qui a son domicile au cancer, la forme de poisson, qu’elle prend sous le nom de Diane Eurynome (c). Une partie de ce poisson achève de se lever avec le bélier, suivant Théon (d).

Les Arabes appellent haut ou al-hüt al-gjenubi (e), le poisson austral. Ils nomment la brillante de ia bouche al-diphda-al-auwal, la première grenouille, et al-dalim, agger. On l’appelle aussi pham ou phom al-hüt, la bouche du poisson ; nom qu’on à travesti en phomaant, fomahaut, fumahant, fumahaut, fumalhaut, fontahant , phomolcuti (f). On le nomme aussi alhaut, alhaut-genubi (ÿ), monazon ou solitarius | unicus (h), ichtys notios (1), austrinus (7).

Les Hébreux le nomment dag ().

Suivant Columelle (7), le poisson austral achève de se coucher le 4 des nones de septembre ; il y a chaleur.

Nous terminons ici lénumération des constellations connues des anciens , et dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Fîles se réduisent à quarante-buit, dont douze dans le zodiaque et trente-six hors du zodiaque (mi).

(a) German. ibid. Thcon, p. 176. Hyg., EL 3, c. 40. —(b) Arat., v. 389.—(c) Pausan. Arcad., p 29r. — (d) Theon, p. 290. =—(e) Com. sur Alfrag., p. 116. Hyd. Comm. ad Ulugbeig, p. 69 — (f) Cæs. 2 c. 16, p. 308. Ricciol., p. 126-127. Sealig., p. 439. Bay. , tab. 48.— Alfrag., ©. 22. — (9) Gæs. ibid, —(h}) Stofil., c. 14.— (i) Germ., p. 8. — (7) CG ve — (À) Kirk. , p. 107. — (4) Columell., E rr, 0. 2, p. 429. — (mr) Alfragan.

Car les pleïades , quoique nous les ayons comprises sous le signe du taureau, doivent compter pour une constellation à part et exirazodiacale. Aussi Ératosthène et Germanicus en ont-ils fait un chapitre séparé qu'ils ont placé parmi ceux où ils traitent des constellations extrazodiacales (a). De ces trente-six constellations extrazodiacales, vingt-une sont au nord, et les quinze autres au midi.

Nous n'avons point parlé de la chevelure de Bérénice, parce qu'elle ne remonte pas au-delà du siècle des Ptolémées (b), ni de l’Antinoüs qui ne remonte pas audessus de celui d’Adrien, ni même du petit cheval. A plus forte raison n’avons-nous pas parlé d’autres constellations encore plus modernes que Blaeü a comprises dans son catalogue, et qui ne datent pas de plus de deux siècles. Telles sont les quatorze constellations suivantes : l'Indien (c), la grue (d), le phénix (e), la colombe (f), la croix (g), la mouche (h), le triangle austral (i), l'oiseau de paradis (j), le paon (k), le toucan (D, l'hydre mâle (m), la dorade (n), le poisson volant (o), de caméléon (p).

Les voyages de la Caille et son séjour au cap de Bonne-Espérance en ont fait encore imaginer d’autres dans la partie australe ou vers le pôle antarctique. On en a aussi placé de nouvelles dans la partie septentrionale du ciel, telles que la fleur de lis, la mouche, le cœur

(a) Erastoth. , c. 23. Germ., c. 22. — (b) Procl., c. 16. Tbeon, p.122. Hyg, Là, c. 25. Eratosth., c. 12. — (ce) Cæs., c. 14, p. 324. — (dR@15, p. 305.— (e) C. 17, p. 315. — (f) C. 18, p. 313. — (g) C. 20, p. 344: — (A) GC. ar, p. 349. —(i) C. 22, p. 353—(j) C. 23, p. 354. (k) GC. 24, p.356. — (1) C. à5, p. 366.—(m) C. 26, p. 373.—(n) C. 27, p. 376. — (0) C. 28, p. 397.— (p) C. 29, p. 378.

ET DE SES PARTIES. 535 de Charles, la giraffe, les léopards , les lévriers , etc. Toutes ces constellations de nouvelle date ne peuvent entrer pour rien dans notre travail, puisqu'elles n’appartiennent point aux siècles où furent faites les fables. Elles ont d’ailleurs un caractère bien différent des anciennes , en ce qu'elles sont absolument des signes arbitraires ; au lieu que les quarante-huit constellations anciennes , appartenant aux signes hiéroglyphiques , avaient toutes un sens énigmatique, et formaient autant de caractères de l’écriture sacrée, qui ont été les élémens des fables et de la composition des monumens religieux. C'est une observation importante à faire. Employer d’auires constellations que les quarante-huit anciennes pour décomposer les monumens de l'antiquité, c’est faire entrer dans leur composition ce qui n'existait pas encore quand on les créa. Cette remarque suflit pour éviter une aussi grossière méprise. Aussi, sur le globe que nous avons fait faire pour servir à la lecture de notre ouvrage et à de nouvelles recherches , nous avons eu l’attenüon de n’y faire représénter que les quarante-huit constellations connues des anciens, avec les noms différens qu’elles ont portés; ce qui rendra ce travail infiniment facile à ceux qui voudront étudier l'antiquité et décomposer les monumens religieux des anciens peuples. Ce globe se meut sur un pôle mobile qui représente la position du ciel pendant la grande révolution des fixes, qui est de vingt-cinq mille ans. IL est indispensable à ceux qui veulent vérifier nos solutions et en obtenir de nouvelles. On ne le trouvera qu’à Paris, chez L'Ousez, géosraphe , rue du Plâtre Saint-Jacques , n° 99. On y trouvera aussi en grand les planisphères qui sont gravés dans noire ouvrage , et qui sont nécessaires à son intelligence.

Le

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